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 Président-fondateur
Jacques Dauer

Académie du Gaullisme
La Lettre du 18 JUIN Vingt-cinquième année – n° 202 – janvier 2018
"Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde."
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par Georges AIMÉ
NOUVELLE CALÉDONIE ? VOUS AVEZ DIT INDÉPENDANCE ?
Il y a fort à parier que le prochain référendum (novembre 2018) d’autodétermination sur l’indépendance en Nouvelle Calédonie (française depuis 1853) sera soit une nouvelle fois repoussé, soit n’aboutira pas à ce que peuvent espérer les indépendantistes les plus actifs ou les idéologues parisiens. Il ne semble pas d’ailleurs que la finalité soit l’indépendance mais bien d’obtenir encore plus d’avantages et d’autonomie tout en continuant à rester sous la protection de la France.
Rappelons que le « Caillou » n’est ni un DOM-ROM (département et région d’outre-mer), ni un TOM (territoire d’outre-mer, terme supprimé par la révision constitutionnelle du 28 mars 2003), ni une COM (collectivité d’outre-mer) mais un POM (pays d’outre-mer) jouissant d’un statut très particulier. Durant notre séjour et après avoir parcouru la totalité de la Grande île, les îles Loyauté et celle des Pins jamais nous n’avons entendu la révolte grondée et l’étendard de l’indépendance agité par des populations las d’un occupant spoliateur.
Nous n’avons vu qu’une seule fois l’inscription « Vive la Kanakie libre » et encore était-ce dans une tribu du Nord-Est réputée pour être peu amène. Des propos échangés avec de nombreux Kanaks, Caldoches (pour la majorité d’entre eux descendants de bagnards et d’exilés de la Commune) et « Métro ou Zoreilles », il ressort qu’aucun n’a véritablement envie d’un changement radical et que tous sont conscients de ce qu’a rapporté ou permis l’accord de Nouméa de 1998. Rappelons que les trois premières ressources de la Nouvelle Calédonie sont dans l’ordre : 1° le nickel (6e producteur mondial, 90 % des exportations, 25 % de l’emploi salarié privé, 9 % des réserves mondiales connues), 2° l’aide de la France ; 3° le tourisme. Par ailleurs, le secteur public représente un quart de la valeur ajoutée et les fonctionnaires et assimilés constituent un petit tiers des salariés calédoniens.
Les prix du nickel fluctuant selon les cours mondiaux du minerai, les Calédoniens sont bien conscients que basée une économie sur une seule ressource est extrêmement dangereux La chute du cours amorcée en 2008 est toujours d’actualité (tonne de métal : 54.100 $ en mai 2007, 8.986 $ en mars 2016, 11.290 $ en novembre 2017). Quant au tourisme, hors croisiéristes, (100.000 visiteurs/ an) il convient de le développer mais avant qu’il rapporte il y a beaucoup de travail à accomplir.
Ce ne sont pas les quelques « paquebots d’un jour » (400.000/an) australiens, coréens ou japonais faisant escale, de temps à autre, pour quelques heures dans une baie de rêve qui suffiront à développer une véritable économie touristique.
De plus, lesdits amateurs de croisière n’ont pas envie de retrouver sur les étals ou dans leurs assiettes des produits venant de chez eux ou de Chine ! Quant à l’industrie hôtelière (dont les prix... ne peuvent attirer qu’une clientèle à forts revenus), même si de gros efforts ont été faits en matière de logement et d’accueil, elle souffre d’un manque d’approvisionnement en produits alimentaires locaux (poissons, fruits entre autres) pourtant abondants.
Cette difficulté à établir des filières locales pérennes est due aux cultures essentiellement vivrières et au mode de pêche artisanal. Récoltants et pêcheurs n’étant pas structurés, et n’ayant pas une réelle volonté de l’être, on fait venir, pour faire face à une demande régulière, ces produits d’Australie et de Nouvelle Zélande !
Par ailleurs, alors que les routes principales dont la construction est financée par la France sont correctes et les pistes bien entretenues, le non réédition par l’IGN d’une carte digne de ce nom, l’absence quasi générale (à l’exception de Maré, de l’île des Pins et du sud de la Grande île) de signalisation routière ne facilitent pas les déplacements des non-résidents.
Il faut ajouter à cela les innombrables carcasses de véhicules abandonnés fleurissant sur les bas-côtés... Un ensemble affligeant suffisant à faire fuir nombre de touristes, Japonais entre autres et... d’amoureux de la nature ! Une analyse un peu plus fine nous a permis de constater que la virulence de certains Caldoches à l’égard des « Métro » est un aspect qu’il ne faut pas négliger car il contribue à la détérioration des relations entre les différentes composantes de l’île.
Bien installés, depuis des générations, dans un mode de vie routinier, ils ne voient pas toujours d’un bon œil ces gens venus d’ailleurs avec des méthodes commerciales, industrielles ou agricoles remettant en cause leurs certitudes et bousculant leurs habitudes (un peu à l’image de certains Corses voyant arriver les Pieds Noirs d’Algérie après 1962). Quoi qu’il en soit, j’ai le très net sentiment que les 270.000 habitants de ce POM (dont 44 % de Mélanésiens, 34 % d’Européens et 22 % de Wallisiens-Futuniens, Tahitiens, Indonésiens, Vanuatuans, et Vietnamiens) dont les deux tiers vivent dans le Grand Nouméa et ont moins de trente ans n’ont pas envie de voir leur niveau de vie (égal à celui de la Métropole) remis en question. Ressembler au Vuanatu, indépendant et si proche, sûrement pas ! Les difficultés économiques et l’incapacité de ce dernier à faire face aux aléas climatiques suscitent bien des réflexions et beaucoup d’interrogations. Le tableau ci-dessous est suffisamment éloquent (PIB par habitant de quelques pays de la région et de l’outre-mer) :

PAYS ANNÉE PIB
(unité : millier de CFP)
Australie................ 2015    5.456
France................... 2015   3.913
Nouvelle-Zélande...... 2015   3.905
Nouvelle Calédonie..   2014   3.554
Martinique...............2014   2.569
Guadeloupe........... . 2014   2.642
Réunion..................2014   2.416
Polynésie française...  2010   2.070
Guyane.................. 2014   1.842
Wallis et Futuna....... 2005    1.200
Îles Fidji................ 2015       537
Vuanatu                      2015      303
Les rapports humains sont grandement facilités par l’usage de la langue française partout enseignée et remarquablement parlée sans accent (les vingt-huit dialectes kanaks ne permettant pas aux différentes tribus de communiquer). Gentillesse et courtoisie sont monnaie courante. Jamais nous n’avons trouvé, où que nous soyons, agressivité ou rejet. Ici (contrairement à certains milieux médiatiques en France) on ne parle de colonisation que pour se rappeler l’Histoire et la première radio calédonienne (NC1) ne s’en prive pas. La majorité des Calédoniens (y compris une bonne partie des Kanaks) ne veulent pas l’indépendance.
Ils veulent peser sur le prochain référendum pour avoir encore un peu plus d’autonomie et d’avantages dans les secteurs qui ont le plus d’importance à leurs yeux (choix de leurs dirigeants, libre gestion administrative et politique, respect du droit coutumier, redistribution des richesses minières).
Le reste (enseignement [avec reconnaissance du fait kanak], santé, prestations familiales, sécurité extérieure, respect des lois ne relevant pas de la coutume, défense, sécurité intérieure, chasse de la délinquance, Justice...) à la France de le gérer ! En effet, l’indépendance pour quoi faire ? Pour la souhaiter, il faut être un idéaliste pur et dur, rêveur utopique ou un agent des USA, de l’Australie (notre présence dans cette partie du Pacifique agace, comme elle agace en Polynésie) ou de la Chine (les richesses minières de l’île attirent bien des convoitises).
Ici, comme ailleurs, et quel que soit le Gouvernement qui en aura la charge, le problème est la hausse de la délinquance d’une jeunesse qu’Internet, le téléphone portable à travers les réseaux « sociaux » et certaines émissions de télé alimentent à jets continus. Il faut y ajouter une explosion de la violence due à un alcoolisme immodéré (la vente d’alcool est interdite dans tous les commerces à partir du vendredi midi jusqu’au dimanche soir) et à une surconsommation de cannabis (cultivé en grande quantité sur place) et de drogues plus dures. Ainsi les propos de certains consommateurs à l’égard des blancs n’ont-ils pas grand-chose à voir avec l’indépendance.
Les gendarmes métropolitains envoyés sur place pour deux ans maximum n’intervenant qu’en cas d’absolue nécessité... Une des conséquences, non négligeable, de l’usage intensif du téléphone portable est la perte d’influence sur les jeunes hommes des chefs de tribu. Ainsi, beaucoup de ces derniers ne sont plus en capacité de faire régner l’ordre. Un profond changement de société est en train de s’opérer au sein de la population mélanésienne, laquelle compte plus de 40 % de moins de vingt ans. Le danger, si danger il doit y avoir, viendra de là.

© 10.12.2017
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