HOMMAGE

 

LE CHAGRIN DES BELGES

 

par Luc Beyer de ryke,

Au sortir des vacances, dans une France en proie aux remous sociaux, désorientée par l’image de plus en plus troublée des crispations élyséennes, vous auriez légitimement pu vous attendre à ce que je vous en entretienne. Je l’aurais fait si une priorité plus grande encore n’occupait mon esprit. Elle pourrait se résumer par le titre déjà ancien du roman le plus célèbre d’Hugo Claus Le chagrin des Belges. Nous sommes loin des « blagues » drolatiques mais souvent d’un goût douteux de Coluche.

 

L’Europe assiste, impuissante, à la dissolution du pays qui abrite ses Institutions. Déjà, dans les couloirs de la commission, des « lobbyistes » zélés tentent de convaincre de la faire déménager. Vers où ? Je vous le donne en mille. Le nom avancé est Bonn., l’ancienne capitale de la République Fédérale qu’au temps de la division de l’Allemagne on appelait Bundesdorf, le village fédéral. Ce qui ne serait pas seulement inopportun mais intolérable.

 

On n’imagine pas l’épicentre de l’Europe situé dans le pays le plus puissant de l’Union. Ni la France, ni la Grande-Bretagne, en particulier, ne pourraient y souscrire. Rappelons que si l’État belge est né c’est précisément sous ce double parrainage pour établir « un pays d’entre-deux ». Entreprise déjà ancienne que l’on vit surgir avec un bonheur incertain et reprendre au fil des siècles. Le gl as Cette fois ce dessein aux formes multiples dans les « habits » belges dont on l’a revêtu en 1830 paraît en voie de se briser.

 

Dans l’immédiat ? Peut-être pas, mais avec infiniment de tristesse je me hasarderai à dire que mon pays, la Belgique, est entrée en agonie. Les élections de juin ont fait retentir le glas. Jusqu’alors j’avais parlé de tocsin. Certains avaient confondu l’un et l’autre. Ils avaient tort sauf que le tocsin était la préfiguration du glas.

 

Certes, lorsqu’il y a quelques années l’extrêmedroite flamande appelée Vlaams Blok avait réussi une impressionnante percée on parla de « dimanche noir ». Surtout que le slogan, lapidaire, disait tout : « België barst », « que la Belgique crève ». Langage peu châtié mais clair et brutal. Le triomphateur cette fois est un peu plus policé. Là où le Blok malgré son succès fut tenu en marge des Institutions, la Nouvelle Alliance Flamande (la N.V.A.) est un parti de gouvernement. Son « leader » Bart De Wever, un historien intelligent et excellent stratège, est devenu l’homme le plus puissant du pays. Pour lui il ne s’agit pas de faire « crever » la Belgique mais de la faire « disparaître sans qu’on s’en aperçoive ». Tout est dans la forme. Le pays est écartelé. Sur le plan communautaire mais aussi socio-économique. La N.V.A. est un parti résolument libéral économiquement et en Wallonie le parti dominant est un P.S. de centre gauche.

 

Les deux sont condamnés à s’entendre si l’on veut un Gouvernement. Mais la N.V.A. est-elle prête à un compromis transitoire ? Prête à accorder encore un sursis à la Belgique ? Si l’on devait revoter, selon un sondage de La Libre Belgique l’écart déjà si grand se creuserait encore. La N.V.A. passerait de 28 % à 32,3% et le P.S. de 37,6 % à 39,5 %. De nouvelles élections n’offriraient aucune issue. Que du contraire.

 

 

Le passé resurgit

En marge de la situation vécue par la Belgique il est une ultime réflexion et interrogation. Ce qui resurgit sur le devant de la scène c’est une autre Flandre. Au moins en partie. Une Flandre dont les grands-parents par nationalisme ont collaboré avec l’occupant durant la dernière guerre. C’est le cas pour Bart De Wewer. Une Flandre qui n’oublie pas son exigence d’une amnistie, l’effacement et non le pardon. Une Flandre qui, plus encore, estime qu’elle a eu raison puisqu’enfin elle est en passe de réaliser le sens de son combat. Il ne faut naturellement pas confondre ces Flamands là avec toute la Flandre. La Flandre a connu ses résistants et tous les Flamands n’aspirent pas à la fin de la Belgique. Mais il n’en demeure pas moins qu’au premier rang des triomphateurs d’aujourd’hui il en est pour apparaître comme les héritiers de la collaboration. Une interrogation en marge. En marge ? Vraiment ?

 
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15.09.2010

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