Le général Gallois vient de
nous quitter après des mois de souffrances courageusement supportées. Tous ceux
qui l’ont approché ou connu par ses écrits et prises de position savent la place
qu’il tenait dans la défense d’une « certaine idée de la France
».
Le général n’était pas seulement
le militaire qui avait été à l’origine du rééquipement de notre armée de l’Air
après la seconde guerre mondiale et qui ensuite avait élaboré la doctrine de la
dissuasion nucléaire française. Cela aurait suffi à en faire un acteur éminent
de notre outil de défense méritant la reconnaissance du pays, mais ses
compétences ne s’arrêtaient pas là.
Homme d’une culture que l’on
pourrait dire universelle, attentif en particulier à tous les problèmes d’ordre
stratégique qui pouvaient concerner la France et son avenir, il s’était révélé
un géopoliticien de premier plan. Il avait à ce titre poussé et initié nombre
d’entre nous à la réflexion dans ce domaine. Grand classique, son maître livre,
Géopolitique (éditions l’Âge d’Homme), a sa juste place dans la bibliothèque de
tout honnête homme !
C’était d’abord un homme de
conviction et chacun sait qu’il lui arrivait de ne pas supporter la
contradiction, surtout lorsqu’elle était le fait d’un cuistre comme nous en
avons pu en être De fait, c’était un homme de caractère, au demeurant affable et
témoins. bienveillant, mais, au contraire des « bien-pensants », il tenait pour
essentielle la défense d’une identité nationale partagée sans le secours de
laquelle il ne voyait pas de recours aux époques de mauvaise fortune, à charge
pour le peuple de savoir préserver cette solidarité fondamentale, ce qui n’est
malheureusement pas toujours le cas aujourd’hui, d’où son pessimisme bien connu.
Il s’est cependant battu jusqu’au bout, avec une grande lucidité, et quelque
fois un brin de provocation, pour qu’un tel recours reste
possible.
Ainsi nous lui devons beaucoup,
et le moindre des hommages à lui rendre est de poursuivre dans la voie qu’il
nous a tracée, avec toute la détermination possible.