Les Forces françaises en Allemagne 2e Clude franc - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
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Président-fondateur Jacques DAUER
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     Histoire militaire
Les Forces françaises en Allemagne(FFA)  2e partie   
Les Troupes d’occupation en Allemagne
(TOA) jusqu’en 1955

Par Claude Franc,
Les Troupes d’occupation en Allemagne (TOA) ont subi, dès 1946, les mêmes vicissitudes que les forces stationnées en France, à savoir une réduction de format drastique, non compensée par le retour à la conscription laquelle fut relativement chaotique jusqu’aux années 1950. Cette situation sera un peu contrebalancée par la mise sur pied de l’Otan, le gouvernement et Jules Moch, ministre de la Défense, ayant d’emblée décidé de placer les Troupes d’occupation en Allemagne sous commandement Otan. Ce fort tropisme otanien marquera les Forces françaises en Allemagne et constituera leur identité forte jusqu’à leur dissolution, à l’issue de la chute du mur de Berlin (1989) et de la dislocation de l’Union soviétique qui en a été la conséquence.
 
Les TOA jusqu’à la création de l’Otan (1945–1950)
La dissolution de la Ire Armée et son quartier général, installé à Lindau sur les rives du lac de Constance va profondément refonder l’organisation des forces d’occupation en Allemagne.
Contrairement à 1918 où « l’armée du Rhin » représentait les forces d’occupation françaises dans un État allemand vaincu mais souverain (la République de Weimar), en 1945, la souveraineté allemande n’existait plus. Elle était exercée par les Quatre vainqueurs, chacun dans sa zone d’occupation respective. À titre d’exemple, la monnaie allemande en cours sous le IIIe Reich, le Reichsmark, n’existait plus et la monnaie en circulation était celle de la puissance occupante. Chacune d’entre elles devait donc mettre en place une organisation administrative, aux ordres du commandant en chef de la zone d’occupation, haute autorité militaire différente du commandant des troupes d’occupation, qui lui était subordonné.
S’agissant de la Zone française d’occupation (ZFO), bien que le général de Lattre, vainqueur indiscutable de la campagne de Libération, ait présenté sa candidature au général de Gaulle pour le poste de commandant en chef de la zone française d’occupation, celui-ci en a décidé autrement : à la grande fureur du général de Lattre, c’est le général Kœnig, FFL de la première heure et jusqu’alors Gouverneur militaire de Paris (GMP) depuis le 26 août 1944, qui fut désigné, portant le titre de Commandant en chef français en Allemagne (CCFA). Il installe ses services à Baden Oos et le général de Monsabert, commandant les troupes d’occupation en Allemagne, installe son état-major (qui est celui du 2e Corps d’armée dont il reprendra l’appellation l’année suivante) à Coblence.
L’organisation divisionnaire qui avait prévalu durant toute la campagne sur le modèle des divisions lourdes américaines (divisions ternaires à trois brigades et dotées de forts moyens d’appui) va disparaître au début de l’année 1946 et les divisions vont être rem placées, comme en France, par des « éléments divisionnaires » qui, en Allemagne reprennent la numérotation des anciennes divisions. Il s’agit, en fait, de groupements tactiques, à l’époque, correspondant à des petites brigades. Outre cette restructuration à la baisse des moyens militaires, cette année est également marquée par une loi de dégagement des cadres (dont l’objectif non avoué visait à dégager un nombre conséquent de cadres FFI dont les fonctions en temps de paix avaient été reprises par le retour de captivité des anciens officiers d’active prisonniers). Même si de Lattre occupait à l’époque les fonctions de Chef d’état-major général de l’armée (fonction correspondant à celle du Cémat actuel), cet objectif ministériel contrevenait grandement à l’esprit de l’amalgame mis en œuvre par le même de Lattre au cours de la campagne. L’ancienne armée reprenait ses droits (1). N’étant pas d’accord avec les prescriptions de cette loi, Monsabert démissionne avec éclat et les fonctions de commandant des troupes d’occupation en Allemagne reviennent au général Sevez, ancien commandant de la 4e Division marocaine de montagne (DMM), puis général adjoint du chef d’état- major de la défense nationale, le général Juin. En clair, la « maison Juin » prenait les rênes des TOA.
Lorsque Sevez disparaîtra accidentellement, des suites d’un accident de chasse, en 1948, il sera remplacé par un autre membre de la « caïdat Juin », le général Guillaume.
Kœnig avait également sous son commandement le secteur français de Berlin, organisé selon les mêmes errements que les TOA, entre un « général gouverneur du secteur français de Berlin », autorité militaro-administrative, et un général, commandant les troupes françaises à Berlin, qui lui est adjoint (2). Lors du blocus de Berlin par les Soviétiques (juin 1948 à mai 1949), les moyens aériens français n’ont participé que très marginalement au pont aérien mis en place pour secourir la ville menacée d’asphyxie par les Soviétiques, l’Armée de l’air ne disposant pas à l’époque de moyens de transport ou de bombardement lourds (3).
S’agissant de l’entraînement des formations, il revenait à l’état-major des TOA de monter et de conduire en terrain libre un exercice à double action sur le thème d’une attaque surprise de la zone française. Son but était d’évaluer le niveau d’entraînement des troupes. En 1946, il eut lieu dans la vallée du Danube, l’année suivante en Rhénanie, en 1948 dans la même région et, en 1949, dans la vallée de la Moselle. À compter de cette dernière année, des détachements de liaison alliés furent mis en place au sein des états-majors français. On trouve ici l’origine d’un marquant fort qui sera celui des FFA à partir de la décennie 1970 : un fort tropisme opérationnel par un entraînement réaliste et le souci de la coopération interalliée.
Enfin, en 1947, alors que le pays se trouvait secoué par de graves grèves de nature quasi insurrectionnelles alimentées par le Parti communiste qui venait de mettre fin au tripartisme en quittant le gouvernement, Ramadier, président du Conseil fut contraint de rapatrier en France la quasi-totalité des moyens militaires déployés en Allemagne.
Ramadier confia alors le rétablissement de l’ordre à l’Armée de terre et à son chef, le général Revers. Les charges d’occupation de la zone française, temporairement privée de moyens militaires, furent alors assurées par les Alliés qui placèrent les troupes concernées sous le contrôle opérationnel (OPCON) du général Kœnig.
 
Les TOA, participation française à l’Otan naissante.
En 1950, lorsque l’Otan est créée pour donner de la consistance au Traité de Washington, signé un an auparavant, les États-Unis donnent leur accord pour prendre en compte la défense de l’Europe (notamment dans le domaine nucléaire) face à la menace soviétique, à condition que les États européens participent formellement à cette défense commune. S’agissant de la France, Jules Moch, ministre de la Défense du gouvernement Pleven, décide sur le champ de placer les TOA sous le commandement de l’Otan, à savoir AFCENT (Commandement allié du secteur Centre Europe, correspondant au théâtre s’étendant de la Baltique aux Alpes et recouvrant l’Allemagne).
Jusqu’au retrait de la France des structures de commandement intégré de l’Otan, le commandement de ce théâtre principal de l’Otan sera toujours confié à un officier général français de très haut rang, ce qui facilitera les choses. Le premier CINCENT (Commandant en chef du théâtre Centre Europe) sera le maréchal Juin.
Pour ce qui est du domaine de l’organisation, dès lors que les TOA se trouvèrent placées sous commandement Otan, le système divisionnaire fut rétabli, avec une division en zone Sud, à Fribourg, et une autre en zone Nord, à Trèves. L’état-major des TOA reprit alors l’appellation de 2e CA, à Coblence.
Le maréchal Juin considérera toujours les TOA comme « son » bien. Disposant d’un organisme d’études à Wiesbaden, au sein duquel le tout jeune général Beaufre fut affecté, Juin lui fixa la mission de concevoir des grandes unités beaucoup plus mobiles et manœuvrières que les lourdes divisions héritées de la guerre qui, en outre, devaient pouvoir être engagées sous menace nucléaire. Ce fut l’origine des études Javelot, conduites par l’EM/2e CA à Coblence dont les chevilles ouvrières en furent deux espoirs de l’Arme blindée cavalerie (ABC), le lieutenant-colonel de Galbert qui concrétisa les espoirs placés en lui et le chef d’escadrons Argoud (4) qui tournera mal en Algérie. Ces études devaient donner naissance à la 7e Division mécanique rapide (DMR).
 
Des TOA aux FFA.
Cependant, le destin des Troupes d’occupation françaises en Allemagne était intime ment lié à la situation politique intérieure de l’Allemagne fédérale naissante et des conditions dans lesquelles le nouvel État assurerait, ou non, sa propre sécurité, et partant, celle de l’Europe occidentale. En effet, le territoire ouest-allemand avait pour vocation de devenir le prochain champ de bataille entre l’Ouest et l’Est, en cas de conflagration armée. La participation américaine à la défense de l’Europe a toujours été subordonnée par les États-Unis à la participation allemande à celle-ci. Quant à la position française, la simple idée d’un potentiel réarmement allemand, cinq ans à peine après la capitulation, constituait un casus belli.
C’est alors que, pour débloquer cette situation internationale, Pleven imagina un système de « Communauté européenne de défense » (CED) (5), qui empêcherait la reconstitution d’une armée allemande souveraine. Ce projet, mort-né, fut rejeté par le gouvernement Mendès France (6) en 1954, ce qui entraîna le réarmement allemand, contrôlé par les Alliés : il était hors de question de remettre sur pied un état-major central allemand, source du militarisme allemand, responsable des deux conflits mondiaux. Privée de cet état-major et du chef d’état-major correspondant, l’armée allemande se trouva donc rattachée directement à l’Otan, par un Commandement opérationnel (OPCOM) exercé par AFCENT (Centre Europe) depuis Fontainebleau.
Cette nouvelle situation ne se trouvait plus compatible avec un statut d’occupation. Ce fut l’objet des Accords de Paris qui concrétisèrent la fin du statut d’occupation en RFA, la renaissance d’une armée allemande, sous contrôle de l’Otan et le maintien des troupes alliées sur le sol allemand, dans un cadre interallié, Otan.
De ce fait, les TOA se transformèrent en FFA (Forces françaises en Allemagne) et une double chaîne de commandement fut mise sur pied : l’état-major de Baden fut transformé en un commandement organique et territorial, en charge de l’exercice du commandement franco-français, tandis que le 2e CA à Coblence prenait à sa charge le commandement opérationnel et la subordination avec les Alliés. Le général commandant les FFA conservait le titre de commandant en chef.
 
(1) Il convient de souligner que les officiers d’active rentrant de captivité ont, dans une très large mesure, participé à l’encadrement du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO), alors que les FFI ne se bousculaient pas pour aller servir en Indochine.
(2) Pour l’occupation de l’Autriche, la même organisation a prévalu entre le général Béthouart, commandant la zone française d’occupation de l’Autriche, correspondant au Tyrol, installé à Innsbruck et un général commandant le secteur français de Vienne.
(3) Le pont aérien allié a été conduit à base des escadres de bombardement, équipées de B-17 et B-29 pour l’US Air Force et d’Avro Lancaster pour la Royal Air Force (RAF).
(4) NDLR : Auteur dans la revue de 4 articles dont « Le char a-t-il vécu ? », RDN n° 91, avril 1952, p. 412-423 et « L’arme blindée à l’ère atomique », RDN, n° 136, mai 1956, p. 624-632.
(5) NDLR : De nombreux articles ont été publiés sur ce sujet dans les années 1950 dans la revue, notamment sous la plume de Jacques Vernant, auteur d’une chronique « Diplomatique » transformée en rubrique « Politique et diplomatie » en janvier 1954.
(6) Il n’y eut aucun vote formel de la Chambre pour le rejet de la ratification du traité de la CED. PMF a utilisé un artifice de procédure, la « question préalable », toutes choses égale par ailleurs l’article 49 alinéa 3 de la Constitution de la IVe. Cet artifice permettait de rejeter un texte sans être obligé de le soumettre à un vote.
 
*Claude FRANC : Saint-cyrien de la promotion Maréchal de Turenne et breveté de la 102e promotion de l’École supérieure de Guerre, colonel en retraite, auteur de plusieurs ouvrages sur la Grande Guerre et d'articles dans la presse militaire et civile spécialisée. Actuellement chargé de mission au Centre de doctrine et d'enseignement du commandement (CDEC).CC

© 01.12.2025

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