pour la Nouvelle-Calédonie J.MYARD - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
Président Jacques Myard
Secrétaire générale Christine ALFARGE
Président-fondateur Jacques DAUER
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Le projet du gouvernement pour la   Nouvelle-Calédonie      
  est une grenade dégoupillée

 

Par Jacques MYARD.
L'ENTRETIEN POLITIQUE. Chaque lundi, Valeurs   actuelles interroge une personnalité sur l'actualité politique. Aujourd’hui,   place à Jacques Myard, maire LR de Maisons-Laffitte et ancien député des   Yvelines (de 1993 à 2017). Ce gaulliste orthodoxe, diplomate de métier,   revient sur le projet du gouvernement, lequel entend créer une « nationalité   calédonienne » dans la République.
  
Que pensez-vous du projet d’accord sur l’«   État de la Nouvelle-Calédonie » entre les parties prenantes du Caillou et le   gouvernement ?
Jacques Myard. Ce projet est un oxymore et   constitue une véritable grenade dégoupillée. Certes, un point positif est à   relever. Il s’agit de la modification – légitime – du corps électoral,   jusque-là figé depuis 1998. Cela étant, cette réforme s’apparente à une   véritable usine à gaz. En effet, ce dégel n’est pas prévu pour 2026 de   manière claire et directe ; il se déploie en plusieurs étapes, avec un   élargissement progressif. On peut donc en prendre acte, mais force est de   constater que le dispositif reste particulièrement complexe. Il est légitime   de s’interroger sur les raisons d’une telle architecture juridique. D’autant   plus que cette réforme semble entrer en contradiction avec les principes de   la Constitution, notamment celui de la citoyenneté et du suffrage universel   fondé sur le principe "un homme, une voix".
La possible création d’une « nationalité   calédonienne » au sein de la République vous paraît donc inopérante ?
C'est une sorte de GPA institutionnelle. En   d’autres termes, la République semble ici "enceinte" d’un État et   d’une nationalité en gestation, à l’image d’un scénario digne de Rosemary’s   Baby. Un élément important a d’ailleurs été passé sous silence : dans le   préambule du texte, on trouve une phrase pour le moins étonnante, qui affirme   que nous sommes dans une “trajectoire conduisant à la souveraineté".   Cette affirmation constitue une remise en cause flagrante des trois   précédents référendums, qui ont tous clairement indiqué que la majorité des Calédoniens sont attachés à la France.
Malgré cette volonté démocratiquement   exprimée, un processus est bel et bien enclenché. On voit apparaître les   prémices d’un État et d’une nationalité propres portés au sein même de la   République. Or, il est impossible de manier les notions d’État et de   nationalité comme s’il s’agissait de concepts anodins, sans substance ni   portée juridique ou institutionnelle. Ce sont des mots lourds de sens, qui   impliquent des dynamiques politiques et constitutionnelles profondes. Il est   manifeste qu’un processus évolutif est désormais en marche. Et ce processus,   loin d’être transparent, semble empreint d’ambiguïté, de naïveté, voire de   trahison. On peut légitimement se poser la question : souhaite-t-on se   débarrasser de la Nouvelle-Calédonie ?
Ce projet ne risque-t-il pas créer un   précédent dangereux ? Les mouvements autonomistes ou indépendantistes, dans   d’autres régions françaises, pourraient réclamer un statut du même genre.
Au-delà de la seule question calédonienne, ce   qui se profile est un précédent, potentiellement invoqué demain par d’autres   territoires ou régions, dans une logique de fragmentation. On peut dès lors   s’interroger : n’est-on pas en train d’organiser, de manière plus ou moins consciente, la dislocation progressive de l’unité française, patiemment   construite au fil des siècles ?
Cette dynamique rejoint les volontés   exprimées de longue date par certaines instances européennes, et notamment   le Comité des Régions, qui envisage une Europe morcelée, faite   non plus de nations souveraines, mais d’une multitude de provinces régionales,   déliées du cadre étatique traditionnel. C’est là une entreprise de   démantèlement de l’État-nation, qui reste pourtant le socle de toute   démocratie véritable, le garant de nos libertés collectives et de nos   libertés individuelles.
On sait que la Nouvelle-Calédonie est visée par des campagnes d’ingérences   orchestrées depuis l’Azerbaïdjan ou la Russie. Sans parler évidemment de la   Chine ou de l’Australie, qui regardent ce territoire avec les yeux de   Chimène...
Certains, ailleurs dans le monde, observent   cette évolution avec une attention toute particulière ; voire avec une   gourmandise stratégique. Il est de notoriété publique que la Chine suit de   près l’évolution politique et institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie. Et   si, par malheur, le territoire venait un jour à accéder à l’indépendance, il   ne resterait pas longtemps isolé. Il tomberait rapidement sous la tutelle   directe – et certainement pas bienveillante – de la Chine. Les responsables   politiques kanaks, même les plus obtus, doivent le comprendre.
Les Australiens, pour leur part, se bercent   d’illusions. Face à la puissance croissante de la Chine, ils ne font tout   simplement pas le poids. Ils placent leur confiance, peut-être trop   naïvement, dans leur alliance stratégique avec les États-Unis, notamment à   travers le groupe des Cinq Yeux (Five Eyes), qui réunit Washington,   Londres, Ottawa, Canberra et Wellington. Or, les Australiens devraient   comprendre que le fait d’être un allié des Américains ne constitue pas une   garantie de protection durable.
Depuis l’arrivée de Michel Rocard à Matignon en 1988, la   “deuxième gauche” aujourd’hui incarnée par Emmanuel Macron et Manuel Valls semble vouloir séparer la Nouvelle-Calédonie de la France, dans une logique   de décolonisation, et ce malgré la tenue des référendums qui – tous – sont   venus rappeler l’attachement du Caillou à la France.
Nous avons affaire à des individus encore   traumatisés par le processus de décolonisation, incapables d’admettre que ce   moment historique est désormais révolu. Ils peinent à reconnaître   qu’aujourd’hui, l’intérêt de la Nouvelle-Calédonie réside clairement dans le   maintien au sein de la France, dans la République, qui seule est en mesure de   garantir la protection de ses intérêts.
Il serait erroné de considérer la situation   actuelle comme relevant d’un processus de décolonisation
Bien sûr, une certaine autonomie peut s’envisager, compte tenu de   l’éloignement géographique. Mais il serait erroné de considérer la situation   actuelle comme relevant d’un processus de décolonisation, n’en déplaise à   certains nostalgiques, profondément marqués par le précédent algérien.   Aujourd’hui, dans le contexte du village planétaire, il est clair que nous ne   sommes pas dans une logique de balkanisation.
Quel projet d’avenir pour la France d’Outre-mer ?
La France bénéficie d’une chance stratégique   exceptionnelle : celle de pouvoir s’appuyer sur des territoires d’Outre-mer   répartis sur l’ensemble du globe. Ces territoires ne sont pas un fardeau,   mais une source de puissance, de rayonnement international, qui permet à la France de tenir son rang dans le concert des nations.
Car, enfin, la France n’est pas une dictature   ! Elle respecte les droits fondamentaux, les minorités, et les principes de   la citoyenneté. Ce cadre démocratique, protecteur et stable, constitue le   meilleur avenir possible pour les territoires qui lui sont liés.
*Jacques Myard Maire de Maisons-Laffitte  Membre honoraire du Parlement, Président du CNR et de l’Académie du gaullisme.

© 01.09.2025

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