Georges Cattaui et Robert Debré, - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
Président Jacques Myard
Secrétaire générale Christine ALFARGE
Président-fondateur Jacques DAUER
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Georges Cattaui et Robert Debré,
messagers de Proust auprès du général De Gaulle
 
Les années De Gaulle (1958-1969) furent les grandes années de la redécouverte
de Proust comme le rappelle Antoine Compagnon dans son livre : 1966, année mirifique
(Gallimard, 2026).
par Jacques Letertre,
Tout avait vraiment commencé avec le « Portrait souvenir » de Roger Stéphane et Gérard Herzog diffusé le 11 janvier 1962 et dont la révélation fut Céleste Albaret. La même année, par un décret du 13 avril, l’État autorise l’acquisition des archives de la famille Proust par la Bibliothèque Nationale. Compte tenu de la somme rondelette dépensée et du caractère très monarchique des débuts de la Vème, on imagine mal le chef de l’État n’ayant pas été au moins, consulté.
Nous sommes toujours en 1962 lorsque Robert Debré édite sa plaquette «  Marcel Proust, ses sommeils et ses rêves ».
Parmi les premiers destinataires, figurait le général De Gaulle.
À la suite de cet envoi, le 19 avril 1963, celui-ci répondit par ces mots :
« Mon cher Maître,
Votre opuscule sur Marcel Proust, ses sommeils et ses rêves m’a beaucoup intéressé. Le grand médecin, le penseur et l’écrivain que vous êtes, fait comprendre, plaindre et admirer l’hypnose, les hâtes, les angoisses de ce génie et cette vie commune de la création littéraire et de la souffrance.
Laissez-moi vous en dire mon bien sincère compliment.
Merci également de m’avoir adressé le texte des discours notamment du vôtre, prononcés lors de la remise de votre épée.
Veuillez croire, mon cher maître, à mes sentiments fidèlement dévoués.
Charles De Gaulle ».
Ce rythme ternaire est-il une reprise du style de Chateaubriand que le Général aimait tant ? Ou comme on aimerait le croire, une allusion aux célèbres trois adjectifs employés par la vieille marquise de Cambremer dans « Sodome et Gomorrhe ».   
Cette fine connaissance de Proust par De Gaulle n’est pas nouvelle puisque onze ans auparavant, le général, par une lettre de novembre 1952 au grand proustien Georges Cattaui, le remerciait de l’envoi de son livre  Marcel Proust et son temps, paru chez René Julliard.
Il lui parle du « drame de cet homme, plongée dans l’océan, de l’homme avec tout ce qu’il leur tire de trésor et de souffrance … Mais comment faire le compte de ce que pour ce prix-là, Marcel Proust a donné ? ».
On trouve une curiosité dans les archives de la Bibliothèque de Genève, avec cette photo du général prise par les studios Harcourt, et dédicacée en 1952 à Cattaui :
« À mon ami Georges Cattaui. Merci pour le réconfort de son talent et de sa sympathie ».
Cattaui était un diplomate d’origine égyptienne devenu français.
Dès 1935, il avait publié « L’amitié de Proust » qui sera suivie de « Proust, documents iconographiques en 1956 et de « Proust, perdu et retrouvé » en 1963.
Il y a tout lieu de penser que le grand gaulliste qu’était Cattaui (Il fut le premier biographe du général dès 1944) avait envoyé l’ensemble de ses livres sur Proust et ainsi renforcé la connaissance de l’œuvre de Proust par le général.
C’est lui également qui traduira le Marcel Proust de Georges Painter pour une parution en pleine période gaulliste en 1966, précédant de peu la parution en poche de Du côté de chez Swann en 1965.
En 1965, le prix Goncourt est attribué au plus proustien des romans : « L’Adoration » de Jacques Borel chez Gallimard.  C’est en janvier 1967 que paraît dans la Revue d’histoire littéraire de la France le premier article de Jean-Yves Tadié sur Proust, et la même année, qu’à proximité immédiate du palais de l’Élysée, on donne le nom de Marcel Proust à l’allée centrale qui longe l’avenue Gabriel.
Même si l’inventaire, (au demeurant souvent incomplet) de la bibliothèque du général ne contient aucune œuvre de Proust, les lettres à Cattaui et à Robert Debré éclairent d’un œil particulier la décennie gaulliste qui fut celle de la renaissance de Proust.
Jacques Letertre
 
Jacques Letertre est un grand collectionneur bibliophile et le président - fondateur de la Société des Hôtels Littéraires
 

© 01.11.2026

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