211 chastanier - Académie du Gaullisme

La Lettre du 18 JUIN Vingt- sixième année – n° 211 – novembre 2018
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211 chastanier

par Pierre CHASTANIER
LE RENOUVEAU GAULLISTE,
dernière partie
Les propositions que nous propose Pierre Chastanier dans son dernier ouvrage,  Le Renouveau gaulliste, méritent d’ ê tre soumises à la réflexion et à l’analyse de tous les lecteurs de La lettre du 18 Juin. Nombreux sont ceux qui se retrouveront dans ces écrits et partageront le même souhait de voir renaître une « certaine idée de la France » . N’hésitez pas à faire part d e vos remarques à l’auteur. (L a publication s’étendra sur plusieurs numéros.)
12. Un renouveau gaulliste est-il possible ?
Malheureusement, le discours du président Macron devant le Congrès réuni à Versailles le 3 Juillet 2017, la veille du discours de politique générale de son Premier ministre Édouard Philippe à l’Assemblée nationale n’avait évidemment rien eu d’un nouvel Appel gaulliste. Il se voulait plutôt un discours « à l’Américaine » sur l’état de l’Union où il revint sur les ressorts qui, selon lui, ont mené à son élection. Au cours de l’exercice, il insista sur les réformes institutionnelles envisagées, processus législatif simplifié, instillation d’une dose de proportionnelle, révision du droit de pétition, refondation du CESE, suppression de la Cour de Justice de la République, refonte des territoires et réduction du nombre de Parlementaires ! Pas de quoi enthousiasmer les Français et les conduire à surmonter leurs différences pour « Sauver la République » !
En réalité en sommes-nous encore capables ? Nous convenons volontiers qu’il existe généralement deux camps opposés par leurs choix politiques, droite et gauche, conservateurs et progressistes, démocrates et républicains, appelons-les comme on veut, l’oligarchie quelle qu’elle soit a toujours su dresser des cloisons mentales entre les hommes propres à les séparer durablement sauf peut-être aux heures sanglantes où la Patrie est en danger.
Mais après 158 années de République nous avons oublié qu’il fallait toujours un arbitre, roi, président, empereur, au-dessus des partis, pour incarner l’intérêt national et permettre les coalitions capables de réunir une majorité suffisante pour conduire le pays avec sérénité dans la voie des réformes.
Et là, le « Ni Droite, Ni Gauche » est insuffisant quand il faut le « Et Droite, Et Gauche » pour sortir la France de l’ornière. Au moment où j’écris ces lignes (avril 2018) des « colères » diverses cherchent à s’agglutiner. Elles n’y parviendront peutêtre pas mais un an après l’élection du nouveau président des failles apparaissent dans le dispositif qu’il aurait pourtant été facile de conjurer. La sélection à l’entrée de l’université est vitale, non pas pour écarter de l’enseignement supérieur des générations d’étudiants d’origine modeste mais pour optimiser les succès de cette nécessité pour la cinquième puissance mondiale, de conduire sa jeunesse au plus haut niveau de ses capacités tout en restant conscients de l’impérieux devoir de satisfaire aux besoins du pays.
Un exemple : Est-il raisonnable de maintenir un numérus clausus avec des reçus-collés à 14 de moyenne et de parler en même temps de déserts médicaux, de voir les enfants des familles qui le peuvent poursuivre leurs études de médecine en Belgique ou en Roumanie, et de constater que 25 % des médecins qui s’installent en France sont d’origine étrangère (et parfois même, parlent difficilement notre langue) ? Un dialogue sincère entre parties prenantes (État, Régions, Sécurité sociale, organisations syndicales et ordinales, internes, Étudiants, permettrait à coup sûr de trouver des formules adaptées à nos besoins. Des places offertes en plus de celles du numérus clausus associées à une prise en charge financière comme c’est le cas à l’X, l’ENS, l’ENA, santé militaire et bien d’autres, proposées en échange de dix ans d’engagement dans les déserts médicaux réglerait le problème en quelques minutes ! Une révision profonde de l’apprentissage avec passerelle permettant de reprendre ultérieurement des études générales pour les plus motivés et accès facilité aux crédits pour la création d’entreprises éviterait des cohortes de recalés à l’issue des premiers cycles des Universités lorsque le niveau de base est insuffisant. Des classes préparatoires à l’enseignement supérieur dans les lycées redonneraient une chance aux moins bons élèves du secondaire avec un bon encadrement bien préférable à la bride sur le cou laissée dans les premières années de fac.
Autre exemple d’actualité : un dialogue sincère avec toutes les organisations syndicales du transport mais aussi avec les régions, les associations d’usagers, permettrait sans doute d’assurer la meilleure continuité territoriale possible (avion, rail, car, taxis, covoiturage, véhicules libres et demain autonomes…) sans des grèves usantes qui nuisent à notre économie. On pourrait au moins éliminer les faux débats comme celui du statut des cheminots qui n’est là que pour dresser l’opinion contre les grévistes tant est permanent chez les plus modestes le désir d’égalité même si des inégalités bien plus choquantes sont constamment étalées qu’ils refusent de voir. Les mauvaises raisons invoquées sont souvent trop flagrantes.
Ainsi pour le SNCF, on fait semblant de se poser la question de la dette (46 milliards d’€) que l’État pourrait peut-être reprendre en partie, après 2020, comme si la dette actuelle n’était pas intégralement cautionnée par l’État, actionnaire unique qui prétend vouloir le rester ! Partout le dialogue est absent ou ressemble à un simulacre. Or, de nos jours, seul un dialogue tolérant, respectueux des opinions de chacun peut nous sortir d’affrontements stériles (On se rappelle les paroles de Georges Berkeley : « Ils soulèvent la poussière et se plaignent de ne pas voir ! ») C’est, semble-t-il ce que les syndicats reprochent au Gouvernement : faire semblant de dialoguer, entendre mais ne pas écouter puis annoncer brutalement des décisions déjà prises que les députés de la majorité eux-mêmes n’auront pas le droit d’amender sans autorisation, au risque de se retrouver marginalisés et dépourvus d’investiture lors de leur renouvellement ! Est-ce à dire que tout doit finir dans d’interminables palabres ? Assurément non !
Le dialogue tolérant doit s’accompagner de respect : respect de la Loi, respect des personnes, respect des Institutions, respect du bien d’autrui ! Quand on voit les locaux saccagés de Tolbiac (sans parler de ceux de Paris-8 que les médias n’osent même pas nous montrer !) ou les vitrines saccagées lors des manifestations du 1 er mai, on ne peut que déplorer le laisser-faire des présidents d’université qui ne font pas appel aux forces de l’ordre, des syndicats qui se laissent submerger par des casseurs, des zadistes prêts à en découdre même s’il a fallu trop de temps et trop d’affrontements pour leur tendre enfin la perche du dépôt possible de projets collectifs prétendument alternatifs! Le Rassemblement Gaulliste c’est tout autre chose.
Il traduit la volonté d‘unir le peuple français dans sa globalité autour de valeurs qui auront émergé du plus large consensus de la nation. Ici, il n’y a plus d’anathème : que l’on soit aujourd’hui du FN ou de FI on a droit à la parole. Nul n’est pestiféré. Nul ne peut seul s’arroger le droit d’avoir raison aux dépends de tous les autres.
Seules peuvent être combattues les opinions qui s’opposent aux valeurs fondamentales de la République : Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité, ouverture au monde, protection des citoyens, respect de la propriété et des droits dans la réelle progressivité de la contribution de chacun selon ses capacités et ses moyens au bien commun, valorisation du travail et récompense de l’effort, solidarité active envers les plus démunis et les personnes âgées dépendantes, égalité véritable des droits et devoirs de chacun quels que soient le sexe, la race, le choix de vie ou la croyance, amour de la Patrie et engagement de tous au service de la nation. Unir le peuple français : voilà le seul but du Rassemblement et cela ne peut se faire sans accueillir Et la Droite Et la Gauche ! Utopie penserez-vous ? Avec 1 % de la population mondiale nous sommes la sixième puissance du monde et visiblement en passe de redevenir la cinquième après le Brexit. Nous sommes l’un des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Notre voix porte et notre histoire fascine.
Nous nous devons d’être un exemple parmi les nations ! Mais le voulons-nous encore ? Electeurs du FN et de FI pourquoi se perdre dans des combats d’arrière-garde ? Vous êtes aussi la France. LR, LREM, PS ne pouvons-nous à l’instar des Allemands réaliser cette grande coalition que de Gaulle appelait de ses vœux : le Rassemblement du Peuple Français ? Oui, c’est encore possible. Il suffit de savoir vouloir ! En paraphrasant les Jésuites : « Pour une plus grande gloire de la France »
13. Mais alors comment faire ?
Si LREM avait choisi la voie que j’ai invoquée dans mes « Carnets de campagne » (NDLA, Éditions CIU, tome 1), à savoir, proposer dès le lendemain de la victoire aux Législatives une coalition étendue des LR au PS, nous aurions pu franchir un pas décisif. Ceux qui auraient refusé la grande coalition se seraient euxmêmes marginalisés. Une répartition des responsabilités 1/3- 1/3-1/3 au niveau gouvernemental entre droite, LREM et gauche aurait convaincu le peuple de la volonté d’union du président et un riche dialogue aurait pu s’engager laissant s’exprimer dans leur diversité les opinions des Français dans la recherche d’un point médian, acceptable par tous qui aurait permis d’avancer enfin dans la voie des réformes.
Ce ne fut malheureusement pas le cas et il y a de grandes chances qu’au fil du temps les affrontements d’aujourd’hui, à la moindre étincelle reproduisent les grandes oppositions d’hier. Le PS est certes groggy mais la France Insoumise, cimentée seulement par le talent tribunicien de quelques leaders, Mélenchon en tête, se délitera petit à petit pour participer à la refondation d’une gauche sociale-démocrate moins extrême à nouveau candidate à l’exercice du pouvoir.
La droite, sidérée par le risque de se rapprocher du FN (le piège mitterrandien continue à bien fonctionner) essaie de proposer un programme de droite dure pour tenter d’attirer des électeurs qui autrefois lorsque l’extrême-droite plafonnait à 3 % votait traditionnellement pour elle. Cette radicalisation fait fuir certains de ses soutiens, tentés par la tentation contributrice avec LREM, qu’un centre toujours aussi déliquescent n’arrive pas à retenir. Laurent Wauquiez, malmené par ses révélations estudiantines réussira-t-il à ressouder ses troupes avant les prochaines échéances ? La route risque d’être encore longue ! Le président Macron plait à une majorité de Français.
Il est au début de son mandat et ses chances de durer sont encore sérieuses. Écoutera-t-il la voie de l’Union ou enfermé dans une gestion managériale autoritaire avec la petite équipe toute puissante qui lui masque la réalité continuera-t-il à se persuader qu’il a raison, qu’il a toujours raison, qu’il est le seul à avoir raison, même contre tous ? Le Rassemblement du Peuple Français, nouveau RPF qui avec Pasqua et Seguin avait, sans succès, tenté de revivre, doit repartir du peuple, comme l’a fait EM à ses débuts. Et d’abord de la jeunesse ! De celle qui comprend que rien de durable ne peut désormais être imposé de façon autoritaire, de celles et ceux qui veulent une démocratie plus participative, de celles et ceux qui acceptent le partage et non le triomphe d’un mortel individualisme.
Mais pour s’unir, il faut au moins définir quelques points de repères acceptables par tous qui serviront de base à la définition d’un cap pour la France. C’est pourquoi nous examinerons dans les chapitres qui vont suivre, ces bases possibles qui pourraient nous rassembler. Lorsque j’avais lancé en décembre 2004 le club « Dialogue et Démocratie Française » j’avais voulu réunir des hommes et des femmes de bonne volonté de toute origine, non pas « Ni de Droite Ni de Gauche » mais « Et de Droite Et de Gauche » tant il me paraissait indispensable pour résoudre les problèmes de notre temps de favoriser par tous les moyens l’émergence d’un dialogue tolérant et fraternel entre ceux qui veulent « vivre ensemble » dans l’harmonie, au sein d’une même nation. Les Français, il est vrai, sont souvent divisés et, semble-t-il, peu capables de réunir de larges coalitions « à l’allemande » dépassant les barrières souvent artificielles dressées entre eux par leurs origines ethniques, leurs croyances, leurs professions, leurs appartenances à différentes classes sociales.
Ces cloisons mentales que les partis ont créées entre les individus expliquent ces débats télévisés où personne n’écoute personne, ces pseudo-négociations entre Pouvoir exécutif et syndicats où les cartes sont d’emblée biaisées, ces affrontements de rue, témoins de l’incompréhension qui peu à peu s’installe au sein du peuple. En marchant au supplice Jehanne aurait dit : « Français divisés, pardonnez-vous de toute votre âme ».
À l’heure de la mondialisation où l’ultra capitalisme a tant favorisé l’individualisme ambiant, si nous voulons ensemble retrouver cette solidarité sans laquelle il sera de plus en plus difficile de partager un même territoire, il faut à tout prix regagner le chemin du dialogue et ne pas laisser des intérêts particuliers prendre le pas sur l’intérêt général. L’heure est grave, plus qu’on ne le croit, car l’apathie apparente témoigne non d’un désaveu des « colères » qui s’agglutinent mal mais d’un sentiment sournois qui donne à penser que la « Politique » ne résoudra plus nos problèmes et que seule la fuite en avant égoïste du chacun pour soi, pourra encore représenter une planche de salut ! L’appel au dialogue, c’est le choix de réconcilier les Français autour d’un projet commun.
C’est la reconnaissance de la variété de nos opinions et l’acceptation du fait de ne pas avoir toujours raison. C’est la recherche permanente d’un compromis qui tienne compte des bons arguments avancés par les uns et par les autres. C’est la volonté de « vivre ensemble » dans le respect de chacun, libres, fraternels et égaux !
14. - Remettre la France au travail Chacun sait que l’oisiveté est mère de tous les vices !
Au pays des six millions de chômeurs, il est grand temps de prendre conscience du fait que l’assistanat social comme seule réponse au chômage de masse, fruit de la mondialisation, ne peut plus correspondre à une solution durable. Je l’ai dit à plusieurs reprises : « On te paie pour que tu te taises » mais de ce fait on doit prendre en charge le véritable tonneau des Danaïdes de cette politique par un endettement continu. (Le montant de la dette de la France, 2.200 Milliards d’€ est exactement égal au montant de l’aide sociale déversée depuis 1981.) Il faudra bien qu’un jour des gouvernants conscients reviennent sur les règles de l’OMC qui se voulaient justes au départ mais qui, dans la pratique, se sont révélées iniques. Contrairement à la prétendue concurrence libre et non faussée qu’elle prônait on a cessé d’accepter des déséquilibres sociaux, fiscaux, environnementaux aussi bien à l’intérieur de l’UE que sur les marchés étrangers, que des contreparties douanières auraient dues restreindre ou au moins que des politiques d’équilibre des échanges commerciaux auraient pu atténuer.
La règle de l’unanimité que l’on a stupidement acceptée au sein de l’Union et la cupidité de certains États, prêts à toutes les bassesses pour attirer les investisseurs n’a que trop duré. Un exemple : comment peut-on continuer à accepter que les GAFA, réalisant dans les grands pays Europe le plus gros de leur CA, n’y reversent que des impôts minimes en domiciliant leurs sièges sociaux dans des États plus complaisants (Irlande, Luxembourg,…).
Nous ne pourrons plus longtemps espérer bâtir ensemble l’Europe et supprimer nos barrières douanières intérieures si nous ne remédions pas très vite à tous ces dysfonctionnements. Il faut pour cela que l’on aboutisse sans délai à une convergence la plus grande possible sinon à une uniformité entre les États de l’Union ou si cela s’avérait irréalisable qu’on restreigne provisoirement la zone de libre-échange aux seuls pays acceptant cette règle vertueuse.
Mais remettre la France au travail c’est aussi imaginer de nouvelles voies de contribution de chacun au bien-être de tous. L’assurance chômage qui, aux yeux de certains, apparaît désormais comme un dû au bout de quelques années de cotisation doit retrouver son rôle véritable de solidarité entre ceux qui ont un emploi et les autres. Certes il faut que des règles souples de flexisécurité n’entravent pas l’embauche et que les prélèvements obligatoires, dont nous sommes avec le Danemark les champions du monde, retrouvent un taux moins étouffant mais il faut aussi que des solutions plus subtiles soient évoquées et mises en œuvre pour combattre ce cancer du chômage :
- prise en compte des conséquences sociales lors des délocalisations d’usines imposant par exemple le remboursement des aides préalablement octroyées en vue de la création d’emplois ;
- participation des chômeurs à des activités de formation sérieusement contrôlées qui doivent correspondre aux capacités et aux désirs des personnes mais aussi aux besoins insatisfaits du pays ;
- incorporation des chômeurs, passé un délai raisonnable de formation et de recherche d’emploi, à des activités d’intérêt public (remplacement de fonctionnaires, travail au sein d’associations, aide aux personnes âgées, assistance dans les écoles, travaux de protection de la Nature…).
Pour ne détailler que quelques mesures, le remplacement des fonctionnaires partant à la retraite par des chômeurs à mi-temps ayant les qualifications requises, permettrait de réaliser les économies espérées de la dépense publique sans affecter profondément les services.
De même le vaste chantier du tutorat scolaire si important si l’on veut une vraie assimilation des savoirs dans les zones d’éducation prioritaire, ou l’aide à venir de plus en plus nécessaire en faveur des personnes dépendantes représentent des réservoirs d’emplois non marchands qui pourraient absorber une bonne partie des chômeurs et contribuer à leur réinsertion.
15. - Réformer l’éducation
Comme on vient de le voir, un des grands défis de ce siècle où vont s’affronter des générations d’élèves baignant depuis leur plus tendre enfance dans les nouvelles technologies réside dans une réforme approfondie de l’éducation dès les classes maternelles. C’est dès l’enfance en effet, au moment où nos cerveaux fabriquent chaque seconde plusieurs millions de synapses, au moment où tout est possible que devrait être réalisé le plus grand effort. Très vite il sera trop tard ! L’apprentissage des savoirs fondamentaux (la lecture avant 6 ans par exemple le jour où l’on se débarrassera enfin de la méthode « globale ») rendu possible par un tutorat généralisé mobilisant chaque soir après la classe, enseignants, étudiants, chômeurs, retraités, parents d’élèves, bonnes volontés, gommerait d’un coup la honte pour notre système éducatif que représente cette cohorte de 150.000 jeunes sortant chaque année sans diplôme de la scolarité obligatoire, incapables de remplir sans aide le moindre formulaire qui iront très vite grossir les rangs des chômeurs si ce n’est des délinquants !
Nous avons besoin d’un enseignement général conduisant en plus grand nombre les plus aptes aux formations de haut niveau dont le pays a besoin mais redonnant aussi à l’enseignement professionnel toutes ses lettres de noblesse (équivalence des diplômes, nombreuses passerelles permettant les réorientations, avantages sociaux accordés aux formations courtes pour favoriser leur embauche, gestion des effectifs pour répondre aux besoins du pays, revalorisation de la fonction enseignante qui devra être plus respectée, mieux rétribuée et plus évolutive.
Notre enseignement supérieur doit pouvoir accueillir tous ceux qui le veulent et qui le peuvent. L’ascenseur social doit fonctionner à nouveau pour permettre à tous les talents de s’exprimer (Alain Juppé, par exemple, issu d’une famille pauvre de métayers, boursier au mérite pendant toutes ses études secondaires, n’a-t-il pas cumulé l’ENS et l’ENA avant de devenir Premier ministre ?) Au lieu de dire à nos jeunes, nous allons vous tirer au sort ou nous allons vous sélectionner, il serait plus profitable de leur dire : « Le pays a besoin de vous. Nous allons vous prendre en charge (y compris financièrement pour les étudiants d’origine modeste) pour vous permettre de suivre le meilleur cursus correspondant à vos souhaits et à vos capacités mais en revanche nous vous demanderons des efforts, du respect pour nos institutions et des résultats ! » Je citai plus haut Gaston Bachelard et la nécessité « d’apprendre à apprendre ». Or, le monde dans lequel nous entrons sera sans pitié pour ceux qui seront incapables de se remettre en cause et de s’adapter tout au long de leur vie aux bouleversements technologiques qui attendent les jeunes générations.
Gouverner c’est prévoir ! Avec vingt ans d’avance nous serions coupables de ne pas planifier dès aujourd’hui, pour ceux qui vont naître, la formation appropriée dont ils auront besoin pour survivre ET dont le pays aura également besoin pour rester dans la course ! Cela ne se fera pas sans une véritable révolution dans notre manière de penser l’École. Elle doit devenir l’affaire de tous et le souci de chacun. Les enseignants certes y joueront les premiers rôles mais, tout en écoutant les élèves, les parents, les employeurs, les élus et les professionnels de tous ordre.
16. - Refondre la fiscalité
Appartenant à cette frange sacrifiée de la classe moyenne dite « supérieure » je rage chaque année en subissant une pression fiscale à six chiffres, totalement confiscatoire, en pensant à tous ceux du « 1 % des plus riches » qui grâce à de nombreuses niches fiscales, grâce à une « optimisation » habile, réussissent à payer moins d’impôts que ceux qui n’ont d’autres revenus que leur travail. Les récentes réformes de l’ISF continuent à pénaliser le cadre supérieur ou le bon professionnel qui « au bout d’une vie » a fini par acquérir son appartement parisien alors que dans le même temps des biens mille fois plus importants dissimulés dans des actifs d’entreprises échappent à l’imposition sur la fortune. On prétend qu’Emmanuel Macron est le « président des riches » ou même, selon François Hollande, le « président des très riches » on doit se souvenir qu’on juge un arbre selon ses fruits et que son passage par la banque Rothschild et les appuis qui l’ont amené à la présidence l’ont profondément marqué. L’article 13 de la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » stipulait déjà que « pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Cette progressivité de l’impôt a été mise à mal par la ploutocratie ambiante qui fait et défait les gouvernements ne serait-ce que par les médias qu’elle contrôle.
C’est ainsi que la courbe de la fiscalité exprimée en pourcentage par rapport aux revenus au lieu d’être une droite croissante comme le voudrait la Constitution passe par un maximum pour la classe moyenne pour redescendre curieusement chez les plus fortunés ! Notre fiscalité est donc à revoir dans l’esprit d’équité, de simplification, de lutte contre la fraude fiscale pour que chacun contribue selon ses talents à l’indispensable solidarité commune.
Quel faux argument que celui de faire croire que sans un PDG exceptionnel et exceptionnellement bien payé les entreprises du CAC 40 ne pourraient survivre ! Combien de vautours ont profité de cette croyance ! Une entreprise est un être vivant : ses actionnaires, ses dirigeants, ses salariés, à des degrés divers ont tous un rôle éminent à jouer. Il n’y a pas d’homme indispensable même si les talents doivent être reconnus et généreusement gratifiés.
Que ferait le meilleur d’entre eux seul sur une ile déserte ! Dans l’entreprise participative de demain, si le projet gaulliste retrouve la faveur du Peuple, ce sera l’effort et l’intelligence de tous qui permettront de passer, dans un esprit de loyauté et de responsabilité, les mauvais moments et de retrouver ensemble des eaux plus calmes. La réforme fiscale ne doit pourtant pas être inquisitoriale.
Elle doit pour être efficace permettre des espaces de liberté notamment en ce qui concerne les droits de succession. Rappelons que les fortunes amassées au cours d’une vie de travail ont payé l’impôt. Peut-être pas suffisamment si comme on vient de le voir celui-ci n’a pas été progressif mais lorsque c’est le cas, il est logique que les parents souhaitent transmettre à leurs enfants les fruits de leurs efforts. D’ailleurs cette mesure éviterait bien des déménagements en fin de carrière vers des pays voisins (Belgique ou Luxembourg notamment) qui ont supprimé ou fortement réduit ces droits de succession. Quant au prélèvement de l’IR à la source pourquoi pas ? Mais cette mesure risque d’être une usine à gaz qui augmentera inutilement la charge des entreprises en faisant d’elle comme pour la TVA des percepteurs gratuits.
Ne vaudrait-il pas mieux effectuer un prélèvement forfaitaire par tranches salariales qui serait complété chaque année par un impôt déclaratif tenant compte des diversités des situations familiales et des autres sources de revenus éventuelles ? Quant à la pléiade d’impôts communaux, départementaux, régionaux, un bon coup de torchon serait nécessaire pour n’avoir plus qu’à payer un impôt local unique tenant compte de ses capacités foncières et une contribution aux services rendus par les collectivités (eaux, ordures ménagères, transports scolaires…).
17. - Fonder une nouvelle solidarité
Quand fut créée sous le premier gouvernement du Général de Gaulle, par les Ordonnances d’octobre 1945, la Sécurité sociale, à l’instigation du ministre communiste du Travail et ancien ouvrier Ambroise Croizat, ce modèle bismarckien reprenait en fait une des propositions de mars 1944 du Conseil National de la Résistance qui voulait un « plan complet visant à assurer, à tous les citoyens, des moyens d’existence dans tous les cas où ils seraient incapables de se les procurer par le travail ».
Le principe reposait sur une gestion par les partenaires sociaux, financée par des cotisations à la charge des employeurs et des salariés, ainsi que la reconnaissance du rôle complémentaire des mutuelles. L’ordonnance du 4 octobre créait un régime général ayant vocation à rassembler l’ensemble des actifs (salariés des secteurs privé et public, exploitants agricoles, travailleurs indépendants et secteurs spécifiques d’activité), tout en reconnaissant la possibilité de maintien de certains régimes particuliers préexistants dits « régimes spéciaux ».
Au fil des ans, cette institution obligatoire et incontournable a rendu de grands services contribuant à faire de notre médecine une des meilleures au monde. La réforme Jeanneney de 1967 allait assurer la séparation financière des risques dans trois « branches » (santé, vieillesse, famille) en créant trois caisses nationales, la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), la Caisse nationale d’assurance vieillesse des travailleurs salariés (CNAVTS), la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF). Des dispositions ultérieures allaient créer en 1988 le Revenu minimum d’insertion (RMI), financé par le budget de l’État mais versée par les caisses d’allocations familiales, la CSG en 90, prélèvement assis sur l’ensemble des revenus (d’activité, de remplacement, des produits du patrimoine et des placements ou des jeux), la carte Vitale en 1997, la CMU en 1999 complétée ensuite par l’AME et l’ACS, créant ainsi, il faut bien le dire, un véritable appel d’air vers les populations immigrées, tout particulièrement exacerbé en Guyane et à Mayotte !
Certaines initiatives comme le RSI à l’intention des indépendants furent des échecs retentissants. D’autres indispensables en raison de l’augmentation régulière de l’espérance de vie allait s’attaquer dès 2010 aux retraites en prolongeant de 60 à 62 ans l’âge légal du départ à la retraite avec un minimum croissant d’années de cotisation sauf toujours pour certains régimes spéciaux aujourd’hui décriés. Mais la SS allait aussi jouer un rôle important dans la prise en compte de la pénibilité du travail, des « carrières longues », des règles de calcul de la retraite des femmes, des inégalités de salaire entre hommes et femmes ou dans la protection des plus fragiles. Aujourd’hui pourtant, le système s’est alourdi.
Il y a plus de salariés gestionnaires de caisses que de médecins installés dans le pays ! Les régimes spéciaux sont contestés, la lourdeur des prélèvements obligatoires pèse sur notre économie, le nombre d’annuités pour disposer d’une retraite complète ne cessera d’augmenter, les soins hospitaliers plombent véritablement le système sans pour autant favoriser les « petites professions de la santé ».
Notre système est certes infiniment meilleur que celui de nos voisins anglais (Ne parlons pas des Américains à qui, au moment où ils entrent dans un service d’urgence, on demande avec quelle carte de crédit ils comptent payer !) mais il doit pour survivre être corrigé de certaines imperfections choquantes :
- affecter directement au budget de la Santé des taxes perçues sur certains produits qui nuisent à la santé (alcool, tabac) ;
- faire payer par les assurances privées les conséquences médicales des accidents (accidents du travail, accidents de la route, accidents de sports ou de loisirs) ;
- garantir les affections de longue durée mais lutter contre le tourisme médical ;
- reformer notre système de soins en distinguant une médecine salariée (hospitalière ou municipale) qui sera de plus en plus généralisée tout en permettant la survie d’une médecine libérale payée à l’acte mais plafonnée dans ses taux de remboursement (hôpitaux privés, consultations privées à l’hôpital public, médecins de ville) ;
- lutter contre les déserts médicaux par une politique intelligente du numerus clausus (places supplémentaires en échange d’un engagement de service de 10 ans comme à l’X, l’ENA, l’ENS et bien d’autres ;
- responsabiliser les acteurs de santé par une meilleure formation, par la création de passerelles entre professionnels (infirmières, médecins par exemple), par le développement d’un travail d’équipe (optométristes et ophtalmologistes par exemple où des délais de consultation invraisemblables sont proposés pour la simple réfractive !), par le développement de la télémédecine. Dans un autre registre il faudra lutter contre la dénatalité en développant une véritable politique familiale incluant à partir du 3 e enfant un salaire fiscalisé et une retraite pour les mères de famille qui en feront la demande ou une défiscalisation correspondante pour celles qui préférant un travail à l’extérieur embaucheront à temps complet du personnel de maison. Nous devons certes créer une solidarité responsable qui ne laisse personne au bord du chemin mais qui tienne compte aussi des choix individuels et qui en contrepartie du soutien apporté à chacun exigera de tous ceux qui sont financièrement ou physiquement aptes un effort compensatoire raisonnable.
18. - Reformer les Institutions
La Ve République, surtout après le referendum du 28 octobre 1962 que les Français adoptèrent à 62 % des voix, rétablissant depuis Louis Napoléon Bonaparte l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, a vu s’accroître la force politique de la fonction présidentielle, l’onction du suffrage universel restituant le double corps du roi. Les Français se sont attachés depuis à cette « rencontre d’un homme et d’un peuple » et nul ne songe à revenir sur ce qui paraît désormais un acquis démocratique.
Il n’en est pas moins vrai que ce système fondé sur un scrutin uninominal à deux tours a créé pendant cinquante ans une bipolarisation qui de de Gaulle puis Giscard contre Mitterrand, de Sarkozy contre Ségolène Royal et de Hollande contre Sarkozy a profondément divisé le pays en deux clans droite et gauche semblant irréductibles. Deux exceptions cependant : Pompidou contre Poher « bonnet blanc et blanc bonnet » puis Chirac contre Le Pen, occasion manquée qui après un vote massif aurait permis une large union nationale si Jacques Chirac avait véritablement eu l’étoffe d’un homme d’État.
Lors de la dernière élection, en revanche, cette bipolarisation s’est transformée en quadrille, 4 candidats faisant à peu près jeu égal au premier tour et même si cette situation est née des affaires qui ont détruit François Fillon, le piège tendu autrefois à la Droite par le florentin François Mitterrand a fonctionné à nouveau en amenant Marine Le Pen au second tour ce qui a permis à Emmanuel Macron de l’emporter (moins confortablement tout de même que Jacques Chirac) à la suite de la prestation calamiteuse de Marine Le Pen au cours du débat d’entre deux tours (que Jacques Chirac avait préféré éviter contre Jean-Marie Le Pen). Emmanuel Macron a donc été élu et bien élu mais avec 25.4 % d’abstention, niveau record depuis 1969 et un niveau jamais atteint de 11.5 % de bulletins blancs et nuls.
Au lendemain des législatives, marquant malgré un succès logique lié au mode de scrutin uninominal à deux tours, une décrue de 20 % de LREM par rapport au score présidentiel, la possibilité qui lui était offerte de désigner un gouvernement de coalition « à l’allemande » n’ayant pas été retenue par lui, on s’est donc éloigné pour la première fois de la bipolarisation traditionnelle. Et en attendant que les oppositions « chaos debout » se recomposent, malgré l’adjonction que quelques contributifs venus des LR et du PS, nous nous trouvons donc devant une quadruple opposition du FN, des LR, de FI et des restes non contributifs du PS et du PC.
J’ai toujours prôné pour ma part une élection présidentielle au scrutin uninominal à un seul tour. Reprenant l’ancienne tradition de la monarchie élective où le roi, « primus inter pares » était choisi parmi les ducs, ce mode d’élection dont le président ne sortirait généralement pas majoritaire ferait de lui non le chef réel d’une majorité gouvernementale réduisant la fonction de Premier ministre à ce qu’on connait, mais l’arbitre, l’indispensable arbitre, dont toutes les équipes qui concourent ont toujours besoin, au-dessus des partis, chargé non d’inaugurer les chrysanthèmes mais de rechercher en permanence entre les partis politiques, les syndicats, les groupes de pression, les terrains d’entente possibles, les compromis acceptables qui font le pain quotidien de la vie publique.
Si d’ailleurs TOUS les autres États de l’UE ont conservé cette fonction qu’elle soit incarnée par un président, un grand-duc, un roi ou une reine, c’est bien justement parce que les peuples dans leur sagesse ont compris (comme les joueurs de football) que sans arbitre on en viendrait très vite aux mains ! Je ne crois donc pas à la vertu d’un « régime présidentiel » et l’exemple américain n’est pas superposable car outreAtlantique, l’État fédéral laisse aux États membres la gestion quasi-totale de toutes les fonctions non strictement régaliennes. Même la peine de mort est du ressort de l’État et non de l’Union.
L’arbitre, une fois élu, va évidemment appeler à voter pour une majorité gouvernementale qui, désignée au scrutin uninominal à deux tours, maintenu car il crée une stabilité de l’exécutif, mais tempéré par une dose significative de proportionnelle (20 % par exemple) permettrait une représentation plus démocratique des forces politiques en présence, autorisant chaque fois que cela serait possible la convocation d’un gouvernement d’ouverture, coalition capable de s’entendre sur la ligne des réformes à adopter avec le plus large consensus possible.
À noter que cette nouvelle vision du président, arbitre au-dessus des partis ne diminue en rien bien au contraire le rôle du Premier ministre, choisi tout naturellement par le président parmi les chefs du parti arrivant en tête aux élections législatives soit seul soit au sein d’une coalition. Il est bien clair que ce Premier ministre a de grandes chances d’être un proche du président venant d’être élu ce qui facilitera les arbitrages lorsqu’ils s’avèreront nécessaires au sein de la majorité.
En cas de problème majeur manifestement insoluble, le président conservera la faculté d’en appeler au peuple souverain par voie de référendum et comme disait Gambetta : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine […] il faudra se soumettre ou se démettre ».
Mais rompant avec l’État jacobin dont la France s’est faite une spécialité, les réformes institutionnelles doivent aussi toucher les régions et leur organisation décentralisée sauf en ce qui concerne les grandes fonctions étatiques, défense, police, justice, affaires étrangères, grandes infrastructures. C’est aux régions en effet d’administrera au mieux des possibilités et des intérêts locaux, l’économie, la formation (en faisant attention à ne pas « enfermer » les salariés dans une formation ne répondant qu’aux besoins d’une grande entreprise locale), l’éducation, la santé, la protection sociale, la gestion des territoires.
Nous avons vu dans le chapitre consacré à la fiscalité que deux seuls impôts devraient persister l’un national couvrant les dépenses des fonctions régaliennes, l’autre régional couvrant l’administration des territoires. Inutile de dire que le mille-feuille administratif dont nous sommes devenus les pitoyables champions, communes microscopiques (20.000 de moins de 500 habitants ou 30.000 de moins de 3.000 habitants), intercommunalités, cantons, départements, régions doit retrouver une plus juste mesure économisant ainsi des dépenses pléthoriques qui ont scandaleusement enflé au cours de ces dernières décennies.
Certes rendons hommage au dévouement de ces 500.000 élus locaux le plus souvent bénévoles qui consacrent temps et énergie au service de leurs concitoyens et maintenons en l’apport au sein de nouvelles commissions consultatives locales dans les anciennes communes regroupées en agglomérations avec les intercommunalités et les cantons d’autrefois en une seule entité de gestion territoriale, animée par un maire d‘agglomérations, la réunion des maires constituant alors tout naturellement le Conseil départemental qui élira en son sein ses représentants au Parlement régional et au Sénat.
Les réformes institutionnelles doivent aussi porter sur l’exercice des mandats, la limitation des cumuls, le statut de l’élu. Il faut que la politique s’exerce comme un service et non comme une profession. Le maintien du contact avec un territoire puis, en fin de mandats, le retour à une profession, contribuent à une meilleure respiration de la démocratie, à une meilleure prise en compte des besoins des Français.
19. - Redonner vie aux territoires
C’est en effet sur le terrain que doit se juger l’action politique. La plupart d’entre nous, y compris les Parisiens, reste attaché à sa province natale, ses racines, ses coutumes et face à un mouvement général de concentration dans les métropoles et à tous les problèmes qu’il génère, on prend bien conscience de la nécessité de revivifier nos territoires. « On peut gouverner de loin mais on n’administre bien que de près » disait Napoléon.
Et effectivement, au pays des 36.000 communes, la France a besoin d'un État efficace et non d'un État ankylosé. Paris et les ministères sont loin et il convient d’organiser le pays autour de territoires structurés ayant une logique économique, géographique et humaine propre, administrés par des assemblées ayant une réelle légitimité démocratique. Le département doit conserver une vocation fédérative, pour assurer les cohérences nécessaires entre communautés d'agglomération au sein de régions ayant une forte identité historique. On est Breton, Auvergnat, Chti, Corse, Parisien, Basque,…
À leur tour les régions doivent aussi trouver leur place au sein de l’espace européen. En Italie, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, elles ont un poids politique, économique et social déterminant. Laissons-leur donc le soin d’organiser la vie des Français, à leur niveau et faisons en sorte que la décentralisation se traduise par une véritable séparation des pouvoirs et non une confusion des rôles.
L’exemple récent du dialogue de sourds entre l’État et la Corse nous impose de clarifier au plus vite ce qui est du ressort de chacun sans trop multiplier les statuts dérogatoires. La Corse est une île comme la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, la Nouvelle-Calédonie. Traitons les donc toutes avec équité même si le droit à l’expérimentation peut nous éloigner un temps d’un égalitarisme paralysant.
L’exécutif local doit disposer d'un vrai pouvoir décisionnel appuyé sur une légitimité démocratique et sur des moyens financiers autonomes car encore aujourd’hui, l’État répartiteur impose des systèmes de péréquation bien trop opaques aboutissant au saupoudrage des financements plutôt qu’aux financements de projets. C’est souvent d’ailleurs l'imbroglio local entre ce qui est étatique et ce qui est régional qui justifie le cumul des mandats et qui nécessite ‘avoir des relations parisiennes pour faire aboutir ses dossiers.
Certes l’État a besoin d'une présence forte sur le territoire. Mais à vouloir tout coordonner au lieu de se cantonner aux fonctions régaliennes on assiste à une incapacité de regrouper l’ensemble des administrations autour d'un préfet généraliste qui devrait avoir clairement en charge la sécurité, la cohésion sociale du pays, l'équilibre entre les territoires.
Certes l'État est aussi le seul capable d'arbitrer les conflits entre intérêts généraux et particuliers, mais il faut admettre notamment dans les pays ayant une forte tradition fédéraliste (ce qui n’est pas le cas de la France) qu'un pouvoir régional puisse se poser également en arbitre, bien évidemment sous le contrôle des tribunaux. Pays Basque, Catalogne, Lombardie, Toscane, Calabre, Pouilles, Wallonie, Flandres, Landers allemands sont des exemples où l’ère du centralisme tous azimuts a vécu. Disons enfin qu’aux côtés de nos deux chambres parlementaires, Assemblée Nationale et Sénat , le Conseil Economique, Social, et Environnemental qui est surtout actuellement au niveau national une manière de récompenser certains syndicats et de redonner une compensation aux battus du suffrage universel devrait devenir auprès des conseils régionaux, une chambre de réflexion ouverte à toutes les professions, aux fonctionnaires, aux parents, aux employeurs, aux enseignants, aux médecins, aux ouvriers et employés, pour apporter à l’exécutif régional une vision la plus large possible des besoins locaux.
20. - S’ouvrir au monde
Un vieux pays comme la France qui s’est longtemps enorgueilli d’un immense empire colonial, même si elle n’est plus aujourd’hui que la cinquième puissance mondiale, a forcément encore une vocation universelle. La « France mère des arts, des armes et des lois » comme disait Joachim du Bellay, la France de l’esprit des Lumières et de la Grande Révolution, la France des encyclopédistes, doit poursuivre son ouverture au monde et d’abord dans l’espace qui nous est si cher de la francophonie.
J’ai à de nombreuses reprises démontré tout l’intérêt que notre jeunesse pourrait trouver dans le développement du continent du XXIe siècle que sera l’Afrique, ce « far south » qui parle notre langue, qui est à nos frontières, sous nos fuseaux horaires, qui fonctionne le plus souvent selon nos codes, qui rêve plus de Paris que de New York. Laisser passer cette chance inouïe que nous devons à nos pères serait sacrilège.
Aider l’Afrique, c’est aider des peuples que nous aimons et envers qui, plus que d’autres, nous avons des devoirs. C’est aussi une belle opportunité pour le développement de nos entreprises qui y trouveront un espace à défricher encore immense, riche de possibilités énergétiques, minières, agricoles, industrielles et de services.
C’est la possibilité grâce à un immense effort d’éducation d’aider les populations locales à entrer de plain-pied dans le monde moderne, à accéder à des pratiques démocratiques, à émanciper les femmes, à lutter contre les maladies endémiques, à mieux vivre sur place au lieu de s’aventurer vers une émigration forcée qui finit parfois très mal. Il nous faut prendre conscience des opportunités qui nous sont offertes pourvu qu’avec générosité nous nous tournions vers les pays africains avec l’aide de nos partenaires européens pour leur offrir un nouveau « plan Marshall ».
Avec l’énergie solaire gratuite, le dessalement de l’eau de mer et l’exploitation des nappes phréatiques fossiles on peut faire reverdir le Sahara et changer l’avenir du Sahel. Mais s’ouvrir au monde c’est aussi mettre en œuvre des plans ambitieux pour notre outre-mer : Guyane, Guadeloupe, Martinique, Réunion, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon, St Barthélemy, Saint-Martin, Polynésie française, Terres australes et antarctiques, Wallis et Futuna Clipperton, et j’espère encore demain la Nouvelle Calédonie permettent à la France de disposer d’une zone économique exclusive (ZEE) de plus de 11 millions de km2 , la deuxième au monde derrière les USA.
Comment les Français peuvent-ils douter des gigantesques atouts qui sont les nôtres si nous savons nous unir et partager ! S’ouvrir au monde, c’est enfin tisser avec tous les pays et notamment avec les grands pays émergents du Sud, Chine, Inde, Brésil mais aussi avec la Russie des rapports de coopération basés sur des échanges équilibrés et des partenariats de progrès. C’est enfin apporter à un monde qui en a bien besoin la paix et la démocratie… et le goût de la liberté !
21. - Guider l’Europe !
En mettant un terme, avec la Chancelier Adenauer, aux guerres fratricides qui nous opposaient à l’Allemagne, l’Homme du 18 Juin allait changer le cours de l’histoire en jetant les bases d’une construction européenne qu’il voulait « de l’Atlantique à l’Oural ». Mais en réalité, le Général avait peu de choses en commun avec les artisans du traité de Rome, Monnet, Schuman, avant tout soucieux, selon lui, de servir les Américains. Il ne recherchait que la grandeur de la France qui en 1958, dans une Europe des Six où elle était de loin la plus grande puissance, dotée d’un empire colonial, et peu après de l’arme nucléaire, tandis que l’Allemagne était durablement coupée en deux, pouvait être le guide d’une Europe confédérale, respectant les Nations, qui ne serait inféodée ni aux Russes ni aux Américains !
Très vite il dut déchanter, les Allemands préférant visiblement une subordination outre-Atlantique plutôt qu’une véritable association avec la France au sein d’une Europe européenne, militairement indépendante. Convaincu du rôle que pouvait jouer notre pays dans le concert des nations il témoigna sans cesse de sa volonté d’indépendance, en quittant l’Alliance atlantique, en reconnaissant la Chine de Mao, en rassemblant à Phnom-Penh, au Mexique, au Canada des foules en liesse venues l’accueillir. Mais au lieu de découpler l’Allemagne des États-Unis, ses successeurs allaient rapidement assujettir la France à une Europe anglo-saxonne dominée par les USA. Dès lors on préféra sans cesse l’élargissement à l’approfondissement, la complicité des partis plutôt que l’adhésion des peuples, comme en témoigna le « Non » du peuple français (et des Hollandais) à 54.68 % au référendum du 29 mai 2005, vite transformé par Nicolas Sarkozy le 4 février 2008 en ratification par le Parlement réuni en congrès à Versailles. On se souvient de la citation de Bertolt Brecht : « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple » !
Que faire aujourd’hui alors que, même si une monnaie commune a rapproché nos économies, d’importantes tensions se ressentent à l’intérieur de l’UE (Brexit notamment), alors qu’on reste muselé par une technocratie omniprésente toute tournée vers l’aventure fédéraliste qui briserait nos Nations vieilles de deux mille ans ? J’ai toujours milité pour une Europe confédérale, à l’instar de nos voisins helvétiques, respectant les nations qui la composent et leur histoire millénaire, retrouvant le principe bafoué de la subsidiarité (c’est-à-dire, ne traitant au niveau européen que ce qui ne peut pas l’être plus efficacement au niveau national). En développant une politique choisie de coopération européenne dans le domaine de la défense, de la lutte contre le terrorisme, de la politique étrangère, du contrôle des frontières, des grands travaux, des collaborations industrielles de grande envergure (comme Airbus, ESA, EADS,…), en favorisant les investissements croisés intra-européens et surtout en rapprochant au fur et à mesure du possible, dans la zone euro, les pays qui peuvent assurer rapidement une convergence sociale, fiscale et environnementale évitant le dumping à l’intérieur de l’Union, en protégeant les Européens contre la concurrence faussée de nos partenaires économiques extérieurs (y compris des membres de l’Union européenne qui n’ont pu encore rejoindre les critères d’admission dans la zone euro), en ne transposant jamais les directives européennes contre l’avis des parlements nationaux et en gouvernant l‘Europe avec économie, efficacité, dans le respect de la démocratie, en favorisant les échanges notamment au niveau de la jeunesse, en développant dès la maternelle l’apprentissage d’au moins une autre langue européenne, en menant des politiques culturelles concertées, en développant un esprit européen tourné vers le large pour maintenir grâce au développement local des vagues d’immigration incontrôlables, en œuvrant pour la paix au sein de l’UE et avec les organisations internationales (ONU) tout en s’ouvrant vers une politique de détente et de compréhension mutuelle avec les autres groupes géopolitiques (Russie, Moyen Orient, Afrique, Chine, …). On peut en quelques années retrouver un nouvel élan.
Mais il faut que les peuples européens soient assurés que l’on respectera leurs choix, que les décisions communes se prendront à la majorité et non à l’unanimité, qu’on n’accueillera dans la zone Euro que les pays européens qui ont la capacité économique d’en faire partie et qu’on attendra pour les autres. Il faut qu’un gouvernement confédéral prenne naissance ne s’occupant que des questions qui intéressent la Communauté toute entière et laisse à chaque nation le soin d’administrer ellemême ses propres affaires. Qu’il agisse dans le sens de l’approfondissement et non de l’élargissement à tout prix, qu’il définisse au plus vite une politique étrangère et une politique de défense commune quitte s’il le faut à revenir provisoirement en arrière avec uniquement ceux qui veulent de cette Europe confédérale restreinte. Notre nouveau président semble être un Européen convaincu. Espérons qu’il contribuera à la promotion de cette politique européenne nouvelle d’interdépendance dans l’indépendance.
22. - Soutenir l’ONU
Après l’Irak et la Libye une nouvelle attaque aérienne par la coalition Américains, Britanniques et Français a eu lieu dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 avril 2018, contre des installations chimiques syriennes. Elle ferait suite à une attaque chimique sur La Ghouta le 7 avril dernier. Bien sûr les images sont d’autant plus insoutenables que l’opinion publique réagit davantage à une attaque chimique qu’à une attaque conventionnelle pourtant tout aussi meurtrière.- 300.000 morts et des millions de réfugiés, la boucherie de Bachar El Assad et de ses opposants a évidemment assez duré.
Mais si personne ne souhaite défendre le dictateur syrien, un rapport accablant d’Amnesty International démontre que parmi ses opposants, des groupes islamiques enrôlant de nombreux djihadistes (Al Nosra, Al Shamia, Fatah Halab, …) ont été armés par les Occidentaux. La question est donc de savoir qui en définitive est le coupable. Il ne serait venu à l’esprit de personne de nier hier le fait que Saddam Hussein soit un funeste tyran. On se rappelle néanmoins que l’ex secrétaire d'État américain, Colin Powell, avait avoué honteusement, le 8 septembre 2005, que son discours en février 2003, devant le Conseil de Sécurité de l'ONU, montrant des photos de prétendues armes de destruction massive était en fait un mensonge d’État destiné à « légitimer » la destruction de l'Irak. L’incroyable désordre qui a suivi dans toute la région, en Irak, au Yémen, en Libye, en Égypte et au cours des fameux printemps arabes qui ont nourri Al Qaïda, Aqmi ou Boko Haram et donné naissance à l’État islamique Daesh qui se retrouve aujourd’hui en Syrie et alimente le terrorisme international dans toutes les capitales. L’an dernier, lors de la riposte américaine sur Khan Cheikhoun, la Syrie avait elle-même reconnu ses frappes et personne ne contesta alors la réalité d'une cette frappe aérienne ni l'émergence immédiate de deux énormes nuages toxiques.
Deux hypothèses s’affrontèrent:
- soit le bombardier syrien avait lâché un missile avec du gaz neurotoxique en violation de toutes les conventions internationales et de l’accord conclu en 2013 entre Moscou et Washington ;
- soit, le dépôt des opposants syriens que la bombe visait contenait un gaz neurotoxique du type sarin.
Les occidentaux ont d’emblée refusé la seconde hypothèse mais pour ne pas réitérer la funeste erreur de Georges W. Bush, il importait qu’une enquête internationale sous l’égide de l’ONU en fournisse rapidement la preuve avant la terrible sanction que ce massacre méritait. En pareil cas on peut toutefois se demander : « À qui profite le crime ? » - À Bachar El Assad qui serait assez bête pour perdre d’un seul coup tous les avantages d’une situation en partie restaurée grâce à l’appui de la Russie qui pourrait le mettre à l’abri d’une poursuite ultérieure pour crime contre l’humanité ? -
À Al Nosra, filiale syrienne d’Al Qaïda ou aux autres djihadistes qui apparaîtrait ainsi comme des victimes et qu’on continuerait à aider et à armer ? - À des faucons syriens qu’Assad ne contrôlerait plus et qui auraient secrètement conservé des stocks d’armes chimiques malgré les contrôles effectués en 2014 par les USA et la Russie sous l’égide de l’ONU et de l’OIAC ? Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont proposé au Conseil de sécurité des Nations unies une résolution condamnant l'attaque chimique et imputant aux forces loyalistes, avant toute enquête, la responsabilité de ce désastre.
La Russie a répliqué que le texte présenté désignait d’emblée les coupables et a obtenu que le vote soit reporté. La riposte unilatérale américaine du justicier Trump contre l'aéroport militaire de Shayrat ne l’a pas empêché d’avertir la Russie suffisamment à l’avance pour qu’elle puisse retirer ses Conseillers militaires et prévenir les Syriens qui ont évacué à temps soldats et matériels ne laissant sur place que quelques avions hors d’état de voler.
Les seuls morts ont donc été des civils !
La Charte de l’ONU fondée le 24 octobre 1945 pour remplacer la SDN (Société Des Nations), dont il est bon de rappeler le préambule stipule que : « Nous, peuples des Nations unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances, à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites, à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international, à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande, « Et à ces fins, à pratiquer la tolérance, à vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage, à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales, à accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu’il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l’intérêt commun, à recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples, avons décidé d’associer nos efforts pour réaliser ces desseins …»
La France est depuis sa création un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Elle dispose du droit de veto qui lui permet de bloquer toute résolution ou décision, quelle que soit l'opinion majoritaire au Conseil. C’est donc, forte de ces prérogatives, qu’elle doit assumer sa mission en faveur de la paix pour une entente cordiale entre les Nations.
23. - Vivre ensemble !
Arrivé au terme de cette brève réflexion la question qui nous est posée est donc la suivante : Que sommes-nous prêt à faire pour mieux « vivre ensemble » ? Se sentir Français, c’est-à-dire membre de cette communauté nationale qui nous a vu naître, quelle que soit notre origine, notre religion ou notre couleur de peau, ou que nous avons rejoint selon les tribulations de la vie, c’est, nous l’avons dit, un grand honneur qui se mérite et dont nous devons être fiers. Français de droite, de gauche, du centre ? Peu importe ! L’essentiel est d’accepter que nos différences d’opinions, de religions, de situations sociales passent au second rang derrière le désir de partager ensemble ces trois grandes valeurs qui ornent les frontons de nos édifices publics : Liberté, Egalité, Fraternité !
Français nous avons des droits :
- celui de bénéficier d’une éducation de qualité qui nous permettra selon nos capacités et sans autre obstacles que nos mérites de gravir les échelons de la société et de jouir honnêtement des fruits de nos efforts ; -
celui d’entreprendre dans la liberté, dans un juste partage de nos gains, et de transmettre à nos enfants sans pression confiscatoire de l’État une succession qui a payé l’impôt ; -
celui de bénéficier d’un traitement équitable en matière sociale et fiscale, de pouvoir s’investir dans son entreprise, d’être pris en considération par sa hiérarchie et estimé à sa juste valeur ; -
celui de trouver en l’autre un accueil fraternel, loin de l’acrimonie du « petit chef » de l’arrogance du fonctionnaire, de la superbe du patron, de la jalousie du collègue ! Mais nous avons aussi des devoirs : -
celui de nous comporter en bon citoyen respectueux des lois donnant de nous-mêmes l’image de l’honnêteté et de la loyauté ; -
celui d’accepter dans nos confrontations avec les autres l’esprit de dialogue tolérant sans lequel tout débat tourne aussitôt à l’affrontement. Reconnaître que nous ne disposons pas de la Vérité absolue. Que nous pouvons être dans l’erreur.
Que nous devons accepter de prendre en considération les arguments des autres et reconnaître le cas échéant leur bien fondé ;
- celui de promouvoir les valeurs humaines de travail, de justice, de solidarité, ne laissant personne au bord du chemin, partageant avec les plus démunis en fonction de nos possibilités, sensibles à la détresse lorsque nous la croisons ; -
celui aussi de savoir nous insurger contre les injustices de toutes sortes auxquelles nous sommes confrontés, dans l’entreprise, dans la collectivité, dans les associations, dans les groupes que nous fréquentons.
Cela demande du courage et de l’humilité car la tâche n’est pas simple et tel Sisyphe il faut chaque jour recommencer. Mais le sentiment d’une fraternité Française partagée doit nous soutenir dans les moments de doute. Nous avons eu la chance d’être Français. Savourons-là car peu d’êtres humains peuvent en profiter. N’en jouissons pas égoïstement. Soyons des Lumières aux yeux du monde !
24. - En Route !
Toute tâche, à ses débuts, est difficile ! Ne le fut-elle pas pour de Gaulle lorsque de Londres il lança l’Appel du 18 Juin ? Ses modestes héritiers, sûrs comme lui du destin de la France, doivent, une fois de plus, se mettre « En Route ». Ils se trouvent dispersés dans tous les partis, dans toutes les classes sociales. Ils ne se connaissent pas mais savent au fond d’eux-mêmes que les cloisons mentales qui séparent les hommes peuvent un jour s’abattre.
Les uns engagés dans des mouvements partisans constatent que des courants profonds manipulent les opinions et empêchent les rapprochements utiles. Les autres simples spectateurs de la vie politique mais prêts à s’engager souhaitent apporter leur contribution à l’œuvre commune.
C’est de la base que tout doit repartir. C’est là que doit s’éduquer le sens du dialogue dans des « groupes de travail », des sections militantes pour ne pas dire cellules (en se souvenant des paroles de Jacques Prévert qui refusa d’adhérer au Parti Communiste pour ne pas aller en cellule !) au niveau des quartiers, des ateliers, des bureaux, des écoles, des universités, groupes informels petits ou grands ne refusant personne mais cherchant dans la pratique à partir des thèmes d’actualité à apprendre à trouver ensemble des consensus.
Cet apprentissage doit être celui de la tolérance : dialoguer, relever dans les positions de chacun les arguments convaincants, trouver une synthèse qui soit un compromis acceptable pour tous et qui permette d’avancer. Tous les domaines de l’activité politique, sociale, intellectuelle, économique peuvent se prêter à cette analyse contradictoire.
Il faut apprendre à s’écouter et non à s’entendre à regarder et non à voir, dans une attitude active, attentionnée, aimante. Retrouver l’esprit perdu de la fraternité qui seul peut faire surmonter les divergences de points de vue. Être ensemble les uns pour les autres une véritable « famille » qui doit être un lieu de partage des valeurs mais plus encore un lieu privilégié de partage des solidarités. C’est à cette tâche exaltante que de vieux Gaullistes qui doivent transmettre sont prêts à s'attaquer pour que la jeunesse assume le passage de témoin. Ils ne recherchent ni gloriole, ni médaille, ni avantage matériel.
Mais ils n’acceptent pas que la France s’enfonce dans un déclin qui lui serait fatal. Des grains semés au vent peuvent naître des champs de blé et tous les espoirs sont permis aux âmes nobles. Terminons avec l’historien J.R. Tournoux : « N’en doutons point, toutes les salves du gaullisme ne sont pas encore tirées. La dernière viendra d’outre-tombe. »
© 05.10.2018
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