"Si nous parlions diplomatie et ses principes ?" Christine ALFARGE - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
Président Jacques Myard
Secrétaire générale Christine ALFARGE
Président-fondateur Jacques DAUER
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         "Si nous parlions diplomatie et ses  principes ?"

  

  
par Christine Alfarge,
En mémoire de l’Ambassadeur Pierre Maillard, ancien  conseiller diplomatique du général De Gaulle, membre de l’Académie du   gaullisme où son excellence nous avait fait l’honneur d’évoquer les principes  généraux de la diplomatie toujours d’actualité au moment où la France doit  renouer avec les accents  gaulliens en portant la voix de la France à travers une politique d’équilibre   et de paix .
Fidèle à l'ambition du général De Gaulle de voir rayonner la France dans le monde tant sur le plan diplomatique que culturel, il est important d’évoquer les principes généraux de la diplomatie qui sont oubliés  actuellement et sembleraient déterminer les prises de position à venir et si possible dans un avenir proche de la diplomatie française et sur quelle base  ces prises de position doivent se fixer.
Qu’entend-t-on par perversions conceptuelles où nous sommes plongés dans un certain nombre de problèmes graves ? Les perversions conceptuelles, c'est-à-dire la manière dont sont posés les problèmes en général pas seulement pour la diplomatie française mais pour les autres aussi, sont les concepts qui inspirent les prises de position des uns et des autres et des responsables d'Etat.
La dégénérescence du concept de Nation.
Il y a de nos jours une dévalorisation volontaire, une dégénérescence relative du concept de nation qui est elle-même le fruit de la mondialisation et de la primauté acquise par le facteur économique, par le facteur politique dans la vie du monde et dans la conception des particuliers, d'où résulte une atténuation de frontière, la notion de frontière n'est plus bien venue, on la considère comme ringarde et on a tendance à faire de même de la notion de souveraineté. Tous ceci sont des concepts qui tendent à être oubliés aujourd'hui dans une perspective  post-nationale.
La notion de solidarité.
Il existe une sorte de dévalorisation de solidarité, les nations sont plus ou moins solidaires les unes des autres, il ne faut pas s'en étonner car on assiste à une perversion de cette notion de solidarité qui tente à devenir une source de sujétion, c'est-à-dire non pas de solidarité réellement voulue et consentie mais de sujétion.
De quoi est fabriquée aujourd'hui la solidarité, comment se traduit-elle politiquement ?
Essentiellement le multilatéralisme, ce que fabriquent les agences innombrables de l'ONU qui touchent à toute sorte de problèmes et établissent pour les sujets importants, sociaux, humanitaires, environnementaux, de bonnes solidarités qui correspondent au lien des nations entre elles et ce que les nations peuvent souhaiter de faire en commun.
L'esprit de croisade.
Il est fondé sur un certain nombre de principes idéologiques, ce que l'Ambassadeur Maillard appelait le droit de l'hommisme. L’ancien conseiller diplomatique du général De Gaulle expliquait que l'on ne parle plus que de faire des choses en fonction des droits de l'homme, « j'ai beaucoup de respect pour les droits de l'homme, mais ça ne peut pas être une incitation permanente et ça ne peut pas être surtout l'objet d'une croisade étant donné que les droits de l'homme sont sans doute une conception très respectable qui se réfère à notre civilisation, à notre passé mais nullement à un pays comme la Chine et aussi dans d'autres régions du monde comme l'Afrique. Les droits de l'homme c'est vraiment une vision de la vie sociale et des droits de l'individu qui est extrêmement caractéristique d'une histoire, d'une civilisation spécifique, la nôtre dont on fait un usage d'autant plus pénible et excessif qu'il prend la forme d'une croisade. »
La qualification des états prend maintenant des aspects moraux, pourquoi parle-t-on d'états voyous ? Il n'y a pas d'états voyous, chaque état poursuit ses objectifs. Cette pseudo-moralisation de la vie internationale est surprenante et masque une profonde hypocrisie, de même que la diplomatie que l'on appelle la diplomatie compassionnelle c'est-à-dire que l'on regrette des choses qui n'ont rien à voir avec l'état d'esprit d'aujourd'hui et cela paraît justifier des prises de position tout à fait hors de propos sur tel ou tel problème notamment la colonisation.
Les préoccupations moralisatrices des droits de l'homme justifient maintenant une autre notion non moins grave, une ingérence qui est la négation de la souveraineté et le droit des peuples à exister par eux-mêmes car elle devient maintenant une chose plus ou moins admise et pratiquée par de nombreux états, aussi par des ONG en intervenant dans des   pays sous des prétextes humanitaires ou autres.
La diplomatie, dernier rempart à l’ingérence ?
Sur le plan international, rappelons que les visites du général De Gaulle montraient son réalisme, sa volonté de hisser la France au plus haut. Aujourd’hui, notre devoir est de tenter de renouer avec les accents gaulliens en portant la voix de la France à travers une politique d’équilibre et de paix.
Maintenant, quelle politique étrangère pour la France ?
En premier lieu, il convient de définir les principes qui devraient inspirer notre activité diplomatique en général et donc nos actions à l'égard du monde moderne. Un monde moderne qui a connu des bouleversements considérables qui ne remettent pas en cause les principes fondamentaux comme ceux que nous a légués le général De Gaulle et qui   constituent le socle de notre diplomatie aujourd'hui.
Dans tous les pays, la France incarne un mélange d’histoire et d’évènements politiques où l’image du général De Gaulle est omniprésente tant elle force l’admiration. Notre pays joue un rôle charnière de la construction européenne aux affaires du monde, mais cela ne doit pas pour autant nous faire oublier qu’il existe aussi des griefs contre la France qui remontent même jusqu’à Napoléon. Quoiqu’il en soit la France exerce de la   fascination et de l’attirance, elle suscite tout sauf de l’indifférence.
Principe d'une diplomatie conséquente, la non-dépendance.
Il serait ambitieux de dire indépendance après ce qui a été dit sur les solidarités inévitables que comportent actuellement la vie des états entre eux compte tenu aussi des conséquences de la mondialisation que l'on ne peut pas révoquer d'un coup de baguette magique mais néanmoins compte tenu des solidarités inévitables, il y a une exigence fondamentale, la non-dépendance signifiant la capacité d'actions autonomes et de réactions autonomes.
D'abord la non-dépendance est une exigence morale, ce n'est pas seulement une exigence politique. Tout être humain, toute société pour exister doit exister dans un système de non-dépendance sinon elle n'a pas d'existence, c'est donc une sorte de revendication existentielle comme disait le général de Gaulle aux personnes qui l'embêtaient par leur   discours trop nombreux “ Commencez donc par exister”. IL ne faut pas confondre ce qui est légitime dans la solidarité avec ce qui est illégitime dans la dépendance. Ce problème se pose évidemment pour nous par rapport aux Etats-Unis parce que nous sommes installés en fonction des liens économiques intenses qui se sont noués et accrus par la mondialisation entre les Etats-Unis, l'Europe et la France en particulier, évidemment il n'est pas facile de surmonter cet état de choses. Mais la non-dépendance doit être primordiale et doit s'appliquer si possible dans une certaine mesure au domaine économique mais surtout au domaine politique, c'est à dire à tout ce qui pourrait encore être dans nos prérogatives et rentrer dans le cadre de nos possibilités, en y opposant cette crainte fatale et stupide de l'isolement, dès l'instant que nous ne faisons plus les choses qui ont l'assentiment soit de la communauté internationale soit de l'Occident soit des Etats-Unis. Rappelons-nous l'affaire de l'Irak qui nous a valu au contraire un surcroît d'autorité, un surcroît d'approbation dans d'innombrables secteurs du monde entier et non pas l'isolement. Il faut donc admettre que ceci est primordial et en faire un objectif essentiel difficile de diplomatie à un moment où on voit de nouveau s'installer un processus assez clair de subordination donc de rapprochement à l'égard de la nouvelle superpuissance qu'est la Chine qui ne doit absolument pas créer des sujétions.
Dans tous les cas, la Chine tisse doucement sa toile en soutenant les pays de la zone euro. Soutenir ou contrôler ? Ce soutien n’est pas le produit d’une soudaine générosité, la Chine veut atteindre deux objectifs en Europe : la création d’une vaste tête de pont économique la protégeant de toute tentation protectionniste de la part des Européens, d’autre part, le développement d’une zone d’influence politico-financière, l’argent chinois ayant vocation à acheter les consciences, les choix, les décisions, en dernier lieu, les dirigeants eux-mêmes. Les Français ont compris que l’Europe ne les protège pas, sa soumission à la Chine est totale, contrairement à nos intérêts économiques et stratégiques.
L’idée de souveraineté incarne la protection des personnes, la sécurité du territoire, l’indépendance énergétique du pays. Parler de non-dépendance n'exclut pas des alliances pourvues qu'elles soient conditionnées par des vraies nécessités, aucune alliance n'est éternelle dans l'histoire des peuples, personne ne peut être contre certaines alliances circonstancielles, il est normal que toute alliance soit révisable.
La notion d'intérêt
Cette notion d'intérêt est importante et parfaitement méconnue puisque dans beaucoup de cas la diplomatie française n'a pas pour objectif principal l'intérêt de la Nation.
Pourquoi les intérêts ? Ce sont des intérêts de tout genre, multiples, il y a des intérêts économiques évidents par exemple il est normal que l'on s'occupe de nos importations, de nos capacités à gagner des marchés, il est indispensable que l'on s'occupe de notre approvisionnement en matières premières que ce soit le pétrole ou autre chose et que ce soit devenu un élément important dans notre diplomatie. Il y a aussi des intérêts culturels importants, il serait normal que l'on se préoccupe un peu plus du sort de la langue française qui est gravement menacée c'est aussi un intérêt primordial pour notre influence à l'étranger. Quoi qu’il en soit, ces intérêts n'empêchent pas l'importance que continuent à revêtir certains intérêts politiques, l'Ambassadeur Maillard soulignait lors de cet entretien à l’Académie “Nous avons une tendance à nous accommoder très bien d'une diplomatie mercantile c'est-à-dire pourquoi fait-on des visites à l'étranger, des visites très officielles, avant tout pour décrocher des contrats importants, ce n'est pas sans importance mais il y a d'autres préoccupations qui restent importantes dans la vie internationale et pour les intérêts de la France qui soient des intérêts politiques, heureusement çà existe aujourd'hui car on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas un intérêt politique pour la France  à s'occuper un peu plus qu'elle ne le fait d'une manière autonome des problèmes du Proche-Orient, ce n'est pas tellement pour la vente, de même pour l'Afrique il y a des intérêts politiques actuellement importants qui devraient rester au centre de nos préoccupations et pas seulement des histoires de contrat qu'elle que soit l'importance certaine. Je citerai encore un mot du Général que chacun devrait connaître peut-être, comme à un conseil des ministres, un des ministres c'était Monsieur Pisani, disait “nos amis américains pensent ceci, pensent cela ”le Général le reprend immédiatement “Monsieur le ministre, un grand pays comme la France n'a pas d'amis, il n'a que des intérêts” c'est exactement vrai et çà résume tout le problème.”
Assurer la sécurité du territoire face aux menaces.
À côté d'autres institutions officielles, le but de la diplomatie est d'assurer ou contribuer à assurer la sécurité du pays d'une manière importante préalablement à toute intervention militaire ou de la force face à des menaces éventuelles. Le  problème des menaces est difficile à évoquer aujourd'hui car elles se sont largement diversifiées et sont moins perceptibles qu'elles ne l'étaient quand il y avait à côté de nous la menace allemande ou pendant la guerre froide. On n'a vécu pendant des siècles avec des menaces à nos frontières. Maintenant les menaces sont plus subtiles plus diversifiées différentes et donc difficiles à explorer et à contrer. La notion de menace ne s'étend pas seulement au domaine militaire mais aussi à d'autres domaines comme la grave menace sur le potentiel du pays provenant de la mondialisation, des opérations d'OPA sur un certain nombre de secteurs essentiels. Il y a des menaces également sur le plan culturel, la menace concernant la langue française qui touche à tout un patrimoine intellectuel. Il faut mettre en relief l'insuffisance de la vision militaire. Beaucoup de ces menaces et probablement la menace que l'on appelle menace islamique ne ressort pas vraiment du domaine militaire, elle est plus subtile, d'une autre nature exigeant d'autres solutions que l'on doit traiter pas seulement par les armes mais par telle ou telle mesure et surtout par la diplomatie qui peut  reprendre son rôle.
À ce stade on peut se demander si ces menaces sont globales ?
Il y a une tendance actuellement à globaliser les menaces de même qu'on globalise les concepts sur un certain nombre d'autres sujets, autrement dit  la menace serait toujours à voir par un ensemble d'autres pays mais pas un seul, elle ne serait pas rapportée à un pays mais elle serait toujours rapportée à un ensemble, dans ces conditions la liberté et la sécurité du monde en seraient gravement affectées.
Un autre problème subsiste, les préoccupations idéologiques qui nous renvoient à  l'esprit de croisade évoqué précédemment et qui tend à devenir une norme, par idéologie que faut-il entendre ? Non pas des valeurs éternelles de civilisation de notre pays ou de tel ou tel autre qui sont le droit des valeurs humanistes, il s'agit de préoccupations purement idéologiques qui concernent des objectifs précis liés à des doctrines politico-sociales où l'on considère que la démocratie par exemple justifierait telle ou telle croisade et ce n'est pas seulement une hypothèse. Le général De Gaulle a toujours rejeté l'idée de croisade. Derrière la diplomatie se cache maintenant un nouveau thème, la diplomatie morale mais ce n'est pas la diplomatie qui doit faire de la morale, ce n'est pas son rôle, d'autant plus que tous ces concepts idéologiques sont vécus très différemment par les autres peuples.
Le sens des réalités.
La condamnation des préjugés et la compréhension réelle des peuples et de leur histoire sont déficientes à l'heure actuelle. Il y a là aussi une espèce d'insuffisance dans ce que représente la spécificité des peuples et leur passé. Il faudrait mettre au premier plan la connaissance de l'histoire et la géographie malheureusement ce sont des choses qui sont maintenant méconnues.  
La notion de grandeur inspirée par le général De Gaulle.
Il y a dans ce mot de grandeur beaucoup de choses mais il n'y a sûrement pas une  affirmation de puissance, la France n'est plus au temps de Louis XIV ou de Napoléon 1er. Le général De Gaulle avait une très vive conscience des limites du pays en tant que puissance matérielle ceci ne l'empêchait pas d'exercer une sorte de rayonnement moral, un rayonnement de civilisation et   la nécessité pour la France de se placer hors de toute sujétion au lieu du carcan que nous faisons autour de nous alors que nous devons avoir le souci en permanence d'un rôle mondial.
Le général De Gaulle disait :“ Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement  la France, telle la princesse des contes ou la Madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J'ai d'instinct l'impression que la Providence l'a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires.”
               *Christine ALFARGE Secrétaire générale de l'Académie du Gaullisme.
               

© 01.09.2025

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