« Rien
n’est possible en matière économique au sein de l’Union européenne sans accord
franco-allemand »
La
crise de la dette a mis en lumière les contradictions de la zone monétaire
européenne, une union de dix sept Etats aux conceptions et aux modèles
économiques divergents. Dès lors, sa survie va dépendre de plus de solidarité,
plus d’intégration sur le renforcement
budgétaire avec des minimas sociaux et fiscaux communs à tout le monde. Est-ce
une incantation lorsqu’on évoque « le couple franco-allemand » car
l’expression est reprise par tous les Chefs d’Etats ? Pour sa part, Georges
Henri SOUTOU préfère « le terme moteur ». Le fonctionnement de
l’Union européenne avec le couple franco-allemand comme moteur s’inscrit dans la continuité d’une
réflexion approfondie et d’une action diplomatique menées à son époque par le
Général de GAULLE incarnant une vision stratégique pour notre avenir et celle
des futures générations.
La
volonté franco-allemande.
Au
regard de l’Histoire, la visite
officielle du Général d GAULLE en Allemagne du 4 au 9 septembre 1962 fut
l’accomplissement du rapprochement avec le peuple allemand. Le 22
janvier1963 date de la signature du Traité de l’Elysée, le principe de
réconciliation entre la France et l’Allemagne sera accepté grâce aux efforts et
au respect mutuel entre le Général de GAULLE et le Chancelier allemand ADENAUER,
ce dernier évoquant le Traité : « Comme le couronnement de son œuvre
diplomatique, la réconciliation définitive entre la France et l’Allemagne dans
le cadre de l’Occident uni ».
Ce Traité indiquait notamment une coopération étroite dans les domaines
politique, économique, social et militaire. Les relations entre les deux pays se
resserrèrent constamment, chacun devint le principal partenaire de l’autre dans
son commerce extérieur. Selon
Georges Henri SOUTOU : « Les objectifs du Général de GAULLE étaient
d’aller de l’avant sur la politique internationale et de défense ainsi que par
rapport aux Etats-Unis. Le Traité comportait un important volet stratégique et
la volonté du Général de GAULLE était d’être en tête du couple franco-allemand.
Contrairement à l’Allemagne, la France n’était pas divisée mais elle affichait
clairement ses différences avec les Etats-Unis. Quant à l’Allemagne, elle
exerçait un rôle de médiateur avec les Etats-Unis pendant que la France voulait
montrer un rôle mondial. Jusqu’à la guerre froide, les Allemands n’ont pas
disputé le premier rôle à la France tout en veillant à défendre leurs
intérêts ». En même temps,
les opinons publiques acceptèrent de plus en plus l’autre comme partenaire et
même comme ami. Le tourisme des Allemands en France et réciproquement était
devenu un phénomène fréquent, et surtout les rencontres entre les jeunes, ce qui
contribua à approfondir la connaissance de l’autre, même si l’enseignement de la
langue donnait la priorité de part et d’autre à l’anglais et que des efforts
restaient à faire pour développer la coopération
universitaire.
Sur
le plan économique, les relations franco-allemandes étaient plus complexes.
L’industrie française était dopée par la situation excédentaire croissante en
faveur de l’Allemagne et voulait se moderniser et devenir plus compétitive, ce
qui contribua à des progrès considérables dans ce domaine. Le Premier ministre
de l’époque, Georges POMPIDOU ambitionnait même de faire jeu égal avec son
partenaire allemand, ce qui connut des limites en raison entre autres des
différences entre les structures sociales des deux pays.
L’évolution
de la situation depuis 1963.
Au
début de l’année 1968, les gouvernements français et allemand trouvèrent un
nouvel adversaire commun issu de l’extrême gauche « extra
parlementaire » dont la France en connut les effets dévastateurs en mai
lorsque la crédibilité des institutions était remise en cause et portait
atteinte à la stabilité de sa monnaie. En novembre de la même année, la question de
la dévaluation du franc et celle de la réévaluation du deutsche mark se
posèrent. Pour faire face aux difficultés, le Général de GAULLE demanda à
l’Allemagne une aide financière qui lui fut refusée par le gouvernement allemand
et la Bundesbank, ce qui suscita un vif malaise au sein du couple
franco-allemand et la crainte du Général de GAULLE d’une nouvelle force de
l’Allemagne au moment où la France connaissait un affaiblissement de sa monnaie.
Cependant, le bilan des relations
entre la France et l’Allemagne dans les années soixante restaitplutôt positif. Dès le 1er
juillet 1968, les droits de douane avaient disparu à l’intérieur de la
Communauté économique européenne. Malgré tout, le mariage de raison n’a
pas mal fonctionné mais il a fallu veiller à l’équilibre des concessions.
L’union économique et monétaire était avant tout un projet politique impulsé par
les échanges intergouvernementaux. Lors de la négociation du Traité de
Maastricht, en décembre 1991, un expert monétaire français du Ministère des
Finances soulignait que « L’équilibre global de la négociation
n’était pas forcément en faveur de l’Allemagne, car elle a plus donné en
acceptant l’inscription d’une date butoir pour le passage à l’euro qu’elle n’a
reçu en termes d’avancées vers l’union politique, qui lui tenait le plus à
cœur ». La décision allemande était perçue comme un signe fort d’Helmut
KHOL adressé à ses partenaires européens et en particulier à la France sur
l’ancrage européen de l’Allemagne fédérale après la chute du mur de Berlin en
1989. Cependant l’Allemagne idéologiquement fédéraliste, cultivait l’ambiguïté
sur sa position face à l’Europe politique qu’elle souhaitait ardemment et le
refus d’augmenter sa participation financière à l’Union européenne, alors que la
France unitaire plaidait pour la nécessité d’un gouvernement économique loin de
toute perspective d’institutions supranationales. L’Allemagne a commencé la
rigueur salariale avant les autres en donnant la priorité à sa réunification.
Puis en 2002, tout en veillant à garder une protection sociale de qualité, elle
a commencé un ensemble de réformes importantes afin de renforcer la
compétitivité de son industrie représentant 25 % de son Produit intérieur brut,
lui permettant ainsi de peser parmi les quelques pays développés compétitifs
dans la mondialisation.
Aujourd’hui,
l’Allemagne est un exemple par les choix politiques et économiques qu’elle a
assumé incarnant une puissance économique partagée entre son unité et la
conquête de nouveaux marchés des pays émergents. Pour autant, elle s’est
peut-être bercée d’illusion en prenant ses distances avec l’Europe en
renonçantnotamment à toute
politique de défense et à l’annonce de sa sortie du nucléaire en 2022,
contrairement à la France qui n’a cessé d’œuvrer dans la gestion des crises.
Elle n’échappe pas non plus à la crise économique, financière et monétaire. Le
risque de récession mondiale donne des prévisions de croissance à la baisse.
L’implosion de l’euro serait une catastrophe pour l’industrie allemande qui
verrait immédiatement ses exportations chutées et la fragilité des emplois. Dans
la culture politique de l’Allemagne fédérale, la stabilité de la monnaie est la
condition nécessaire de la stabilité politique.
Pour
le fonctionnement d’une économie européenne stable et
responsable.
L’avenir
de l’Europe dépend d’une prise de conscience des dirigeants européensfaisant le choix de la convergence et
d’une solidarité sans faille.Si l’Europe se tourne vers le couple
franco-allemand, c’est parce qu’il y a une volonté commune de réciprocité pour
défendre l’euro et donc sauver l’Europe. Cela s’esttraduit notamment par une inflexion de
l’Allemagne en faveur d’un gouvernement économique européen de la zone euro et
d’une révision des Traités européens. Quant au rôle de la banque centrale
européenne, il devra être défini en fonction de plus de solidarité, plus de
discipline budgétaire accompagnée de sanctions plus rapides ainsi que l’adoption
pour chaque pays d’une « règle d’or » et enfin contrer la spéculation
sur son terrain.
« L’Allemagne
a besoin de la France et la France a besoin de l’Allemagne, ils ont appris à
travailler ensemble et doivent mettre toute leur expérience en commun pour
l’avenir de l’Europe et de la paix ».