L'après 18
juin
!
par
Pierre Chastanier
1. – LES CINQ
COURANTS
Une main a
cinq doigts ! La politique cinq grands courants :
Extrême-droite
- Droite - Centre - Gauche – Extrême-gauche. Aujourd’hui un courant a
momentanément disparu, pour partie sombrant avec un capitaine tiraillé entre ses
convictions et ses désirs, le Modem, pour partie noyé dans un ensemble où il ne
peut se reconnaître pleinement, l’UMP. Et pendant ce temps-là deux de ces grands
courants Gauche et Extrême-Gauche qui en comptabilisant l’ensemble de leurs voix
(PS+Verts+FG+LO+NPA) ne totalisaient que 43,9 % au premier tour des
Présidentielles l’emportent finalement avec 51,6 % autour de François Hollande
soit un surplus de près de 8 % qui ne peut en aucun cas s’expliquer par la
simple mobilisation des abstentionnistes !
Les valeurs de
la Droite et du Centre ne sont pas strictement superposables même si, étant
proches, elles ont permis aux deux anciennes formations RPR et UDF de gouverner
ensemble sans interruption de 1958 à 1981 puis de 1995 à2012 (mis à part
l’épisode fortuit de 1997 à 2002 déclenché bien inutilement par Jacques
Chirac).
Demain, le
parti unique, l’UMP, qui a perdu honorablement hier, va vouloir renverser la
vapeur grâce à une victoire au troisième tour : les législatives. Il n’en sera
rien, selon moi - triangulaires ou quadrangulaires obligent - et nous voilà
partis pour cinq années de socialisme où l’attitude arrogante de Jean-Luc
Mélenchon au soir d’une victoire dont il s’attribue grandement le mérite nous
fait déjà froid dans le dos.
Comment la
France sortira-t-elle de l’inévitable surenchère que réclamera ce « faiseur de
roi » ou, si François Hollande résiste, quelle jacquerie nouvelle, Mélenchon,
Poutou et Arthaud retourneront-ils très vite contre
lui ? Aux dirigeants humanistes, je rappelle leur devoir :
Favoriser
au-delà de vos personnes la recomposition du Centre.
Car tôt ou tard, le Centre tel le phénix
renaîtra de ses cendres et pourra à nouveau jouer un rôle majeur dans
l’équilibre politique du Pays.
D’abord au niveau des valeurs
:
• défendre un
esprit de Liberté et de Responsabilité ;
• demander à
chacun selon ses capacités et donner à chacun selon ses mérites
;
• n’abandonner
personne au bord du chemin mais exiger de tous les Français une conscience aiguë
de leurs Droits mais aussi de leurs Devoirs ;
• aimer la
France et faire respecter sa tradition universelle et civilisatrice à
l’intérieur de nos frontières et de par le monde.
Ensuite au
niveau du projet :
• promouvoir
une politique exemplaire et transparente en disqualifiant définitivement tout
abus et toute corruption ;
• faire
respirer la démocratie en interdisant le cumul des mandats
;
• comprendre
que les temps ont changé et que notre idéal uniciste
républicain se trouve confronté à une réalité nouvelle qui doit être prise en
compte ;
• rester
Européens, mais au sein d’un continent organisé qui tout en étant ouvert au
monde doit savoir protéger efficacement ses ressortissants
;
• gérer les
affaires publiques dans un souci permanent de rigueur, de justice sociale et de
progrès ;
• préparer la
jeunesse aux défis de l’avenir par une priorité donnée à tous les niveaux à une
éducation nationale revivifiée, responsable et efficace ;
• réinventer
l’Entreprise grâce à une participation accrue de tous ses acteurs à sa bonne
marche et à son devenir ;
• offrir à nos
concitoyens un cadre de vie où sécurité, logement, travail, santé, retraites, ne
seront pas de vains mots ;
• protéger la
planète par une écologie responsable et non idéologique ;
• permettre à
toutes les forces de la Nation d’être représentées au Parlement sans pour autant
revenir au régime ingouvernable des partis (proportionnelle partielle)
;
• réorganiser
la vie des territoires en ne maintenant que les échelons indispensables à une
bonne représentation et à une gestion efficace (État, Régions élargies,
Intercommunalités).
Une seule
solution pour que ce renouveau soit possible : Que tous les leaders du Centre
acceptent momentanément de se rassembler sans aucun préalable sur le choix du
nouveau chef de file. Ce choix interviendra en son temps lors d’une primaire où tous les candidats pourront
s’exprimer.
C’est ce que
nous attendons d’eux dès le 18 juin 2012, lendemain du second tour des élections
législatives qu’à nouveau la Droite et le Centre vont certainement perdre, date
s’il en est d’un sursaut et d’un nouvel Appel !
2. – LE DÉMON
DE LA TENTATION
Il est clair
que de voir sans vergogne s’associer Gauche et Extrême Gauche pour élire
François Hollande et s’interdire toute possibilité éthique de faire de même à
Droite vis-à-vis du Front National peut paraître frustrant à
certains.
Deux poids
deux mesures ! Nicolas Sarkozy, quoi qu’il ait pu lui en coûter, n’est pas tombé
dans ce piège mais qu’en sera-t-il aux législatives de certains membres de l’UMP
? À Paris on n’entend mal les réflexions de terrain de militants qui ne
comprennent pas cette distorsion tant s’est répandu insidieusement un
anti-islamisme primaire, parfois attisé, il faut bien le reconnaître, par les
incivilités notoires de quelques immigrés ou plus souvent de jeunes des
banlieues, Français, dont certains sont fraîchement issus de
l’immigration.
Le Front
National, disait autrefois Fabius, donne de mauvaises réponses à de vraies
questions. Ce n’est pas parce que Fabius l’a prononcée que cette phrase est
dénuée de sens.
Dans le
discours du FN revisité par Marine Le Pen il y a effectivement des points sur
lesquels on peut raisonnablement tomber d’accord mais il en est malheureusement
d’autres qui pour longtemps encoredisqualifieront
totalement son mouvement aux yeux des humanistes.
D’abord
l’entourage ! Si l’ancêtre est toujours là, prêt à provoquer à la moindre
occasion (témoin la référence récente à Brasillach), il n’est pas seul et les
skinheads du Front sont loin d’être à l’image des Français ! Cependant lorsque
18 % des suffrages ne peuvent être représentés à l’Assemblée nationale, pas
besoin de citer Voltaire pour y voir un déni de
démocratie.
La question de
l’immigration peut-elle être examinée sans tabou ? Visiblement non. Même dans
les milieux humanistes où on ne les attend guère, on voit fleurir des chaînes de
courriels appelant à l’anti-islamisme. Certes, c’est le fanatisme salafiste qui est censé être stigmatisé mais la dérive est
rapide vers l’antimusulman tout court. (Hier c’était l’antisémitisme, çà l’est
encore dans certains milieux et pas qu’au FN !)
Les reproches
faits aux étrangers « voraces consommateurs d’assistanat social » reposent sur
des critères simplistes grossièrement globalisateurs. Tous les étrangers ne sont
pas voraces et parmi les voraces il n’y a pas que des étrangers ! Mais les
premiers fautifs ne sont-ils pas les « politiques » qui ont voté de manière
irresponsable des dispositions « appel d’air » qu’on ne sait financer qu’à coup
de déficits ?
L’entreprise
aux mains d’un ultra-capitalisme destructeur d’emplois lorsqu’il y trouve son
compte, la toute puissance de l’argent et des marchés spéculatifs, la
désindustrialisation de la France qui résulte de nos politiques commerciales
permissives n’ont-elles pas pour origine une incapacité des gouvernements
successifs à imaginer des règles du jeu moins stupides ?
L’opposition
entre la Nation et l’Europe. La monnaie commune, les frontières passoires,
l’absence de protectionnisme, la politique aberrante de la BCE témoignent aussi
d’un grave défaut d’explication dont les Partis, tant à Gauche qu’à Droite,
portent l’entière responsabilité.
Si on
expliquait correctement les choses on pourrait convaincre nos partenaires
européens qui (Allemagnemomentanément mise à part)
auraient tout à gagner d’un système conjuguant croissance, ré-industrialisation
et chasse aux déficits budgétaires. Même chose pour la TVA anti-délocalisation
une fois de plus si mal présentée au cours de la campagne.
À l’ère des
continents organisés l’Europe est notre avenir même si l’attachement à la Patrie
reste inaliénable. La subsidiarité prévue dans les traités lorsqu’elle sera
enfin respectée permettra de conjurer cette apparente
distorsion.
Encore faut-il
que l’Europe aux yeux des Européens dans une économie mondialisée apparaisse
comme une zone de stabilité protégeant ses citoyens et soit capable de résister
économiquement, démographiquement, culturellement, socialement, militairement
aux assauts extérieurs.
À l’heure où
la Federal Reserve, la Banque d’Angleterre ou la
Banque de Chine jouent arbitrairement de leurs monnaies comme d’une arme
économique puissante, les Européens, sous la domination impérieuse de
l’Allemagne qui ne s’est pas toujours pas remise des désastres hyper
inflationnistes de la République de Weimar, doivent changer de politique en
exigeant de la BCE de pratiquer à son tour une politique monétaire soumise aux
intérêts des peuples d’Europe face à un marché financier apatride à qui des
pouvoirs exorbitants ont été trop vite abandonnés.
C’est ainsi
que les raisons qui, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par
Nicolas Dupont-Aignan, poussent certains à vouloir rompre avec la monnaie unique
pourront disparaître et éviter un repli vers le passé.
Si
l’Allemagne, pour s’exonérer de cette politique solidaire voulait revenir au
super deutsche mark d’Ehrhardt, elle, dont les deux
tiers des exportations se font vers la zone euro, sous la pression de ses
industriels, ne tiendrait pas plus de quelques mois.
La TVA
anti-délocalisation ou TVA sociale n’avait pour but que de contribuer à une
ventilation plus raisonnable des prélèvements obligatoires. Il n’y a aucune
raison pour que les produits importés surtout lorsque l’équilibre des échanges
commerciaux n’est pas respecté ne puissent par des taxes judicieusement
appliquées contribuer aux prélèvements sociaux de la
Nation.
L’harmonisation
fiscale et sociale qui ira de pair avec le développement d’un fédéralisme
européen favorisera cette répartition des charges dont un simple crédit d’impôt
appliqué aux faibles revenus anéantirait d’un coup les reproches faits par la
Gauche à cette mesure mal expliquée.
On pourrait
multiplier les exemples. La chasse aux riches attendue de l’arrivée du nouveau
président, même si ceux qui le connaissent savent très bien que certaines
dispositions, totalement inapplicables en pratique, n’ont été proposées que pour
« faire semblant » et plaire au peuple de Gauche (telle l’imposition à 75 %
au-dessus d’1 million d’€ de revenu !) en fait partie. Et encore n’est-ce rien
par rapport à la pression centrifuge de son soutien d’Extrême-Gauche, Jean-Luc
Mélenchon, prêt à faire fuir des cohortes de nouveaux exilés fiscaux
!
L’enfer est
pavé de bonnes intentions !
3. – L’APRES
18 JUIN
Le Centre,
point d’ancrage de la politique française, estil pour
autant définitivement voué à gouverner avec la Droite ? Pas forcément ! Ce que
veulent les humanistes c’est le refus de l’alliance avec les
extrêmes.
Il y aura
toujours des anarchistes et des extrémistes de tous bords. C’est aux partis de
gouvernement par une prise en compte plus réaliste des besoins des Français
d’imaginer une offre politique suffisamment diversifiée et proche de leurs
attentes pour en réduire durablement l’influence.
À partir de
là, au gré des circonstances, le Centre peut aussi bien s’allier avec la Gauche
qu’avec la Droite là où lui semble momentanément se trouver l’intérêt du Pays.
La Gauche d’ailleurs ne pourra lâcher l’appui de l’Extrême- Gauche que si un
Centre revivifié lui offre une alternative social-démocrate suffisamment
crédible. En se séparant des deux bouts de l’omelette, les plus réduits
possibles, même si un système de proportionnelle partielle permet leur juste
représentation au Parlement, par une éducation patiente du peuple grâce au
dialogue tolérant et éclairé qu’il est en droit d’observer chez ses
représentants, une alternance apaisée, social-libérale ou social-démocrate, doit
être rendue possible et la passation de témoin plus
naturelle.
Voilà le
challenge capable d’éviter le démon de la tentation que serait l’alliance UMP-FN
à Droite contre l’alliance Gauche-Front de Gauche et associés à Gauche
!