L’UNITÉ, C’EST LA GRANDEUR !
Toute ma vie, j’ai rêvé d’une France indépendante, forte et fraternelle !
(Pierre Messmer)
par Christine Alfarge,
La France, notre pays, c’est avant tout une histoire.
Hommage à Marc Bloch qui a su magnifier sa pensée dans « l’étrange défaite ». « L’effort sera rude, combien il me semblerait plus commode de céder aux conseils de la fatigue et du découragement ! Un jour viendra, tôt ou tard, j’en ai la ferme espérance, où la France verra de nouveau s’épanouir, sur son vieux sol béni déjà tant de moissons, la liberté de pensée et du jugement. Alors les dossiers cachés s’ouvriront, les brumes, qu’autour du plus atroce effondrement de notre histoire, commencent, dès maintenant, à accumuler tantôt l’ignorance et tantôt la mauvaise foi, se lèveront peu à peu, et, peut-être les chercheurs occupés à les percer, trouveront quelque profit à feuilleter, s’ils savent le découvrir, ce témoignage de l’an 1940 ».
Quant à De Gaulle, se référant à de nombreux personnages de l’histoire, il n’en demeure pas moins que son esprit contestataire va se forger lors de nombreux événements historiques que connaîtra la France. C’est d’abord à travers son expérience de la guerre 14-18 qu’il mettra en lumière les défaillances des hauts responsables. Il sème le doute dans les états-majors, prenant le risque désormais de compromettre sa carrière militaire. Mais peu importe, c’est avant tout la marque de De Gaulle, l’avenir démontrera que les hiérarchies n’ont pas toujours raison.
Les étapes déterminantes vers la victoire.
« L’espérance avait jailli au moment le plus critique, le plus dramatique, je dirai même le plus lugubre de notre destin. C’est à partir de là qu’elle a grandi et finit par ce que l’on a appelé la libération de la France. » dit le général De Gaulle lors de la bataille de Montcornet. Sur le chemin vers la libération vont se dresser de nombreux obstacles, si l’ennemi allemand est partout présent, les alliés aussi causeront au chef de la France libre beaucoup de difficultés.
L’appel du 18 juin a bien failli ne pas être lancé, le cabinet de guerre britannique qui siégeait sans Churchill, ce jour-là, ne voulait pas brûler toutes ses cartes vis-à-vis de Pétain et refusa au général de Gaulle la diffusion de l’appel. Il faudra l’intervention personnelle du Premier Ministre Churchill pour que Charles De Gaulle puisse parler.
La résistance devait montrer l’exemple de l’unité.
Il y avait une volonté délibérée du chef de la France libre de coordonner les actions sur le territoire national, la résistance devait être unie face aux alliés, sans cela n’importe quelle initiative du général De Gaulle aurait été affaiblie. Winston Churchill et Charles De Gaulle se sont trouvés réunissant leur force et leur vision à un moment où tout semblait compromis. Ils étaient les seuls à avoir pris la vraie dimension du conflit.
Lors d’un entretien en mémoire du général de Gaulle, Pierre Lefranc s’exprimait ainsi : « Saluons sa clairvoyance. Il y a des réalités lointaines et difficiles à percevoir. Il faut, pour les discerner, un regard dégagé des contingences et tourné vers l’avenir. C’est le génie de De Gaulle de les avoir perçues dans l’extrême confusion. Pour tous, elles étaient invisibles. »
Des années d’épreuves et d’attente.
Les ralliements mirent du temps à venir, ceux dont la raison d’être était le service de la nation à travers leurs fonctions prestigieuses, ont surtout eu un patriotisme à géométrie variable. En revanche, l’année1940 a montré le courage et l’abnégation d’hommes et de femmes là où on ne les attendait pas forcément. Ils répondirent à l’appel du 18 juin, venant de tous les horizons, de toutes les couches sociales. La foi en l’homme du général De Gaulle est certainement née de cet élan pour libérer la France dont il se souviendra après la guerre dans toutes ses décisions politiques et sociales.
D’autres épreuves auront raison de son départ le 20 janvier1946. Il démissionne notamment de ses responsabilités de président du gouvernement provisoire de la République. Sa décision, mûrement réfléchie, n’a pas été prise sur un coup de tête. « Il se trouve en conflit avec les partis qui, souffrant de son prestige, de son autorité, de sa popularité, souhaitent regagner une puissance que leur échec, pour ne pas dire leur lâcheté durant la grande époque de l’Occupation, leur a fait perdre. » dira Pierre Lefranc.
« Laissons au général de Gaulle tout ce dont il a si bien parlé lui-même, multitudes et solitudes, pour le retrouver en 1958 en face du problème qui pesa dans sa vie à l’égal de la France et qu’il envisageait de traiter dans ses « Mémoires d’espoir ». Il nous concerne tous directement : c’est l’Etat » écrira André Malraux.
« Mon retour donne l’impression que l’ordre normal est rétabli. Du coup se dissipent les nuages de tempêtes qui couvraient l’horizon national. Puisque, à la barre du navire de l’Etat, il y a maintenant le capitaine, chacun sent que les durs problèmes, toujours posés, jamais résolus, auxquels est confrontée la nation, pourront être à la fin tranchés » écrira le général de Gaulle dans ses « Mémoires d’Espoir ». L’essentiel résidait dans les institutions, projet qu’il aura mûri depuis le 16 juin 1946 à travers son deuxième discours présenté et appelé « Constitution de Bayeux », la conception d’une république moderne, adaptée à son temps et efficace. La Constitution de la Vème République est approuvée par référendum, le 28 septembre 1958.
Au regard de la nouvelle Constitution, lorsque des parlementaires demandent au général de Gaulle : « Quelle est la justification de l’Article 16 qui charge le chef de l’Etat de pourvoir au salut de la France au cas où elle serait menacée de catastrophe ? ». Le général De Gaulle ne manque pas de rappeler et d’écrire dans ses Mémoires d’espoir que « faute d’une telle obligation, le président Lebrun, en juin 1940, au lieu de se transporter à Alger avec les pouvoirs publics, appela Pétain et ouvrit ainsi la voie à la capitulation, et qu’au contraire c’est en annonçant l’Article 16 avant la lettre que le Président Coty évita la guerre civile quand il exigea du Parlement de cesser son opposition au retour du général de Gaulle. »
Après la traversée du désert, l’heure est aussi à la modernisation.
« On ne voit jamais trop grand quand il s’agit de fonder pour des siècles » disait le Maréchal Lyautey. En 1958, Charles de Gaulle reprend les rênes de la France avec la volonté de bâtir de grandes réalisations pour le pays. Il est fasciné par le progrès et la modernité et veut accélérer la métamorphose de la France. Il lance le périphérique parisien, des villes nouvelles, l’autoroute du soleil, le RER, les remembrements des campagnes, Rungis ou bien encore la maison de la culture. « Notre Etat est en retard d’un demi-siècle sur nos techniques et même sur nos conceptions politiques. » disait le général de Gaulle en 1960. La lucidité et l’esprit d’analyse du général de Gaulle l’ont conduit à discerner les choses et prendre les décisions qui s’imposent, il dira : « Pour pouvoir aboutir à des solutions valables, il faut tenir compte de la réalité. La politique n’est rien d’autre que l’art des réalités. Or la réalité, c’est qu’actuellement l’Europe se compose de nations. C’est à partir de ces nations qu’il faut organiser l’Europe et, s’il y a lieu la défendre. » Le 22 janvier 1963, le Traité de l’Elysée sera la pierre angulaire de la réconciliation franco-allemande.
1992, accords de Maastricht, le paradoxe européen.
Pierre Messmer écrivait avec lucidité : Tous veulent construire l’Europe afin de consolider la paix et la prospérité […] « Comment s’y prendre pour réussir ? Par la destruction progressive des patries ou par des accords entre les États ? […] l’accélération des transferts de souveraineté va à contre-courant de l’histoire. Dès lors, comment s’étonner des résistances ? […] du projet soumis à ratification, il est évident qu’il propose des abandons de souveraineté nationale dans des domaines essentiels. […]. Pour Pierre Lefranc : « Les peuples ne désirent pas perdre leur indépendance. Ils se battent même un peu partout sur la planète pour la conserver. C’est ainsi qu’en mai 2005 les Français, consultés, ont repoussé à une large majorité le projet de traité constitutionnel européen qui portait atteinte à leur souveraineté. Rappelons que le traité de Maastricht de septembre 1992 n’a été ratifié par voie de référendum que par un tiers des inscrits et que si l’on avait pris en compte les votes blancs et nuls exprimés, le résultat du référendum eût été négatif ».
La légitimité de l’État sous le regard de Pierre Messmer, Premier Ministre.
« Au-delà de leurs effets sur notre vie quotidienne, les transferts de souveraineté risquent d’entraîner, tôt ou tard, des conséquences pour notre vie nationale. La légitimité de tout gouvernement, d’où découlent son droit de décider pour la nation, sa capacité à se faire respecter et obéi, sera entamée car elle trouve sa raison d’être dans l’exercice de fonction, de devoirs tels que la défense extérieure, la sécurité intérieure, l’administration de la justice, etc…
S’il renonce à ses devoirs, l’État perd sa légitimité. Par temps calme, il subsiste tant bien que mal dans l’indifférence des citoyens qui savent que la réalité du pouvoir est ailleurs. Que survienne alors une crise grave, l’État s’effondre sous les coups qu’il reçoit à l’intérieur ou de l’extérieur : depuis cinquante ans, la France en a fait deux fois l’expérience, en 1940 et en 1958. » La politique gaullienne est avant tout celle de la légitimité.
La souveraineté nationale, source d’unité du pays.
Un chef de l’Etat qui unit les Français, donne les grandes directions d’avenir sans penser à l’élection d’après parce qu’il ne voit pas ce qu’il y a autour, cela illustre parfaitement la pensée du général de Gaulle « Il n’y eu de France que grâce à l’Etat. La France ne peut se maintenir que par lui. Rien n’est aussi capital que la légitimité, les institutions et le fonctionnement de l’Etat. C’est pourquoi, il faut que cet Etat ait à sa tête un chef qui en manifeste la permanence ». Cela nous renvoie à notre histoire nationale française, l’idée selon l’article trois de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». Mais il faut qu’il y ait un sentiment d’appartenance dans l’action. «L’histoire est symbolique mais toute entière dans l’action » disait magnifiquement le général De Gaulle.
Rouvrir les portes de l’avenir pour conduire la nation, l’unir.
Revenir aux principes essentiels à l’action politique, la subsidiarité consistant notamment à la réorganisation de l’administration territoriale donnant plus de pouvoir aux maires, conduire une politique familiale digne de ce nom, restaurer l’éducation avec un enseignement créant des citoyens, développer une économie au service de l’homme, revenir aux fondamentaux en promulguant la Grande Charte de France, restaurer la souveraineté nationale, restaurer enfin la justice garante des libertés individuelles ou collectives.
Préserver la cohésion sociale.
Le temps du « chacun pour soi » est revenu dans les esprits, est-ce de la résignation ou une vraie crise de société engendrée par des mutations sociales importantes, des déceptions voire de la défiance vis-à-vis des politiques le tout sur fond de crise économique ? Si certaines caractéristiques de notre nation peuvent s’expliquer par l’histoire, des lignes de fractures nouvelles sont à regarder de près dans notre pays en manque de repères, où règne un comportement quotidien de l’incivilité propice à des affrontements pouvant être redoutables, heureusement un pays capable aussi de surmonter ses divergences quand il doit faire face aux menaces de toute nature. Tout cela doit cependant nous interroger sur la place que nous laisserons aux générations qui vont suivre tant sur le plan de la sécurité des personnes que de la cohésion sociale, les deux étant indissociables pour une vie meilleure.
Ce qui est admirable pour ne pas dire extraordinaire, c’est la vision du Général de Gaulle, marquée par sa grande connaissance de l’histoire dont il n’ignorera aucun évènement. C’est à travers cette même histoire qu’il a su élaborer et développer les grandes questions qui ont contribué au développement de notre pays. Pour lui, la question d’ordre social était avant tout d’agir pour préserver la cohésion entre les Français..
Le sens de l’histoire, c’est qu’il existe un destin collectif, l’histoire de la France en référence à notre passé tantôt dans la gloire tantôt la douleur et l’histoire des Français ayant compris l’enjeu d’être unis pour la liberté dans le respect des convictions pour que chacun puisse se réaliser dans son humanité. C’est aussi le message universel et fraternel que la France continue d’adresser au monde. Il faut surtout des hommes politiques humbles, à l’image de Pierre Messmer qui s’exprimait ainsi :
« En Afrique, comme en temps de guerre où le danger unit les hommes, j’ai ressenti et pratiqué ce devoir chrétien et républicain qu’on appelle fraternité ». « Mais à quoi ce que j’ai fait a-t-il servi ? » se demande-t-il.
« Les vaincus de 1945, Allemagne et Japon, sont les grandes puissances d’aujourd’hui. Mais pour vaincre l’horreur nazie, il fallait gagner la guerre et, pour la gagner, il fallait la faire : je l’ai faite et je ne le regrette pas. »
Pendant onze années à la tête de l’État de 1958 à 1969, la stratégie diplomatique française repose sur l’indépendance. D’où la nécessité de posséder une force de frappe nucléaire, de quitter le commandement intégrer de l’Otan et d’exprimer une voix différente, refusant la confrontation des blocs tout en restant fidèle à l’Alliance atlantique et à l’Occident. « Ministre des Armées, j’avais été le principal exécutant d’une politique de défense qui a donné une nouvelle orientation à l’histoire de notre pays et j’étais d’autant plus fier de mon action qu’elle contribuait à assurer notre indépendance » écrivait Pierre Messmer qui continue d’incarner le héros absolu avec cette foi qui met l’homme à sa juste place, telle la devise du premier régiment de parachutistes d’infanterie de marine, « qui ose, gagne », dans cette perspective de foi, on peut et on doit redresser la France.
Lorsque le général de Gaulle pensait au destin commun de la France et de l’Allemagne pour l’intérêt des peuples, le cheminement de sa pensée sur la nature humaine s’est forgé pendant la première guerre mondiale et fera naître l’homme du 18 juin 1940, façonnant sa personnalité d’homme d’Etat jusqu’à l’exercice de la fonction suprême quelques années plus tard. Une vocation ni guerrière, ni dominatrice, au service de tous, l’homme d’action doit toujours répondre au terrain.
« Être, aimer, unir, servir », faire grandir la France en fondant un nouveau processus civilisationnel. Cette vocation nous oblige comme le disait le général De Gaulle : « La seule querelle qui vaille est celle de l’homme ».
*Christine ALFARGE Secrétaire générale de l'Académie du Gaullisme.
© 01.09.2026