Histoire militaire
Les Forces françaises en Allemagne (FFA)
Par Claude FRANC,
1re partie :
ses origines ou les zones françaises d’occupation en Allemagne en 1945
Selon
les Accords de Potsdam, issus de la conférence tenue de juillet à août 1945
entre les Trois Grands et à laquelle la France ne participait pas, il a été
concédé à la France une zone d’occupation en Allemagne, conséquence directe de
la campagne dite de « Rhin et Danube », conçue et conduite par le général de
Lattre en avril et mai 1945, qui lui permit de conquérir le pays de Bade, le
Wurtemberg et de contrôler la frontière germano-autrichienne dans sa partie .
Le IIIe Reich ayant capitulé sans conditions les 8 (front occidental) et 9 mai
(front oriental), l’Allemagne en tant qu’État étant démantelé et son
administration relevait de la responsabilité de ses vainqueurs.
L’organisation française de « gouvernement,
d’administration et de contrôle pour l’Allemagne », appellation officielle de
l’occupation alliée en Allemagne, s’articule autour du général commandant en
chef en Allemagne. Tout naturellement, de Lattre estimait que le poste lui
revenait « de droit ». Cependant, le 25 juillet, la 1ère Armée était dissoute,
son chef laissé – temporairement – sans emploi (il sera nommé chef d’état-major
général de l’armée en novembre). Disposant d’un conseiller politique, d’un
conseiller économique, d’un administrateur général et d’un général commandant
supérieur des troupes d’occupation, il exerce le commandement civil et
militaire de la zone d’occupation. Il dispose d’une administration autour de
directeurs et de chefs de divisions, pour toutes les affaires administratives
ou de contrôle d’ordre politique, économique, financier, judiciaire,
réparations, restitutions, etc. Le général commandant supérieur dispose d’un
état-major.
L’administration du secteur de Berlin relève du
général commandant en chef la zone d’occupation en Allemagne. L’ancienne
capitale a en effet été divisée en autant de zones d’occupation, les
Soviétiques contrôlant la quasi-moitié Est, tandis que Français, Britanniques et
Américains se partagent la moitié ouest du Nord au Sud. Ces 3 zones sont de
fait une enclave dans la zone soviétique. Le 23 juillet, le général Kœnig,
anciennement Gouverneur militaire de Paris (GMP), est promu général d’armée et
désigné pour exercer la fonction de commandant en chef de la zone française
d’occupation. Le terme de commandant en chef, déjà un peu suranné en 1945, est
néanmoins demeuré accolé à la fonction jusqu’à la dissolution des FFA, dans la
décennie 1990. Le quartier général est fixé à Baden, en fait Baden Oos, un
faubourg de la ville, dont l’urbanisme n’avait pas eu à souffrir des
destructions de la guerre.
La zone française est ainsi principalement composée
des lands de Rhénanie-Palatinat, de Sarre, de Wurtemberg Hohenzollern et de Bade.
À l’origine, mais les effectifs vont rapidement se trouver réduits, les forces
françaises d’occupation, aux ordres du général de Monsabert, comprennent sept
divisions dont les moyens sont répartis de la façon suivante : • Zone Nord,
correspondant au stationnement du IIe Corps d’armée : – 1ère Division
d’infanterie (DI), la Sarre. – 1ère Division blindée (DB) et 10e DI, la
Rhénanie. – 3e Division d’infanterie algérienne (DIA), le Palatinat-Hesse. •
Zone Sud, correspondant au Ier CA : – 2e Division d’infanterie marocaine (DIM),
le Pays de Bade. – 14e DI, la frontière suisse. – 5e DB, le Wurtemberg.
Ces forces provenaient en intégralité de la 1ère
Armée, dissoute, dont le PC avait été implanté à Lindau, sur le lac de
Constance. La 4e DMM, complétée par deux régiments, prend en charge
l’occupation du Tyrol dans le cadre de l’occupation de l’Autriche.
La 2e DB a formé le noyau du Corps expéditionnaire français
d’Extrême-Orient (CEFEO) avec la 9e Division d’infanterie coloniale (DIC), ce
qui explique la non-participation de ces deux divisions de l’Allemagne. La 1ère
Division française libre (DFL, également dénommée 1ère Division de marche
d’infanterie, DMI) était constituée de bataillons de marche à base d’engagés
pour la durée de la guerre, ce qui a conduit à sa dissolution rapide à l’issue
des combats.
Quant aux 4 Groupements de tabors, ils ont été rapatriés au Maroc dès la
fin de la campagne d’Allemagne. Le secteur français de Berlin était commandé,
depuis le 4 juillet, par le général de Beauchêne qui dispose du 49e Régiment
d’infanterie (ex-Corps franc Pommiès) et d’éléments de la 1ère DB (notamment le
3e Chasseurs d’Afrique).
Ce secteur, au nord de la ville, comprend les quartiers de Reinickendorf
et de Wessing. Comparativement aux effectifs français, il peut être intéressant
de donner les effectifs américains d’occupation en Allemagne, le PC des troupes
américaines d’occupation étant implanté à Francfort : 5 corps d’armée groupant
33 divisions. L’armée américaine va toutefois très rapidement être démobilisée
et ses effectifs vont se trouver considérablement réduits. Partant de cette
situation initiale, des chroniques ultérieures exposeront l’évolution des
Troupes d’occupation en Allemagne (TOA), leur transformation en Forces
françaises en Allemagne (FFA), leur organisation et leur rôle lors de la guerre
froide.
*Claude FRANC : Saint-cyrien de la promotion Maréchal de Turenne et breveté de la 102e promotion de l’École supérieure de Guerre,
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