CHARLES DE GAULLE, INTIME Christine ALFARGE - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
Président Jacques Myard
Secrétaire générale Christine ALFARGE
Président-fondateur Jacques DAUER
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         CHARLES DE GAULLE, INTIME
       
         
       

par Christine Alfarge,
« Je connaissais Charles ; il y en avait certainement un. C’était un homme très sensible qui, en dehors du personnage officiel qu’on représentait, de l’attitude dans laquelle il était obligé d’être, de tenir, était tout de même quelqu’un qui avait une sensibilité extrêmement aiguë et qui voyait très bien tous les problèmes, même les plus humbles. »
Philippe de Gaulle
Le Général appelait affectueusement sa fille Anne « ma joie ». C'était la seule personne qui parvenait à le faire sourire, le détendre totalement loin des charges du pouvoir.
"Anne était aussi une   grâce. Elle m'a aidé à dépasser tous les échecs, et tous les hommes, à voir   plus haut." disait Charles De Gaulle
En 1962, lors de l’attentat du Petit Clamart, une balle a fini sa course dans un cadre contenant la photo de sa fille Anne, objet qu'Yvonne De Gaulle tenait à garder toujours près d’elle depuis sa mort en 1948.
Yvonne de Gaulle était avant tout une femme ayant le souci des autres et sur les principes, une femme du 19ème siècle dont Éliane Dromer, sa proche confidente se plaît à le souligner. Elle incarnera un modèle dans sa vie, attentive aux autres, d’une extrême gentillesse avec les gens qu’elle recevait.
Yvonne De Gaulle entretiendra une correspondance journalière avec les sœurs de 1946 jusqu’à sa mort. En 1948, elle s’exprimera en ces termes dans une lettre sur le drame familial vécu douloureusement « Nous  donnerions tout ce que nous avons… ».
Protocole de l’Élysée oblige, Yvonne De Gaulle exercera son rôle à merveille. Active en matière des handicapés majeurs, son avis sera déterminant lorsque Éliane Dromer travaillant aussi avec Jean Foyer, est chargée par ce dernier de lui présenter le texte traitant des handicapés majeurs, transmis peu de temps après au Conseil des ministres. Uneloi en faveur des handicapés majeurs est instaurée suite à une   décision de Jean Foyer de mettre en place les tutelles et les curatelles. Cependant le grand combat d’Yvonne De Gaulle reste en faveur de l’enfance handicapée à travers la Fondation Anne De Gaulle au château de Vert-Cœur à Milon-la Chapelle dont elle devient présidente en 1948 avec comme secrétaire général Georges Pompidou même lorsqu’il exerce ces fonctions de 1er ministre. Ils traiteront ensemble du quotidien à travers une relation de   confiance.

Un esprit d’engagement.
Yvonne De Gaulle était consciente de son rôle actif dans des actions de solidarité, de lutte contre la précarité. Sa générosité allait même jusqu’à prendre sur ses deniers personnels pour soulager la souffrance de telle ou telle personne dont les difficultés étaient parvenues jusqu’à ses oreilles. Son regard tourné vers les plus vulnérables, remet sans cesse en question le lien de confiance permanent qui doit exister entre le peuple et celui qui a la légitimité dans l’exercice du pouvoir, autrement dit son époux le général De Gaulle.
Son rôle sera également déterminant sur la contraception, sujet qu’elle aborde avec une grande tolérance. Au printemps1966, Lucien Neuwirth alors député, évoque qu’au cours d’un déjeuner à l’Élysée, le Général s’adresse à lui : « Dites   donc, Neuwirth, il faudra que vous veniez vous entretenir avec moi ».
Il comprend à ce moment-là que sa proposition de loi autorisant la contraception orale a le soutien d’Yvonne De Gaulle, qu’il va bientôt pouvoir plaider en faveur de ce projet  de loi lui tenant tant à cœur. Devant la nature impressionnante du Général, Lucien Neuwirth ira jusqu’au bout de son exposé, en ajoutant : « Mon  Général, à la Libération, vous avez donné le droit de vote aux femmes. Aujourd’hui, les temps sont venus de leur donner le droit de maîtriser leur propre fécondité ». Après un long silence éloquent lorsque la partie semble perdue, soudain le Général s’exclame : « C’est vrai. Transmettre la vie, c’est important. Il faut que ce soit un acte lucide. Continuez ».
La semaine suivante, l’inscription de la proposition de loi à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale sera décidée en Conseil des ministres à la demande du général De Gaulle.
         
Une femme influente et déterminée.
Selon Jacques Patin, ancien collaborateur du Général et grand admirateur de Madame De Gaulle : « L’avis d’Yvonne pesait sur les décisions du Général qui avait l’habitude d’étudier chez lui avant toute adoption ». Sur le plan politique, Yvonne De Gaulle sera opposée au RPF et tentera d’influer en vain sur son époux pendant « sa traversée du désert », elle souhaitait par-dessus tout qu’il commence sa retraite à « La Boisserie  », à Colombey-les-Deux-Eglises.
La cohérence dans les principes et la conduite politique incarnaient la version gaullienne du gaullisme représentant un ensemble ne pouvant pas être segmenté. Dans sa conférence de presse du 19 mai 1958, le Général déclarait : « Je   suis un homme qui n’appartient à personne et qui appartient à tout le monde ». À travers son action, la France allait être sauvée du désastre qui l’enfonçait dans la guerre d’Algérie finissant seulement des années plus   tard.
Le général De Gaulle aimait la France avec passion, grâce à sa fille Anne, il a atteint la transcendance de l’homme face à son destin marquant éternellement l’histoire de notre pays.
Lorsqu'un conseiller suggéra de placer Anne dans un établissement spécialisé, la réponse d’Yvonne et Charles De Gaulle fut calme et sans appel : « Elle n'a pas demandé à venir au monde. Nous devons tout faire pour la rendre heureuse.» Anne fut élevée aux côtés de ses frères et sœurs. Elle suivait la famille partout où elle allait. Elle ne fut jamais cachée, jamais mise à l'écart, jamais faite pour se sentir comme un poids. Le général De Gaulle tenait la main d’Anne pendant de longues promenades et parlait avec elle sur tout ce qu'elle pouvait comprendre. Il était la seule personne au monde capable de la faire rire. Anne ne put jamais prononcer clairement qu'un seul mot de toute sa vie.
Ce mot était « Papa ». Elle s'éteignit en février 1948, quelques semaines seulement après avoir fêté ses vingt ans, des suites d'une pneumonie bronchique. Elle mourut dans les bras de son père. Après l'avoir mise en terre, le Général prit la main de son épouse et lui dit : « Maintenant, elle est comme les autres. » Lorsque Charles De Gaulle mourut   en 1970, il n’y eut pas de grandioses funérailles nationales à Paris. Il souhaitait être inhumé dans le cimetière de Colombey-les-Deux-Églises, aux côtés d'Anne. Le 8 novembre 1979, son épouse Yvonne fut inhumée à leurs côtés.
Dans son livre, « des chênes qu’on abat » André Malraux nous révèle un autre De Gaulle qui ne serait pas le De Gaulle historique, mais un De Gaulle plus familier.
L’empreinte du général De Gaulle est gravée dans la mémoire des Français, il est certain que l’homme continue de fasciner au travers de l’œuvre accomplie.
Si chaque période de l’histoire révèle un grand personnage de l’État tels Louis XIV, Napoléon ou Clemenceau, il y a un besoin de redécouvrir De Gaulle qui a tant donné pour  son pays, incarnant le courage et la fidélité, une haute idée de la France marquée par un lien profond depuis toujours, l’unissant éternellement à elle et dont le XXème siècle en a porté le secret suscitant jusqu’à maintenant en nous réflexion, mystère et espérance.
  
Comment devient-on le général de Gaulle ?
Une anecdote rapporte qu’après avoir lu les « Mémoires » du général De Gaulle, Georges Pompidou lui demande : « À partir de quand avez-vous eu conscience d’incarner la France ?». Le général lui répond sans hésiter, « Pour vous dire la vérité, depuis toujours ». En effet, dès l’âge de quinze ans, bien avant l’idée d’une carrière militaire, il écrit une saynète mettant en scène « le général De Gaulle sauvant la France ». Même si le sens de l’État est souvent inné, qu’est-ce qui pousse quelqu’un à se mettre en danger pour respecter l’idée qu’il se fait de son pays ? Est-ce l’origine du milieu auquel il appartient qui conditionne ses actes ? Concernant Charles De Gaulle, militaire, d’une éducation stricte, rien ne le prédestinait à s’intéresser à la situation des plus défavorisés particulièrement les femmes et la classe ouvrière. Pourtant, c’est lui qui accorde le droit de vote aux femmes en 1944 qu’elles exerceront pour la première fois en 1945 ainsi qu’en 1967 avec la diffusion de la contraception de la loi Neuwirth. Il permet la formation des comités d’entreprise dès son retour sur le sol français en 1944 et avant son départ en 1969, il installe les principes de la participation des salariés au capital des entreprises en homme juste et social qui voulait restituer le fruit de leur travail aux salariés.

Tenter de comprendre ce grand mystère qu’est toujours De Gaulle.
Pourquoi faisons-nous toujours référence à l’héritage gaulliste ? Qu’il s’agisse des hommes ou des femmes, quelque soit l’âge, la condition, les Français d’où qu’ils viennent, expriment fierté et reconnaissance au général De Gaulle pour avoir sorti le pays du déclin annoncé, en lui redonnant son rang de puissance.
À travers son esprit de rassemblement et sa volonté de construire inlassablement la paix à travers l’idée européenne des nations, il souhaitait avant tout que son action se poursuive longtemps après lui. « Puisque tout   recommence toujours, ce que j’ai fait sera, source d’ardeurs nouvelles, après que j’aurai disparu. »

La continuité de l’histoire.
« Tout homme qui écrit et qui écrit bien, sert la France » écrivait le général De Gaulle. Dans son esprit, il pensait à l’avenir, une ligne à tenir pour les nouveaux gouvernants. Il savait que son action lui survivrait à travers une certaine idée de la France scellée dans le marbre, telle l’histoire que l’on doit honorer comme un enrichissement et un patrimoine pour le bien et la connaissance de tous.

Un esprit visionnaire.
Comment ce visionnaire a pu résister à toutes les pressions, les incertitudes de la guerre dans un pays décimé qui avait perdu tous ses repères. Il n’abandonne jamais et met toute son énergie au service de la France pour préserver l’intégrité nationale. Si son célèbre appel du 18 juin à la BBC de Londres marque son acte de naissance politique, dès le début de cette année terrible, la volonté du général De Gaulle était de gagner cette guerre mais aussi redonner à la France son rang de puissance au plus haut niveau dans le concert des nations. Le 2 juillet 1940, il s’exprime ainsi, « L’âme de la France ! Elle est avec ceux qui continuent le combat avec tous les moyens possibles, avec ceux qui ne renoncent pas, avec ceux qui, un jour, seront présents à la Victoire. »
Agir sur les réalités était chez le général De Gaulle un cheminement de pensée qui lui était propre tant il approfondissait la capacité de ses moyens, ceux de l’adversaire comme l’Allemagne dès le début de la première guerre mondiale, qu’il poursuivit dans son livre « la discorde chez l’ennemi » en 1924.
Au regard de la politique étrangère, le général De Gaulle décide toujours par rapport aux intérêts de la France, sa place dans le monde. Ses nombreuses visites aux chefs d’États étrangers vont contribuer avec prestige au rayonnement de la France, la plaçant parmi les grandes nations, exerçant une grande influence dans ses rapports diplomatiques.
Pragmatique, chacune de ses décisions sera mûrie, il voulait un exécutif aux pouvoirs renforcés et un président de la République qui ne doit pas être dépendant des partis représentés au Parlement. Reprenant ses idées développées à Bayeux le 16 juin 1946, le général De Gaulle travaillait à l’élaboration d’une nouvelle Constitution, son but étant de mettre fin aux régimes des partis qu’il a tant détesté sous les IIIème et IVème Républiques. Le 4 octobre 58, la nouvelle Constitution sera promulguée et la Vème République le lendemain.

L’idée de sa mission.
Le général De Gaulle devait se montrer au-dessus des manifestations ordinaires. Le prestige de l’homme du 18 juin, ce qu’il avait fait, le plaçait à un autre niveau. Il incarnait le destin d’une nation dans l’honneur et la volonté d’un avenir meilleur pour tous les Français éprouvés par tant de malheurs. En s’adressant à eux ce 18 juin 40, il avait trouvé le ton juste, puissant et courageux pour les entraîner à lutter contre le déclin de la France. Ô combien, il a eu raison ! Des âmes se sont élevées face au renoncement, « Je n’ai   plus que les mots » dira-t-il avec émotion. Ses mots ont touché parce qu’il a su relever le glaive, réussir avec Jean Moulin à unifier la résistance à laquelle il rendra hommage le 27 août 1944 pour l’avoir aidé jusqu’à la libération du pays et au-delà l’organisation de la France inspirée du programme du Conseil national de la Résistance. Enfin être reconnu par Churchill comme le chef de la France libre sera la marque d’un respect réciproque et d’une amitié qui durera jusqu’à la fin de leur vie.  
  
Le gaullisme est né du refus de la défaite et de la soumission, mais à quel prix ! Il aura fallu tellement d’intelligence et d’abnégation au général de Gaulle pour supporter un tel chaos et comprendre comment il fallait agir face à la déchéance de notre pays qui sombrait. Où aura-t-il puisé cette force ?
Animé dès l’enfance par une ambition française, il se révèlera un personnage hors du commun dans les heures les plus sombres de notre histoire.
Entre l’exigence pour un État fort et la bienveillance à l’égard des Français, le général De Gaulle qui a suscité tant d’admiration, a su rester lui-même, naturel, parfois plein d’humour mais toujours réservé.
Après la disparition du général De Gaulle, le 9 novembre 1970, Yvonne De Gaulle portera toujours un intérêt sur l’actualité, notamment sur  les élections législatives de 1973. Celle qui continuera d’incarner « la tradition, le respect des valeurs morales et le sens du devoir », aura contribué par son intuition et son courage lors de la débâcle de 1940, à aider celui qui restera le dernier héros de notre histoire, préservant le destin de la France pour l’éternité !    
               *Christine ALFARGE Secrétaire générale de l'Académie du Gaullisme.
               

© 01.11.2026

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