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Compte
rendu du dîner-débat du 23 janvier 2008 en présence de M. Luc BEYER de
RYKE,
journaliste,
député européen honoraire belge et auteur du livre
«
LA BELGIQUE EN SURSIS1
»
par
Christine Alfarge
“Ce
qui se passe en Belgique, se passe ailleurs.”
Ce
sont
les premiers mots évoqués par Luc Beyer de Ryke, Flamand francophone né à Gand, qui à travers son livre
La
Belgique en sursis axé
sur toutes les fractures des différentes communautés, veut nous faire connaître
la situation de son pays, par un détour historique permettant d'expliquer les
causes profondes des divergences linguistiques de la Belgique jusqu'à
aujourd'hui. Paradoxalement, notre proximité avec la Belgique ne nous permet pas
de comprendre toutes les subtilités de son royaume. Que pouvons-nous dire sur sa
situation, les Belges eux-mêmes étant empreint de doute sur la survie de leur
pays après l'adoption d'une motion d'origine flamande prônant la scission de
l'arrondissement central bilingue de Bruxelles et de ses environs. Ce vote n'a
pas encore le pouvoir d'une loi, cependant la moitié des francophones y voient
l'annonce d'une séparation. En Flandre, une personne sur deux envisage avec
sérénité la disparition de la Belgique.
Les
deux principales communautés linguistiques.
À
part deux cantons germanophones, la Belgique se compose de deux grandes
communautés linguistiques, les néerlandophones ou Flamands situés
géographiquement dans la moitié nord du pays, la Flandre, ainsi qu’une petite
partie à Bruxelles et les francophones qui vivent dans le sud du pays, la
Wallonie dont une part représentative habite à Bruxelles.
L’histoire
de la formation des territoires en Belgique.
À
l’origine, la Belgique naît de la réunion des Pays-Bas autrichiens et de la
principauté de Liège. Sous la Ire République, les
territoires seront rattachés à la France en 1795 et les structures de l’Ancien
régime seront abolies. La création de l'État belge, en 1830 mettra en place un
nouveau type d'administration dont la langue officielle sera le
français.
Dès
1830, il existe une opposition marquée sur le plan
linguistique.
La
moitié des Flamands de Belgique ne se retrouvent pas dans l'utilisation de la
langue officielle française. De surcroît, il existe un contraste linguistique
tant sur le plan territorial que social. Les habitants des provinces du Nord
parlent des dialectes proches du néerlandais alors que ceux du Sud s'expriment
en wallon, en picard, en champenois en lorrain et bien sûr en français. On
constate cependant que l'on parle très bien le français dans certains cercles en
Flandre, c'est la langue des élites politiques et sociales. L'usage du français
se répand chez tous ceux qui sont épris d'idées nouvelles et désireux de
promotion sociale.
En
1840, début du nationalisme flamand pour imposer sa langue, le
néerlandais.
Le
combat du mouvement flamand portera sur la reconnaissance à l'égalité de droits
entre le néerlandais et le français et l'affirmation de l'identité du peuple
flamand face aux élites dont la pratique du français correspond à une forme de
domination sociale. Le processus de la reconnaissance du néerlandais sera lent
et il faudra attendre le suffrage universel en 1919 qui permettra à la majorité
flamande forte en nombre, d'obtenir une majorité politique afin d'imposer ses
revendications linguistiques.
Quels
sont les points importants qui pèsent sur les enjeux actuels
?
Si
l'on veut comprendre les enjeux actuels, il faut rappeler notamment le
contentieux entre le mouvement flamand et les francophones ces derniers ne
voulant pas entendre parler de problèmes linguistiques ainsi que de la
domination qu'ils exerçaient, éprouvant le sentiment inverse que les Flamands en
prônant l'égalité des droits voulaient parvenir à l'éradication de la langue
française en Flandre et la contrôler à Bruxelles. La frontière linguistique et
la pratique d'une seule langue sur tout le territoire flamand est devenue un phénomène irréversible en Flandre avec des
conséquences inévitables sur le statut de Bruxelles.
L'évolution
de la situation linguistique à Bruxelles.
Déjà
capitale sous les Pays-bas autrichiens, Bruxelles par
sa situation géographique centrale le restera lors de la création du nouvel état
belge en 1830, bien que la ville soit d'origine flamande, elle ne cessera de
voir progresser le français symbole de réussite sociale et aussi par
l'installation d'une population non négligeable venue de Wallonie. Aujourd'hui,
on peut estimer que près de 90 % de la population bruxelloise pratique l'usage
de la langue française, quant à la partie minoritaire les succès du nationalisme
flamand ont notamment permis l'usage du bilinguisme français/néerlandais dans la
vie administrative et également d'obtenir une représentation flamande de la vie
publique.
Un
fédéralisme belge controversé.
La
principale caractéristique du fédéralisme belge est d'être construit sur une différenciation interne portant sur des
divergences linguistiques profondes et répond à deux revendications importantes.
D'une part, les Flamands désireux de mener une politique autonome en Flandre et
à Bruxelles dans de nombreux secteurs liés à la vie associative, la culture,
l'enseignement, d'autre part, les Wallons qui après avoir occupé une place
dominante sur le plan industriel reprochent à la Flandre de vouloir mettre en
place des politiques économiques qui la favorise. Ils revendiquent leur
autonomie pour mener leur propre politique économique et sociale. Les
particularités du fédéralisme belge. Deux sortes d'entités fédérées existent en
Belgique chacune étant répartie sur le territoire national et se partageant le
pouvoir législatif avec l'autorité fédérale. Il y a d'un côté trois communautés,
flamande, française et germanophone chargées de l'enseignement, la culture et la
politique sociale, de l'autre trois régions, flamande, wallonne et bruxelloise
chargées de l'économie, du logement et de l'environnement. Cette complexité
visant à satisfaire chaque partie, soulève cependant d'autres questions
concernant notamment le statut de Bruxelles tant sur le plan géographique car la
ville est située au sud de la Flandre que sur le plan démographique parce que
Bruxelles et les communes qui l'entourent connaissent une forte concentration de
francophones. C'est l'origine du combat du mouvement flamand qui obtiendra à
partir de 1960 la limitation pour Bruxelles à dix neuf communes
bilingues.
Où
en sommes-nous aujourd'hui ?
Selon
Luc Beyer de Ryke « La
Belgique risque de disparaître, mais nous ne sommes pas au bord de la guerre
civile, il existe un problème d'hommes et de structures. Il n'y a pas de vue
nationale et c'est à celui qui sera le plus Wallon ou le plus Flamand ».
Quoiqu'il en soit, Wallons et Flamands sont condamnés à s'entendre, car toute
évolution institutionnelle doit avoir l'accord des deux grandes communautés.
Mais le scénario de la rupture ne peut être exclu puisque certains milieux le
souhaitent. Lors d'un entretien le 10 novembre 1965 avec Alain Peyrefitte, le
Général de Gaulle déclarait au sujet de la Belgique : « Des Wallons m'avaient
déjà demandé de les annexer à la fin de la guerre. Je n'ai pas voulu donner
suite à leur démarche. En 45, il fallait respecter les frontières que nous a
léguées l'Histoire, sauf les frontières des pays vaincus. C'est ce qui a été
fait. La Belgique, il ne faut pas y toucher. Mais que les Wallons s'organisent
pour défendre leur langue et leur culture, pour éviter que les Flamands ne leur
marchent sur les pieds, nous n'y voyons aucune espèce d'inconvénient... Ou alors
il faudrait que les Flamands rendent la vie impossible aux Wallons et qu'alors
les Wallons se jettent dans nos bras. Mais nous n'avons surtout pas à bouger. Ce
serait trop facile de nous accuser de vouloir nous arrondir aux dépens de la
Belgique. »
1.
Luc Beyer de Ryke :
La
Belgique en sursis.François-Xavier
de Guibert, 192 pages, 15€.
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