LE CHEMIN DES INDÉPENDANCES,... Christine ALFARGE - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
Président Jacques Myard
Secrétaire générale Christine ALFARGE
Président-fondateur Jacques DAUER
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LE CHEMIN DES INDÉPENDANCES,
DE LA FRANCE LIBRE, À L’INDOCHINE ET L’ALGÉRIE
 

 
« Être français libre, c’est prendre son destin en main »
En mémoire du général Paul Renaud que nous avons eu l'honneur de recevoir à l'Académie du gaullisme, le 14 décembre 2005.

par Christine Alfarge,
À l’été 1940, la force de l’engagement dans la France libre fut déterminante pour résister tant sur le plan extérieur que sur le plan intérieur. Ne jamais se résigner à la défaite, combattre pour libérer la France, c’est dans cette conviction instinctive que de très jeunes gens avaient gardé l’espoir de vaincre.
Pourquoi avaient-ils choisi de se rallier à la France libre ?  
Avant tout, ces volontaires de la France libre ne voulaient pas subir l’occupation de leur pays, par un réflexe conditionné à un refus absolu de penser que la guerre était perdue, ils rejoindront l’Angleterre. Les évènements de l’histoire montreront combien leurs combats furent héroïques sur tous les champs de bataille.  
Le général De Gaulle incarnera la pierre angulaire de cette volonté lorsqu’il lance son célèbre appel à la radio de Londres. Extrait de l’appel du 18 juin 1940 : « Moi, général De Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. Demain comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres ». Cet appel à continuer le combat en constituant une force militaire sous le drapeau français aura l’adhésion d’un très grand nombre de civils ou de militaires qui s’engage dans les Forces françaises libres et porte avec une fidélité sans faille les armes de la France libre jusqu’à la capitulation allemande.

Le Général SAINT-HILLIER.
Dès lors, comment ne pas évoquer ce grand chef , le général Saint-Hillier qui fut dans la lignée militaire, une des personnalités les plus emblématiques de cette période, dont la force de caractère affirmé et déterminé, n’hésita pas en 1940 à s’engager derrière le général De Gaulle, il écrivait à sa famille :  « Mon devoir est de combattre jusqu’au bout ». Le 25 août 1941, il écrit ces mots : « Je sais que notre cause est juste ». Sa passion pour l’histoire le mène à l’écriture de ses mémoires dans « des carnets » qu’il tient au fil du temps, tel son bien le plus précieux afin de perpétuer le souvenir de la 1ère Division française libre et d’honorer la mémoire de ses compagnons disparus.
 
Il reste à jamais, l’aventure extraordinaire de ces hommes d’honneur dont le général De Gaulle écrivit le 27 février 1946 : « Ce qu’à su faire pour la France, la 1ère division française libre, ce qu’elle a su faire par le cœur, le corps, les armes, de ceux qui en étaient, ce qu’elle a su faire avec ses chefs, Koenig, Brosset, Garbay, ses officiers et ses soldats, c’est un des plus beaux morceaux de notre grande Histoire, c’est un rocher que les vagues du temps ne pourront détruire jamais, c’est, pour toujours, un défi lancé à ceux qui doutent de la France ».
Le 18 juin 1940 désigne l’acte de naissance historique du général De Gaulle et aussi celui de la reconnaissance d’un autre monde. La défaite de la France en 1940 entraîne l’Indochine française dans la spirale infernale de la guerre.
 
La guerre sera à la dimension du monde.
Il faut tenter de comprendre et d’expliquer les guerres d’Indochine entre des peuples antagonistes, chacun désireux de soumettre l’autre au nom de l’unité nationale. Indépendamment de l’invasion chinoise qui occupe le Viêtnam pendant deux siècles, la première présence occidentale fut portugaise à partir de 1540. Dès le XVIIe siècle la France entretient d’excellents rapports avec la Cochinchine, région du sud riche et très peuplée dont la principale ville est Saïgon et la région de l’Annam au centre plus boisée avec une population plus rude dont leur capitale Hué avait des appétits de domination sur les autres régions notamment le Tonkin au nord vassal de la Chine. En 1776, le roi de Hué ne tarda pas de faire appel au roi Louis XVI pour mater la révolte des Tay-son. Grâce aux volontaires armés envoyés par le roi de France, Nguyen Anh reprend son trône et conquiert à la fois la Cochinchine et le Tonkin. Nguyen Anh devenu empereur sous le nom de Gia-Long continua lui et ses successeurs une politique cordiale avec la France jusqu’au second empire.
Mais l’obstination de l’empereur Tu-Duc de vouloir imposer comme religion le confucianisme chinois à tous ses sujets, fit décider Napoléon III à mettre un terme aux persécutions. Saïgon tomba et la France à travers le traité de Pnom-Pen en 1863 va reprendre l’administration de la partie ouest de la Cochinchine majoritairement chrétienne. Quelques années après, « les Pavillons noirs », célèbres pirates du Tonkin attaque la région voisine l’Annam, ce qui entraîne l’armée française à prendre Hanoï en attendant l’ordre d’évacuation par Mac-Mahon. Des troupes plus importantes sont à nouveau envoyées, ce qui conduit à une guerre contre la Chine. Finalement, les traités de Tien-Tsin en 1885 font abandonner la Chine de ses ambitions permettant à la France de contrôler toute la région. Quant au Tonkin il continuera d’être terrorisé par ses pirates pendant bien longtemps.
De 1891 à 1893 fut créée la confédération indochinoise composée d’une colonie la Cochinchine et de quatre protectorats, à savoir : le Cambodge et le Laos sous protection de la France ; l’Annam où l’administration des mandarins hésitait entre collaborer ou se révolter contre les autorités coloniales ; le Tonkin jamais pacifié.
En 1897, Paul Doumer exerce une « politique d’association » des populations afin de moraliser la société et de la développer économiquement et socialement, une initiative reconnue officiellement en 1905 par le gouvernement français. L’Annam et la Cochinchine continuèrent de prospérer contrairement au Tonkin qui devait être maintenu militairement.
Après 1929 trois forces entreprirent de déstabiliser la région : le Japon d’abord qui voulait dominer toute l’Asie et chasser les Européens ; les Soviétiques et la Chine communiste ; enfin les Etats-Unis intéressés de contrôler à leur tour toutes les ressources de cette région. Le coup de force japonais du 9 mars 1945 visant à éliminer l’armée et l’administration françaises d’Indochine permet au Vietminh de s’installer au Tonkin. Août 1945, après la capitulation du Japon, le Vietminh s’empare du pouvoir à HanoÏ, son chef Hochi Minh proclame l’indépendance de la République Démocratique du Viêtnam, le 2 septembre 1945.
Reconquérant petit à petit l’Afrique, voulant s’affirmer au Levant, récupérant Madagascar, la Nouvelle-Calédonie ou bien Tahiti, soucieuse de redevenir une puissance mondiale, la France sur ordre du général De Gaulle effectue son retour dans la péninsule indochinoise par la nomination en octobre 1945 de l’Amiral Thierry d’Argenlieu en qualité de haut-commissaire ainsi que l’envoi d’un corps expéditionnaire français commandé par le général Leclerc pour récupérer ce que Paul Reynaud, ami du Général, décrivait comme le « balcon de la France sur le Pacifique ».  
 
La France reconnaît le Viêtnam, le 6 mars 1946.
Le général Leclerc, dont la carrière fut toujours destinée au dur combat, fit preuve néanmoins de discernement portant à la fois sur les limites de l’action de force et l’authenticité du mouvement de force vietnamien. C’est sous son égide que l’émissaire français au Nord-Viêtnam, Jean Sainteny, conduisit fin 1945 et début 1946 les négociations avec le Viêtnam qui aboutirent à l’accord Hochi Minh-Sainteny-Leclerc, le 6 mars 1946. Il stipulait que le gouvernement français reconnaissait la République du Viêtnam comme un « Etat libre » au sein de l’Union française et de la Fédération indochinoise  ayant son gouvernement, son parlement, son armée et ses finances. Cette convention n’empêche pas quelques mois plus tard la rupture et la guerre.
Hochi Minh, bloqué entre les chinois au nord et les troupes du général Leclerc, accepte de négocier lors de la conférence de Fontainebleau le 6 juillet 1946 où la France envisage l’indépendance du Tonkin mais s’oppose à ce que le Vietminh domine l’Annam et la Cochinchine. Comme le souligne le général Renaud, « la France voulait garder la Cochinchine face à un ennemi communiste accaparant la notion d’indépendance », il pense que c’est une guerre perdue parce que nous avons été trop exigeants. En considérant le Tonkin comme partie intégrante de l’Indochine, les Français devraient occuper tout le terrain, chose militairement impossible à cause des difficultés et de l’hostilité des populations.
À partir de 1947, le général De Gaulle, devenu chef du Rassemblement du Peuple Français, et ses compagnons, mèneront un combat sans merci contre la IVème République. Il écrivait en 1951: « La guerre où nous sommes engagés en Indochine est la guerre de la liberté … ». À partir de 1953, cette obstination allait faire place à une idée raisonnable, celle de la reconnaissance qu’une autre politique s’imposait en Indochine et que l’acharnement militaire ne menait à rien. De même que Churchill devait se rallier à l’indépendance des Indes et de l’Egypte, le général De Gaulle se ralliait à la politique de paix en Indochine avec en toile de fond l’amorce d’une détente internationale, car selon lui, à la fin des années quarante, le spectre de la guerre menaçait à chaque instant. Dans cette perspective, il estimait que la France devait être présente sur tous les terrains opérationnels. Il désirait alors que la nouvelle « France libre » puisse davantage qu’en 1940, trouver des points d’appui en Asie comme en Afrique ou en Amérique.
Fin 1949, lors d’une deuxième occasion les Français vont tenter de restaurer un semblant de protectorat en installant à sa tête l’ancien empereur de l’Annam BaoDaï. Mais devant les difficultés de lutter sur les territoires sino-indochinois, l’armée française se retire. La solution par les armes ne peut pas être obtenue et l’opération se termine à Cao-Bang en octobre 1950 après de lourdes pertes. Le moral des troupes est au plus bas et le 6 novembre 1950 est nommé haut-commissaire et commandant en chef le général de Lattre de Tassigny qui reprend les choses en main et redresse la situation pour une courte durée car il disparaît le 11 janvier 1952 par suite d’une maladie.
À Paris les dirigeants politiques parlent « d’opérations de pacification » et souhaitent un succès militaire sur le terrain pour être en position de force pour régler le sort de l’Indochine. Le 20 mai 1953, le général d’état-major Henri Navarre est nommé pour en finir avec l’ennemi. Ce sera le piège de Diên Biên Phu et une fin tragique pour l’armée française lors de l’assaut final du 7 mai 1954. L’ouverture de la conférence de Genève mettra un terme à la guerre d’Indochine et conduira au partage du Viêtnam entre deux gouvernements antagonistes de Viêtnam Nord et du Viêtnam Sud.
Pour la France, débarrassée du poids indochinois, le répit sera de courte durée car le 1er novembre 1954 débutera la guerre d’Algérie. Mais auparavant il faut rappeler qu’au moment où la France fête la victoire du 8 mai 1945, le nord constantinois dans les régions de Sétif et de Guelma se soulève quadrillé par l’armée. Cette période sera considérée comme le début de la guerre algérienne d’indépendance. Dans la vie politique algérienne on voit peu à peu dominer un mouvement national basé sur l’espoir de réunir les conditions de réformer le système colonial ou libérer l’Algérie. À Sétif, des jeunes musulmans brandissent le drapeau algérien dans des manifestations indépendantistes. De nombreux leaders sont arrêtés tel Messali Hadj, indépendantiste, chef du Parti du peuple algérien(PPA). La guerre donne l’espoir incontestablement que l’ordre colonial peut être renversé. Le sentiment du général Renaud est que pour lui « une chose est certaine, le peuple algérien a ressenti ce sentiment national que nous n’avons pas perçu, les populations ont été abandonnées à elles-mêmes, mais notre responsabilité n’était pas totale car l’ambiance internationale ne nous a pas fait reconnaître que le monde évoluait ».
Les conséquences de ces événements conduiront à la fin de l’union du camp nationaliste et le 1er novembre 1954 les activistes du Parti du peuple algérien se retrouveront à la tête d’une nouvelle organisation, le Front de libération nationale (FLN), l’insurrection algérienne commencera. Mai 1958, après quatre années, l’armée sera victorieuse et les frontières seront fermées.
« Avec le recul, est-ce que l’on a manqué des occasions ? se demande le général Renaud. Il est difficile de trouver deux guerres plus différentes pour si peu de moyens contre un adversaire communiste en Indochine qui se termine par une défaite sur le terrain, quant à l’Algérie avec un million de résidents français donnant des moyens plus importants face à un adversaire qui n’était ni communiste, ni islamiste mais arabe, la victoire fut obtenue sur le terrain mais la suite fut désastreuse ». Diên Biên Phu restera le symbole de la reconquête de l’indépendance nationale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
 
L’évolution de la pensée gaulliste.
Contrairement à bon nombre de ses pairs, le général De Gaulle n’a pas été un officier colonial. En écrivant dès 1934 : « Nous voyons naître des mouvements d’idées, de passions, d’intérêts, dont le but manifeste est la fin de notre domination », il mesure la force des nationalismes indigènes. Le 30 janvier 1944, son célèbre « Discours de Brazzaville », annonce le prélude à l’autonomie et à l’indépendance de l’Afrique noire française. Il apparaît que dès la fin du conflit mondial, le général De Gaulle pense que le mouvement de décolonisation est inéluctable.
 
Un vent de décolonisation soufflait.
Revenu au pouvoir en mai 1958, nul ne sait quelle serait sa politique algérienne, l’équivoque est totale. Comment percer ce mystère de la politique gaullienne ? En Algérie, la guerre avait incontestablement donné l’espoir que l’ordre colonial pouvait être renversé. En France, la société bascule complètement, lassée par les incertitudes de la IVème république et un conflit qui dure déjà depuis quatre ans. Le général De Gaulle a conscience de cela, cherchant une solution intermédiaire qui prenne en compte des éléments politiques et non pas seulement militaires. Déterminé par les intérêts de la France, le général De Gaulle mesure la solitude internationale voire l’isolement de la France, alors qu’il souhaite lui redonner une place de premier plan parmi les grandes puissances.
 
Discours sur l’autodétermination de l’Algérie, le 16 septembre 1959.  
La déclaration très attendue du 16 septembre 1959 va dissiper les équivoques car le général De Gaulle énonce le principe fondamental de sa politique à l’égard de l’Algérie : celui de l’autodétermination. Le chef de l’Etat propose de mener la pacification à son terme : « Grâce au progrès de la pacification, au progrès démocratique, au progrès social, on peut maintenant envisager le jour où les hommes et les femmes qui habitent l’Algérie seront en mesure de décider de leur destin… Je considère comme nécessaire que ce recours à l’autodétermination soit aujourd’hui proclamé. » Ce discours rompt avec la politique traditionnelle de la France, proclamant la fin du régime colonial. Le recours à l’autodétermination, permet pour la première fois d’envisager l’indépendance dont le principe sera admis.
Le général De Gaulle adaptait ses orientations politiques selon les circonstances, la vocation qu’il reconnaissait à la France, le conduisait dans deux directions, il disait : « Pour être elle-même, c’est-à-dire indépendante, elle devait garder les mains libres, mais pour être fidèle à elle-même, elle devait soutenir aussi une grande querelle ; son génie est d’éclairer l’Univers. » Ainsi, le cheminement de sa pensée en termes d’indépendance, développait à la fois l’idée de souveraineté de la nation et la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.
 
D’une solution de décolonisation pacifique à l’indépendance totale, le général De Gaulle n’avait cessé de composer avec la réalité pour préserver la France, lui redonner son rang en Europe et dans le monde, il disait : « Il m’appartient d’être, quoiqu’il arrive le garant de l’indépendance et de l’intégrité de la France, ainsi que des traités qu’elle a conclus ; autrement dit de son honneur ». De la France libre, à l’Indochine et l’Algérie, le mystère De Gaulle est celui d’une France qui se relèvera toujours.  
               *Christine ALFARGE Secrétaire générale de l'Académie du Gaullisme.
               

© 01.05.2026

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