La lancinante angoisse de la fin de vie P. KLOBOUKOFF - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
Président Jacques Myard
Secrétaire générale Christine ALFARGE
Président-fondateur Jacques DAUER
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La lancinante angoisse de la fin de vie







par Paul KLOBOUKOFF,
Le vote prochain sur l’aide active à mourir incite à s’interroger sur la justification de décisions qui, rompant avec nos traditions, donneraient à des hommes le droit de mettre fin à la vie de personnes en grande souffrance.
Quatre siècles avant JC, le serment d’Hippocrate
Sans valeur juridique, ce serment prononcé par les médecins est cependant l’un des textes fondateurs de la déontologie médicale. Le texte original stipule, en particulier : « J’utiliserai le régime pour l’utilité des malades, suivant mon pouvoir et mon jugement ; mais si c’est pour leur perte ou pour une injustice à leur égard, je jure d’y faire obstacle. Je ne remettrai à personne une drogue mortelle si on me le demande, ni ne prendrai l’initiative d’une telle suggestion » (1).  
Dans le texte revu par l’Ordre des médecins en 2012, on peut lire : « Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité », ainsi que : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ».
Dans la déclaration de Genève de 1948, intitulée Serment du médecin, révisée en octobre 2017, on trouve aussi : « Je respecterai l’autonomie et la dignité de mon patient » et « Je veillerai au respect absolu de la vie humaine » (2).
On peut donc comprendre que le corps médical soit très attaché à la protection de la vie des patients, quelque soit leur état de santé, et méfiant à l’égard des dispositions qui la menaceraient.
En France, l’avis du Comité d’éthique a évolué… dans le sens du vent
Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été amené à réfléchir sur les questions de fin de vie à plusieurs reprises.
En 1991, dans son avis n°26, il « désapprouvait qu’un texte législatif ou réglementaire légitime l’acte de donner la mort à un malade ».
En 1998, dans son avis n° 58, il se disait « favorable à une discussion publique sereine sur le problème de l’accompagnement des fins de vie comprenant notamment la question de l’euthanasie ».
En 2000, dans son avis n°63, il introduisait la notion « d’engagement solidaire et d’exception d’euthanasie ».
Le 30 juin 2013, dans son avis n°121 « fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir », le Comité livrait ses réflexions prenant en compte les évolutions de la loi et des pratiques au cours des dix années précédentes, et le rapport de la Commission Sicard (3).
Le 13 septembre 2022, dans son avis n°139, le Comité d’éthique a d’abord proposé de renforcer les mesures de santé publique dans le domaine des soins palliatifs (à domicile et dans les établissements). Il a aussi ouvert la voie à une aide active à mourir, indiquait vie-publique.fr (4). Observant qu’au cours des dernières années les législations de plusieurs Etats (Espagne, Luxembourg, Pays-Bas, Canada, Nouvelle-Zélande et certains Etats australiens) autorisaient à la fois l’assistance au suicide et l’euthanasie, il a considéré « qu’il existe une voie pour une application éthique de l’aide active à mourir, à certaines conditions strictes avec lesquelles il apparaît inacceptable de transiger ».  En cas de dépénalisation de l’aide active à mourir, le Comité a souhaité la mise en place de repères éthiques.
8 des 45 membres du Comité ont exprimé une réserve quant à une éventuelle évolution législative sur la fin de vie.
La loi Claes-Leonetti du 27 juillet 2016 toujours en vigueur
Entretemps, une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale par MM Alain Claes et Jean Leonetti en octobre 2015 et adoptée le 27 juillet 2016 avait créé de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie : « toute personne a droit à une fin de vie digne et apaisée. Les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour que ce droit soit respecté ».
La loi tend aussi au développement des soins palliatifs, dont l’accès doit être garanti sur tout le territoire. Elle prévoit aussi qu’à la demande du patient afin d’éviter la souffrance et une « prolongation inutile de sa vie », une sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience peut être administrée jusqu’au décès, associée à une analgésie et à l’arrêt des traitements. Le patient doit être atteint d’une affection grave et incurable, son pronostic vital doit être engagé à court terme et sa douleur doit être réfractaire aux traitements et si l’arrêt d’un traitement est susceptible d’entraîner une souffrance insupportable (5).  
Toute personne majeure et capable peut rédiger des directives anticipées dans lesquelles elle exprime ses volontés relatives à sa fin de vie.
Deux propositions de lois sur la fin de vie examinées à l’Assemblée nationale
La première concerne le déploiement des soins palliatifs et l’accompagnement. Elle fait l’unanimité, à condition que les moyens financiers soient présents à l’appel. Or, si une journée d’hospitalisation standard coûte 1 300 €, en soins intensifs, c’est 3 000 €. En soins palliatifs la durée moyenne de séjour serait de 11 jours… ou 18 jours. Au printemps 2025, 19 départements ne sont pas encore dotés d’unités de soins palliatifs
La seconde porte sur la légalisation du suicide assisté ou de l’euthanasie à de strictes conditions. Sur ce sujet « extrêmement sensible », sur cette « question intime », les députés se penchent « avec beaucoup d’humilité ». La droite et l’extrême droite y sont opposées, la gauche et une partie du centre y sont favorables.
La ministre de la Santé et du Travail, Catherine Vautrin, observe qu’aujourd’hui notre droit « ne répond pas à toutes les situations », que « même avec une prise en charge exemplaire, certains patients restent confrontés à des douleurs réfractaires à une perte d’autonomie insupportable à leur dignité ». Avec le concours du député Modem Olivier Falorni, rapporteur général du texte, pour lequel c’est « l’ultime recours », elle défend la légalisation d’une aide à mourir, à de strictes conditions, qui seront « cumulatives ». Le patient, capable de discernement, devra être atteint d’une « affection grave et incurable », avec un pronostic vital en phase avancée ou terminale, et endurer des souffrances insupportables qu’on ne peut soulager (6).
Pour Yannick Monnet (Gauche démocrate et républicaine), « En aucun cas et d’aucune manière, il ne faudrait que le recours à l’aide à mourir soit une position de repli ou par défaut, par manque d’accompagnement ».
Le démocrate Cyrille Isaac Sibille craint une loi qui ouvrirait une « brèche » dans l’avenir vers un droit accessible aux mineurs, aux malades psychiatriques ou atteints d’Alzheimer.  
Opposée au suicide assisté et à l’euthanasie, la députée ciottiste Hanane Mansouri, s’inquiète que cette « solution létale devienne une réponse rentable dans un système de soins à bout de souffle ».
« Notre crainte, c’est de voir des citoyens réclamer le suicide assisté parce qu’ils n’auront pas eu accès aux soins palliatifs », a dit le député LR Patrick Hetzel.
Pour d’autres, il est nécessaire que le président de la République consulte le peuple par référendum.
J’ai aussi entendu Philippe de Villiers sur CNews le 16 mai prédire que les soins palliatifs seront pour les riches, et l’euthanasie pour les pauvres
Un permis de tuer
Il y a un an, le 31 mai 2024, dans un article de figaro.fr intitulé « Le droit de mourir dans la dignité, c’est assumer « dignement » son statut d’encombrant » (7), catégorique, le journaliste et essayiste Paulin Cesari énonçait : « Euthanasie. Suicide assisté. Aide à mourir. Ces choses désignent toutes la même : un permis de tuer. De tuer en toute légalité. Au nom de la générosité. De la charité. De l’humaine dignité ». Quelle dignité ?
Les responsables religieux vent debout contre « l’aide à mourir »
Dans une tribune diffusée le jeudi 15 mai 2025 (8), la Conférence des responsables de cultes en France (CRCF), qui rassemble les autorités catholiques, protestantes, orthodoxes, juives, musulmanes et bouddhistes, a affirmé que le texte « introduit légalement la possibilité d’administrer la mort - par suicide assisté ou euthanasie - en bouleversant profondément les fondements de l’éthique médicale et sociale ». Elle dénonce « un langage qui travestit la réalité » dans le but de désamorcer la gravité morale de l’acte d’administration volontaire d’un produit létal et d’affaiblir le débat public. Elle redoute une « menace directe pour les plus vulnérables » qui pourraient se sentir incitées à demander la mort par culpabilité
Fin de vie, euthanasie, suicide assisté : que dit le pape François ?
C’est le titre d’un article de La Croix du 8 mars 2024 (9). Depuis le début de son pontificat, le pape François a toujours rejeté l’euthanasie et le suicide assisté. On lui doit des mises en garde et des condamnations fortes, parmi lesquelles : - « On ne joue pas avec la vie », le 27 septembre 2023, s’inscrivant dans la continuité de ses prédécesseurs depuis le pape Pie XII, le premier à aborder le sujet en 1957 ; - « la vie humaine est toujours sacrée », y porter atteinte est « un péché contre Dieu créateur », en 2014, devant l’Association des médecins catholiques italiens ; - « Tuer, ce n’est pas humain. Point. Si tu tues avec des motivations, tu finiras par tuer à nouveau », le 15 septembre 2022, en insistant sur la nécessité du « développement des soins palliatifs » ; - « Ce n’est pas une question religieuse. C’est une question d’humanité », le 23 septembre 2023, en conclusion des Rencontres Méditerranéennes ; - le même jour, il avait dénoncé la « perspective faussement digne d’une mort douce, en réalité plus salée que les eaux de la mer »
« Ne faites pas ça ! », l’appel relayé par le pape Léon XIV
Dans sa publication du 13 mai 2025 (10), Tribune Chrétienne se prononce sans détours. « Une loi barbare, une mascarade législative : l’Assemblée nationale deviendrait assassine de la fraternité »
« Si cette législation était adoptée, la France entrerait dans une société où l’élimination des « inutiles » deviendrait une norme acceptable. Cela ne correspond pas à la fraternité, mais à un cynisme mortel ».
La Tribune évoque l’appel du cardinal Prévost « Ne faites pas ça ! », pas encore Léon XIV, en 2016, aux Canadiens, à ne pas suivre l’exemple de la Belgique, où l’euthanasie est légale. Le pape n’a pas changé d’avis, a confirmé l’évêque de Saint-Etienne le 12 mai 2025. Il refuse la loi sur « l’aide active à mourir ».  
« Ce n’est pas la souffrance en soi qui est l’enjeu, mais le refus d’offrir les soins nécessaires. Cette loi prétend répondre à la souffrance, mais elle en fait en réalité un prétexte pour légitimer la mort », assène La Tribune.
En avant toute ?
Peu importent les craintes, les méfiances, les réserves, les mises en garde, les oppositions, le train progressiste est lancé. Il a accéléré depuis 2017. Il paraît difficile de l’arrêter ou d’en dévier la course.
Le vote des deux textes de lois est prévu pour le 27 mai. Un vote probablement sans surprise. Peut-on s’opposer à de « bonnes » intentions ? Même si l’enfer en est pavé.
Mon humble avis
Je ne suis pas catholique. Je suis orthodoxe. Mais Léon XIV, comme François et leurs prédécesseurs sont aussi mes papes. Pour moi, leur parole est d’évangile.
*Paul KLOBOUKOFF Académie du Gaullisme Le 21 mai 2025
Sources et références :
(1) Serment d’Hippocrate original   ordomedic.be/fr/l-ordre/serment-belgique/serment-hippocrates 1992        
(2) Le serment d’Hippocrate (revu par l’Ordre des médecins en 2012)  conseil-national.medecin.fr/medecin/devoirs-droits/serment-hippocrate   le 22 mars 2019
(3) CCNE Avis 121 Fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir. ccne-ethique.fr/fr/publications/avis-121-fin-de-vie…
(4) Fin de vie : le Comité d’éthique ouvre la voie à une aide active à mourir vie-publique.fr/en-bref/286236-fin-de-vie-le-comite…  Le 13 septembre 2022
(5) Droits des malades et des personnes en fin de vie, sédation profonde… vie-publique.fr/loi/20948-droits-des-malades… Le 2 février 2016
(6) Sur la fin de vie, les députés engagent la discussion « avec humilité »   ouest-france.fr/societe/fin-de-vie/sur-la-fin-de-vie-les-deputes… Le 12 mai 2025
(7) Le droit de mourir dans la dignité, c’est assumer « dignement » son statut d’encombrant     lefigaro.fr/actualite-france/le-droit-de-mourir-dans… Le 31 mai 2024
(8) Aide à mourir : les responsables religieux de France alertent sur de « graves dérives » possibles  la-croix.com/religion/aide-a-mourir-les-responsables… Le 15 mai 2025
(9) Fin de vie, euthanasie, suicide assisté : que dit le pape François ? lacroix.com/religion/fin-de-vie-euthanasie-suicide… Le 8 mars 2024
(10) « Ne faites pas ça ! » : L’appel relayé par le Pape Léon XIV face à la législation de l’euthanasie tribunechrétienne.com/ne-faites-pas-ca-lappel…  Le 14 mai 2025

© 02.06.2025

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