Déboussolés

 

Déboussolés

par Paul Kloboukoff

Notre société ne parvient plus à ingérer et à digérer les changements rapides et nombreux provoqués ou suscités par des facteurs d’origine externe et ceux qu’elle engendre elle-même. Des repères et des guides importants, stabilisateurs et durables dont il avait été fait usage pour organiser la société, la faire vivre et évoluer, tant bien que mal, certes, mais sans explosion depuis 1968, sans désintégration ni déroute, avec une prudente continuité et la recherche d’une certaine cohérence, sont mis en coupe réglée, bousculés, piétinés. Depuis des années déjà, le mouvement s’accélère. Place à des « réformes » hâtives et circonstancielles, au coup par coup, à l’introduction de « nouveautés », de « progrès » sociétaux prônés par l’UE et des « progressistes », quels que soient les avis des populations concernées. Et conduites par des pouvoirs politiques alternant gauchisme et droitisme, poussées socialo communistes et inflammations de capitalisme financier et/ou tentatives

 

fébriles de consensus boiteux, de cohabitations contre nature servant à masquer les divergences existantes et à chloroformer le bon peuple. Le tout sous la houlette de la dédaigneuse et hautaine Technocratie, avec les sentiments, les assentiments, les ressentiments distingués d’experts et de contre experts habitués à asséner d’aussi éclatantes vérités que leurs contraires. Résultats : la pagaille, la prolifération d’incongruités, de volte-face, de décisions néfastes, de dégâts collatéraux imprévus. Notre société se dessoude, se déstructure, se morcelle, se délite, se communautarise. Les revendications, les confrontations et la violence explosent, souvent sans raisons majeures. La justice devient impuissante à régler les différends et les conflits. La législation française, soumise à des influences divergentes, a démissionné. Elle a renoncé à préserver son identité, sa personnalité… et les nôtres.

 

Elle s’abandonne aux infiltrations, aux ablations, aux découpes, aux charcutages, aux greffes, aux transplantations et autres adjonctions plus ou moins artificielles qui la rendent méconnaissable. Elle « s’adapte » aux changements, à l’ouverture, à la diversité, elle se modernise, se réjouissent les « réformateurs ». Les populations sont déboussolées, les politiciens aussi. Quant à la morale, il est presque aussi rétrograde d’y faire allusion que d’évoquer les racines et les bases judéo chrétiennes de notre civilisation, nos références culturelles, nos us et coutumes. Pour les gouvernants et leurs affidés, il faut faire table rase du passé et faire émerger par morceaux un nouveau droit à vocation universelle qui, lui, définira (il le fait déjà) le bien et le mal, la nouvelle morale à imposer. Nous le voyons déjà à l’oeuvre en France. Pour de plus en plus de personnes, jeunes ou non, le mal est ce qui est interdit par la loi et châtié par la Justice. Sa gravité se mesure à la « sévérité » des sanctions prononcées et exécutées. La hiérarchisation mouvante de cette sévérité vient à l’appui des changements que l’on veut pousser. Non sans exagérations et aberrations. Ainsi, la parole, le propos, l’écrit, l’adresse et l’insulte sont de graves péchés (ou infractions) s’ils sont jugés xénophobes, racistes, antisémites ou homophobes, passibles de sanctions aggravées pouvant être plus lourdes que celles infligées pour des actes de banditisme (menaces, chantages, vols, incendies de voitures, agressions dans les écoles, tabassages entre bandes, deal de drogue)… surtout s’il s’agit de mineurs, de quartiers défavorisés, de surcroît. En revanche, ce qui n’est pas interdit ou puni par la Justice peut être rangé du côté du bien, voire encouragé. C’est le cas de la large promotion, sur Internet, en particulier, de jeux de hasard et d’argent tels le poker, dont la finalité est de « plumer » ses adversaires, en bluffant plus ou mieux qu’eux. Voilà des valeurs morales d’avenir… puisqu’elles procurent des recettes fiscales à l’État et des montées d’adrénaline aux joueurs. DE GRA NDES CAUSES Parmi les causes des cafouillages et de la déstructuration de nos systèmes juridiques et sociétaux figurent :

 

 

1. Les changements intervenant au sein de notre société sous des influences diverses et variables, qui déstabilisent les jugements des individus et de leurs « représentants », et poussent à faire évoluer les comportements et la législation, le droit, souvent dans l’urgence :

 

- un droit déjà très touffu et complexe, que les ajouts et les amendements successifs rendent plus difficile à pratiquer et à adapter aux nouveaux problèmes surgis, qui se présente fréquemment comme un obstacle aux projets initiés par les gouvernants ;

 

- notamment en raison des rôles prédominants que jouent la valeur de « liberté », mise à toutes les sauces, plus qu’au temps du « il est interdit d’interdire », et la distribution aux citoyens ainsi qu’aux étrangers mettant les pieds sur le sol français de droits et de subsides en tous genres que l’État lui-même et les collectivités locales sont incapables d’honorer. Deux exemples : le droit au logement opposable, l’obligation de mettre à disposition et d’équiper des terrains dans les communes de plus de cinq mille habitants pour recevoir les « gens du voyage » ;

 

- l’écrasement de l’homme, du citoyen, tout petit, marginalisé, vulnérable, entre un appareil administratif et politique étatique, local et européen hypertrophié, envahissant, et un appareil industriel et commercial déshumanisé, porté vers le gigantisme par des dirigeants indifférents au destin de la France et au sort des Français ;

 

- ces déséquilibres croissants expliquent en partie le foisonnement de mouvements associatifs multiformes (syndicats compris) qui viennent s’intercaler entre ces appareils et les individus afin de revendiquer et d’agir en lieu et place de ces derniers ainsi que de faire valoir et promouvoir leurs propres idées et positions. Comme le font des politiciens censés représenter les citoyens qui les ont choisis et qui « oublient » pourquoi ils ont été élus ;

 

- les Autorités redoutent les manifestations pacifiques, provocatrices ou violentes de ces organisations « bien pensantes », généralement soutenues par les médias, qui pèsent de plus en plus sur leurs décisions et les obligent à des contorsions de fakirs (souvent mal vues du public) pour essayer de contourner les obstacles et aller de l’avant… ou en arrière, ou sur le côté. L’individu, lui, perd la voix au chapitre et sa qualité d’acteur social. Finie, la démocratie directe. Il faut des intermédiaires pour exister, pour se défendre, pour survivre.

 

 

2. Les progrès scientifiques et technologiques impulsent, évidemment, des changements profonds dans les vies économique, sociale, culturelle et spirituelle. Ainsi, par exemple, les découvertes et la théorie de l’évolution ont détourné les regards sur l’homme, semé des doutes à grande échelle, puis fait reculer les croyances et les religions :

 

- les modes opératoires sont modifiés, modernisés, sophistiqués, informatisés, « internetisés » dans tous les métiers et branches. Les gestes, les attitudes et les préoccupations des travailleurs évoluent ainsi que les relations avec l’entreprise et avec l’environnement, obligeant « le législateur » à « mettre à jour » les règles du jeu de société ;

 

- ici aussi, les « progrès » industriels, énergétiques, informatiques, biologiques, médicaux, chirurgicaux… sont « trop » rapides pour la société et pour le droit qui ne parvient pas à anticiper pour préparer leur mise en oeuvre sereine et harmonieuse. Ils courent après les événements, non sans que cela provoque des interrogations sans réponses, des désaccords et des confrontations. Il est vrai qu’en matière de découvertes et de « vérité scientifique », il n’est pas toujours donné d’acquérir des certitudes durables. L’histoire en témoigne. Le quotidien aussi ;

 

- nous sommes habitués aux invasions de champs de maïs transgénique (ou accusé de l’être) par des coupeurs ou des arracheurs déterminés, convaincus de leur « juste droit », aux interventions musclées des forces de l’ordre et aux procès qui suivent. Tandis que la Justice hésite à prendre des positions tranchées, les opinions des scientifiques sur les cultures OGM sont très partagées et fluctuantes en France. Ne parlons pas du clonage, animal jusque là ;

 

- le réchauffement de la planète, évidence pour les uns, n’est pas reconnu d’autres, et non des moindres ;

 

- des changements sociétaux difficiles à « organiser », notamment en matière d’éducation, de formation et de communication, sont aussi engendrés par les évolutions scientifiques et technologiques. Nous y reviendrons.

 

DES FACTEURS AGGRA VANTS

1. L’instabilité démographique et l’immigration, la mondialisation désordonnée et la libéralisation à outrance sont à placer au premier rang.

La mondialisation et la libéralisation ouvrent grand nos portes à tous venants dans le grand jeu de la prolifération des échanges arbitré par l’OMC et l’UE et poussent à imiter ce qui se fait ailleurs sans se soucier outre mesure des différences de contextes et de cultures.

 

2. Une UE qui ne sait toujours pas où elle va, avec qui et comment, dans la quelle NS nous a replongés jusqu’au cou.

 

3. La soumission à l’Union européenne, à ses règles, à ses diktats, prive la France de libertés de s’adapter aux crises et aux changements en suivant ses penchants, ses orientations, et selon ses propres critères. Une UE ultra libérale (actuellement) et mondialiste, qui se complait à imposer avec aveuglement l’ouverture à la concurrence dans les pays membres, à l’intérieur du « Grand marché » et avec le reste du monde. Poussant au nivellement vers le bas et aux délocalisations de toutes sortes par la volonté (affirmée) de réduire les prix et les coûts … de la main d’oeuvre, essentiellement, pour rendre les sociétés plus compétitives, augmenter leurs bénéfices et leur puissance.

 

4. L’UE, c’est aussi Schengen et ses accords très élargis. Avec, pour conséquences, l’aggravation de l’instabilité démographique et sociale, de la communautarisation, des crises et des violences que nous connaissons.

 

5. Comment les Français peuvent-ils, enfin, s’y retrouver si lorsqu’un dirigeant politique, un parti ou l’un de ses représentants dit « c’est blanc », aussitôt se dressent des opposants de toutes parts criant « faux, mensonge, tromperie, c’est noir ». En réalité, c’est pire : bleu, rose, rouge, vert, tricolore, etc. Chacun a « sa » vérité qu’il veut imposer. Pour le citoyen lambda, il n’y a plus de vérité. Il pense que la plupart des politiciens de tous bords et les médias sont des menteurs et des moulins à paroles, des girouettes, des moulins à vent.

 

DESTA BILISA NTE IMMIGRATI ON

Une immigration forte et rapide, non maîtrisée, contrairement à ce que les politiciens promettent chaque jour, pousse ces derniers, épaulés par les médias, à modifier sous la pression démographique et la crainte de votes défavorables, notre droit, son interprétation, son application ; ce n’est plus aux nombreux immigrés (devenus français, restant étrangers ou jouissant de plusieurs nationalités) d’adapter leurs comportements aux us et coutumes en pratique en France. C’est au législateur et à son exécutif de faire changer les attitudes des citoyens et de retailler le droit français conformément aux « exigences légitimes » d’une nouvelle société « diverse », multinationale, multiraciale (mot toujours au dictionnaire) et communautarisée. Avec d’autres modifications hasardeuses de notre législation, insufflées par l’Union européenne, en particulier, c’est désormais la confusion, comme l’illustrent les « affaires » à répétition des voiles islamiques et de la burqa, d’un côté, qui ont eu un certain retentissement, et celle, invraisemblable, de la polygamie légale. Nous avons tellement perdu le contrôle de notre droit, très tordu et permissif sur certains points, que des éminents juristes publics et des féministes exacerbés ont choisi de ne pas aborder de face les problèmes posés par les intrusions du voile et de la burqa dans le quotidien des français et ont choisi de mettre en avant l’atteinte à l’intégrité et aux droits de la femme. Dans le cas du « polygame » à une épouse (mariage civil et mariage religieux), quatre « maîtresses » (mariages religieux, seulement !) et vingt et un enfants d’elles, nous sommes dans le tragique (pour le droit français actuel), le Ministère public renonçant à poursuivre pour polygamie, semble-t-il, et allant rechercher d’éventuelles fraudes fiscales et sociales. Nous sommes aussi dans le comique, dans une farce où l’on voit Guignol rosser les gendarmes et mystifier la justice. Un authentique polygame (selon notre code civil), qui a épousé civilement deux femmes en France, a été détecté en juillet, grâce à la plainte déposée par sa première épouse. Un cas sans doute plus rare que le précédent. À noter que l’arme fatale de la laïcité à la française a montré ses deux tranchants. Invoquée pour faire barrage à toutes formes de prosélytisme religieux dans l’espace public, elle l’a été, en sens contraire, par ceux qui estiment que la laïcité est avant tout la liberté de pratiquer sa religion de la façon que l’on désire. Ce dernier avis semble ostensiblement partagé par les croyants qui prient dans la rue à la Goutte-d’Or.

 

À propos des actes ayant suivi le décès d’un jeune gitan, mortellement blessé par un gendarme dans le Loir-et- Cher, Le Monde a écrit sobrement : « La violence de la réaction à la mort de Luigi, dimanche 18 juillet dans le village de Saint-Aignan-sur-Cher, proche des lieux du drame, a surpris : une place a été assaillie par une quarantaine de gens du voyage – certains cagoulés. Munis de haches et de barres de fer… ». Ils s’en sont pris à la gendarmerie et aux feux de circulation, ils ont pillé une boulangerie et abattu des arbres. Du 18 au 19, d’autres communes ont été touchées, des voitures ont été brûlées, un commerce a été attaqué à la voiturebélier et deux salles de mairie ont été incendiées. C’est une triste expression de communautarisme qui place la violence collective, la vengeance, les représailles et les destructions bien au dessus du respect de la loi (républicaine, diraient les politiciens), à l’image de ce qui se passe dans les banlieues chaudes de grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille, Grenoble et, hélas, de plus en plus d’autres. Le vendredi 30 juillet, Nicolas Sarkozy, déplorant le laxisme à l’égard de l’immigration au cours des dernières décennies, s’est élevé contre les auteurs d’agressions et de violences. Il les a menacés de sanctions aggravées, en particulier s’ils attaquent des gendarmes, des policiers et des agents des services publics. Il a parlé de déchéance de la nationalité française et de peines de prison d’une durée incompressible de 30 ans pour les étrangers (Roms de Roumanie et de Bulgarie, notamment) et pour les Français d’origine étrangère jugés coupables.

 

Le soir même, d’éminents juristes constitutionnels ont été invités par les grandes chaînes de télé pour expliquer au public que notre Président avait tout faux. Premièrement, selon notre Constitution, il n’y a pas de Français d’origine étrangère et d’autres catégories de Français. Il n’y a que des Français, égaux devant la loi. Deuxièmement, instaurer des peines plus lourdes pour des catégories particulières de personnes c’est s’abandonner à la discrimination, et encourir les foudres de la HALDE. Du petit lait pour l’opposition et les organisations bien pensantes. Le gouvernement persiste et soumettra un projet de texte après le ramadan, en septembre, qui traitera aussi de la polygamie, des excisions et du prosélytisme religieux. 80 % des Français approuveraient, selon un sondage. N’est-il pas temps, dans des domaines dits sensibles illustrés par ces graves événements, ces errements, de définir démocratiquement ce que les Français veulent et ce qu’ils refusent. Et d’adapter, d’actualiser notre Constitution, notre droit et les usages en conséquence. Cela a été fait pour favoriser la soumission de la France à l’Union européenne. Alors, pourquoi ne pas mettre fin à l’hypocrisie et à la paralysie politique qui sévissent sur ces questions sociétales et juridiques, mieux respecter la volonté des citoyens et assurer leur sécurité. Les habitudes alimentaires en France changent aussi avec l’immigration. Après la percée populaire du couscous, la merguez a détrôné la saucisse dans de nombreux barbecues collectifs. Anecdotique ?

 

Aujourd’hui, c’est le « halal » qui est à l’honneur. Des investisseurs sagaces estiment que son marché potentiel en France est de cinq millions de bouches. Aussi, les rayons halal investissent les grandes comme les petites surfaces commerciales. Le marché, plus important que celui du « bio », s’agrandirait de + 15 % par an. Et le nombre des consommateurs ? Wikipédia nous donne ces précisions : « …par exemple manger du poisson est halal, alors que manger du porc est « harâm » [péché, interdit]. Pour que la viande soit halal, il faut que l’animal ne soit pas préalablement étourdi et ait la tête tournée vers La Mecque pour qu’il se vide de son sang. Un musulman doit lui couper la carotide et les jugulaires, tout en prononçant des paroles sacrées. » Ces pratiques ont déjà donné lieu à des contestations. Un certain émoi a été soulevé par le projet (et son expérimentation à Roubaix) du restaurateur Quick de consacrer une quinzaine de ses établissements complètement, ou exclusivement, au halal. Après des réactions hostiles et des accusations de discrimination, Quick se serait engagé à chercher une « solution technique » pour une offre halal et non halal dans un même restaurant. En attendant, son expérimentation halal à 100 % continue. Jusqu’à l’halali ?

 

 
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15.09.2010

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