Au
sortir
des vacances, dans une France en proie aux remous sociaux, désorientée par
l’image de plus en plus troublée des crispations élyséennes, vous auriez
légitimement pu vous attendre à ce que je vous en entretienne. Je l’aurais fait
si une priorité plus grande encore n’occupait mon esprit. Elle pourrait se
résumer par le titre déjà ancien du roman le plus célèbre d’Hugo Claus
Le
chagrin des Belges.
Nous sommes loin des « blagues » drolatiques mais souvent d’un goût douteux de
Coluche.
L’Europe
assiste, impuissante, à la dissolution du pays qui abrite ses Institutions.
Déjà, dans les couloirs de la commission, des « lobbyistes » zélés tentent de
convaincre de la faire déménager. Vers où ? Je vous
le donne en mille. Le nom avancé est Bonn., l’ancienne capitale de la République
Fédérale qu’au temps de la division de l’Allemagne on appelait Bundesdorf, le
village fédéral. Ce qui ne serait pas seulement inopportun mais
intolérable.
On
n’imagine pas l’épicentre de l’Europe situé dans le pays le plus puissant de
l’Union. Ni la France, ni la Grande-Bretagne, en particulier, ne pourraient y
souscrire.
Rappelons que si l’État belge est né c’est précisément sous ce double parrainage
pour établir « un pays d’entre-deux ». Entreprise déjà ancienne que l’on vit
surgir avec un bonheur incertain et reprendre au fil des siècles.
Le gl as
Cette fois ce dessein aux formes multiples dans les « habits » belges dont on
l’a revêtu en 1830 paraît en voie de se briser.
Dans
l’immédiat ? Peut-être pas, mais avec infiniment de tristesse je me hasarderai à
dire que mon pays, la Belgique, est entrée en agonie. Les élections de juin ont
fait retentir le glas. Jusqu’alors j’avais parlé de tocsin. Certains avaient
confondu l’un et l’autre. Ils avaient tort sauf que le tocsin était la
préfiguration du glas.
Certes,
lorsqu’il y a quelques années l’extrêmedroite flamande appelée Vlaams
Blok avait
réussi une impressionnante percée on parla de « dimanche noir ». Surtout que le
slogan, lapidaire, disait tout : «
België barst », « que
la Belgique crève ». Langage peu châtié mais clair et brutal. Le triomphateur
cette fois est un peu plus policé. Là où le Blok malgré son succès fut tenu en
marge des Institutions, la Nouvelle Alliance Flamande (la N.V.A.) est un parti
de gouvernement. Son « leader » Bart De Wever, un historien intelligent et
excellent stratège, est devenu l’homme le plus puissant du pays. Pour lui il ne
s’agit pas de faire « crever » la Belgique mais de la faire « disparaître sans
qu’on s’en aperçoive ». Tout est dans la forme. Le pays est écartelé. Sur le
plan communautaire mais aussi socio-économique. La N.V.A. est un parti
résolument libéral économiquement et en Wallonie le parti dominant est un P.S.
de centre gauche.
Les
deux sont condamnés à s’entendre si l’on veut un Gouvernement. Mais la N.V.A.
est-elle prête à un compromis transitoire ? Prête à accorder encore un sursis à
la Belgique ? Si l’on devait revoter, selon un sondage de La
Libre Belgique l’écart
déjà si grand se creuserait encore. La N.V.A. passerait de 28 % à 32,3% et le
P.S. de 37,6 % à 39,5 %. De nouvelles élections n’offriraient aucune issue. Que
du contraire.
Le
passé resurgit
En
marge de la situation vécue par la Belgique il est une ultime réflexion et
interrogation. Ce
qui resurgit sur le devant de la scène c’est une autre Flandre. Au moins en
partie. Une Flandre dont les grands-parents par nationalisme ont collaboré avec
l’occupant durant la dernière guerre.
C’est le cas pour Bart De Wewer. Une Flandre qui n’oublie pas son exigence d’une
amnistie, l’effacement et non le pardon. Une Flandre qui, plus encore, estime
qu’elle a eu raison puisqu’enfin elle est en passe de réaliser le sens de son
combat. Il ne faut naturellement pas confondre ces Flamands là avec toute la
Flandre. La Flandre a connu ses résistants et tous les Flamands n’aspirent pas à
la fin de la Belgique. Mais il n’en demeure pas moins qu’au premier rang des
triomphateurs d’aujourd’hui il en est pour apparaître comme les héritiers de la
collaboration. Une interrogation en marge. En marge ? Vraiment ?