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Par Marc de VERGNETTE
Pas d’indépendance nationale sans agriculture forte
Depuis l’Uruguay Round (1986-1993), qui a entrainé un processus de libéralisation des échanges agricoles, l’agriculture française a entamé lentement son déclin. Celui-ci s’est accéléré ces dernières années, encouragé par l’incapacité des ministres de l’Agriculture qui se sont succédés, incapables de pouvoir promouvoir une véritable politique agricole et de défendre ses intérêts à Bruxelles, la palme revenant sans hésitation à Stephane Le Foll qui pendant 5 ans, mariant la prétention à l’incapacité a laissé dériver la barque agricole vers les rivages incertains d’une écologie rétrograde.
Ouverture inconséquente des frontières de l’Union Européenne et développement des contraintes environnementales sont un cocktail destructeur pour notre agriculture. La recherche de la compétitivité en agriculture, comme un absolu jamais atteint, est absurde car avec moins de 0,2 hectares de terres arables par habitants sur notre planète, nous avons besoin de toutes les terres pour assurer, malgré les aléas climatiques, une production nécessaire à l’alimentation d’une population mondiale en hausse. Par exemple, la Nouvelle-Zélande est la mieux placée en terme d’avantages comparatifs pour la production de lait mais elle ne peut à elle seule assurer la satisfaction des besoins mondiaux, et les prix qu’elle pratique ne peuvent servir de références aux autres pays.
Il en va de même pour la viande bovine ; l’Argentine, le Brésil et les Etats-Unis ne peuvent assurer à eux seuls la couverture des besoins mondiaux en augmentation. Même moins compétitives, nos productions de viande et de lait sont nécessaires pour assurer une indépendance alimentaire indispensable, si l’on ne veut pas payer beaucoup plus cher ce que nous ne produisons plus, avec accessoirement en plus une modification complète de nos paysages où des friches propices aux incendies remplaceront des prairies sans bétail. Pas d’indépendance nationale sans indépendance alimentaire.
Si l’Europe a été le moteur du développement agricole, elle est en train de devenir le fossoyeur de l’agriculture française car elle a laisséfaire trop longtemps des commissaires européens incapables de résister à l’impérialisme commercial des Etats-Unis (il faut dire que ces derniers étaient surtout des résidus reclassés des différents partis politiques européens).
L’autre domaine dans lequel l’Union Européenne excelle est la règlementation environnementale, que la France s’applique à accentuer et àrendre tellement complexe que l’administration chargée de l’appliquer n’y comprend plus rien.
Il est urgent que la France s’applique à s’opposer à cette politique, encore faut-il le vouloir et ne pas avoir peur de s’imposer. Sur le plan intérieur la France ne peut avoir pour objectif, comme le discours d’Emmanuel Macron à Rungis, de préférer le bio et les circuits courts, bref un monde imaginaire oùvenant d’une nature bienfaisante, sans maladie, sans parasite, sans accident climatique, des produits bios seraient vendus directement àdes millions de citadins, par quelques paysans en bérets. L’agriculture, c’est autre chose : c’est offrir une alimentation variée, saine, à un prix raisonnable à nos concitoyens, cela relève autant de l’alimentation que de la santé publique et nécessite un encadrement des pratiques commerciales.
La grande distribution française, la plus puissante au monde, est dans un état de domination totale grâce à sa concentration abusive. Elle impose sa loi à tous, et son pouvoir destructeur est sans limite ; il faut casser cette féodalité commerciale et de la même façon, comme le disait le général de Gaulle : « la politique française ne se fait pas à la corbeille », ce n’est pas Leclerc, Auchan, Carrefour et consorts qui doivent imposer leur loi aux secteurs agricoles.
Une politique agricole se doit d’être nationale, elle se doit d’imposer sa loi aux goinfres de la grande distribution, elle se doit de limiter l’effet destructeur d’une règlementation abusive, elle se doit de favoriser la production, elle se doit de favoriser la rémunération correcte de ceux qui en sont les acteurs, elle se doit d’exporter, elle se doit de développer sa recherche, de considérer le progrès comme une nécessité, bref d’être entreprenante, loin du repli sur soi ou des fantasmes d’une écologie de citadins, qui a oublié que notre monde a connu plus souvent la faim que l’abondance de ces dernières années.
L’intérêt de l’agriculture, ce n’est pas un intérêt corporatif, c’est avant tout l’intérêt de la France.
© 17.12.2018
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