COMPTE-RENDU DU DÎNER-DEBAT DU 19 MAI
2009
En présence de
Catherine
LALUMIÈRE,
ancien ministre, ancien
député,
présidente de la fédération
des Maisons de l’Europe
et
Bertrand
RENOUVIN,
écrivain, membre fondateur
de la Nouvelle Action
Royaliste
Thème : Quelle Europe
dans quel monde ?
Par Christine ALFARGE
L’Europe, sujet d’actualité considérable,
qui suscite une interrogation de taille.
Quelle est cette
Europe ?
En toile de fond de ces élections, il y a
cette question qui correspond à une inquiétude dans l’électorat, à quoi sert
cette Europe, où va-t-elle ? Ce sont autant de points obscurs qui
inquiètent parce que l’on ne comprend pas sa réalité.
Le mythe de l’Europe.
A l’origine, il y a l’incontournable
mythe, selon Catherine LALUMIERE, « cela correspond à la volonté de
distinguer des groupes humains qui vont être synonymes de culture, de
raffinement, la nymphe Europe vient d’Orient,
raffinée, belle et puis il y a ce malheureux taureau plus puissant mais pas très
raffiné, plutôt grossier, c’est le mariage des deux qui va faire l’Europe. Dès
ce moment là, on parlera d’Europe par opposition aux barbares ».
Le concept européen.
Lorsqu’au 18ème siècle et
notamment en France, la pensée philosophique des Lumières va se répandre, c’est
autour de cette idée que la pensée européenne est construite, sur la
raison, sur la réflexion, sur les valeurs, les Droits de l’Homme, la démocratie jusqu’à une période récente. Dans
le concept même d’Europe, il y a l’idée que l’on se distingue de notre
entourage.
Au 20ème siècle, on continuera
à parler de l’Europe, de la pensée européenne, de la culture européenne, mais on
ne se lancera dans la construction européenne qu’après la deuxième guerre
mondiale. Cette construction européenne se fera par rapport à son entourage
international, par rapport aux totalitarismes qui ont caractérisé l’entre deux
guerres avec le nazisme, le fascisme, le stalinisme, le franquisme. A cette
époque, les pères fondateurs de l’Europe veulent se distinguer de ces
totalitarismes et l’Europe qu’ils veulent construire le sera sur des valeurs
humanistes, les Droits de l’Homme, la tolérance, la
lutte contre la xénophobie, contre le racisme, l’antisémitisme. On retrouve
également l’influence d’un grand voisin, l’Union
soviétique avec à sa tête Staline qui involontairement a beaucoup fait pour la
construction européenne, objectivement oui car c’est la menace soviétique qui a
poussé les occidentaux d’Europe à construire un ensemble qui deviendra l’Union européenne. Qu’il s’agisse du concept d’Europe avec
ses racines très lointaines ou de la construction européenne à une période plus
récente, il y a toujours eu une influence du contexte international, l’Europe
s’est développée par ce contexte international.
Quelles ont été les évolutions en
Europe ?
Le premier bouleversement que nous avons
vécu, c’est la chute du mur de Berlin, la réunification du continent européen
dont nous allons fêter le 20ème anniversaire en novembre prochain
devra être l’occasion de faire un retour en arrière et bien mesurer l’évènement
considérable que cela fut pour les européens mais aussi pour le monde entier et
les conséquences que l’on n’a pas encore fini de connaître qui résultent de
cette chute du mur de Berlin et de ce qui a suivi immédiatement. A partir du 9
novembre 1989, c’est la fin du monde bipolaire, la fin du communisme, la fin des
idéologies à ne pas confondre avec les idées, c’est aussi l’émergence d’une
super puissance, les Etats-Unis d’Amérique qui n’ont plus le contrepoids de
l’Union Soviétique et qui sont apparus dans les années
qui ont suivi 1989, l’hyper puissance cumulant tous les pouvoirs notamment
économiques et militaires.
Le deuxième phénomène dont on prend
conscience à peu près à la même époque, c’est le phénomène de la mondialisation,
la libéralisation des échanges dans tous les domaines, l’émergence de
moyens techniques comme Internet qui permet d’échanger des idées, de
l’information dans le monde entier. Cette libéralisation des échanges a eu des
causes multiples et des conséquences très nombreuses que l’on n’a pas fini
d’énumérer.
La troisième période, l’émergence de
nouvelles puissances qui n’étaient pas dans le jeu international ou très peu
dans les siècles antérieurs, nous pensons évidemment à la Chine qui est en train
de s’acheminer vers la place de premier sur un certain nombre de points, l’Inde et dans une certaine mesure le Brésil qui n’a pas fini
sa croissance et qui devient un partenaire extrêmement important.
Enfin, les crises qui sont apparues dans
toute leur violence même s’il y avait des signes avant coureurs comme la crise
financière, Lehman Brothers,
la crise économique et sociale et dans certains pays, la crise politique.
Derrière ces crises, c’est notre système économico-social qui est remis en cause, le 19ème
siècle a découvert les moyens de produire massivement, le 20ème siècle a été le
siècle du consumérisme, aujourd’hui nous avons tellement produit et tellement
consommé que notre planète est en péril que ce soit les sources énergétiques ou
autres. C’est ce modèle de production et de consommation effrénées qui a des conséquences
insupportables.
Est-ce que l’Europe est encore
utile ?
Quelle dimension pertinente faut-il pour
faire face à de tels bouleversements ? Selon Catherine LALUMIERE :
« nos états en Europe sont de dimension telle qu’ils ne sont sans doute
pas à l’échelle des problèmes. On peut considérer qu’à travers notre poids
démographique, économique, nos états n’ont pas la force suffisante pour défendre
ce que l’on veut défendre ». Cependant, elle n’est pas de ceux qui
pensent que le niveau européen est devenu obsolète car au niveau de la
mondialisation, elle ajoute : « les règles à l’échelle
mondiale sont bâties sur une hétérogénéité telle que l’on ne peut pas avoir
beaucoup de décisions à la hauteur des problèmes qu’il faut résoudre. Les
Nations unies le montrent, le Conseil de sécurité le montre, dans l’avenir
peut-être qu’à l’échelle mondiale on pourra avoir des règles, des mécanismes de
décision efficaces, pour l’instant c’est prématuré de raisonner à ce stade,
c’est pourquoi la dimension européenne est probablement encore à un niveau
pertinent, l’Europe en réunissant ses populations, ses capacités de production,
de recherche a les moyens de jouer un rôle d’influence à l’échelle
mondiale ». A ce titre, la présidence française européenne avec
volontarisme et cohérence dans ses ambitions a donné les prémisses de ce que
sera la future Europe s’appuyant sur les coopérations entre Etats membres, la
régulation financière et économique avec un projet social et
environnemental.
Quelle Europe
aurons-nous ?
Nous sommes au cœur du débat qui montre
deux visions différentes qui continuent de diviser les européens, d’un côté la
tendance des fédéralistes pour une Europe supranationale, de l’autre la tendance
des souverainistes qui veulent que les Etats gardent le maximum d’autonomie, de
compétence, de pouvoir et au niveau européen, coopèrent en gardant leur liberté
d’actions. La question n’est pas de trancher entre les fédéralistes et les
souverainistes, selon Catherine LALUMIERE : « nous sommes
actuellement un peu dans l’entre d’eux, beaucoup de choses se font par la simple
coopération entre Etats, une organisation intergouvernementale que j’ai connu
comme le Conseil de l’Europe ne porte nullement atteinte à la souveraineté des
Etats et fonctionne sur la base d’une coopération intergouvernementale, cela
peut marcher mais c’est lent ». A court terme, elle prône notamment
d’élaborer une politique commune économique ainsi qu’une politique européenne
commune de l’énergie. Quant à l’Europe sociale qu’il s’agisse de l’emploi ou des
conditions de travail, de nombreux progrès restent à faire car il ne peut y
avoir une dualité entre l’économique et le social, ce dernier devant être
un élément essentiel du bon fonctionnement de l’économique.
La crise mondiale, selon Bertrand
RENOUVIN : « c’est d’abord une crise due à l’ultra
concurrence, au libre échange, on ne voit pas l’Europe prendre des mesures de
protection, c’est le facteur majeur peut-être décisif de la crise et nous en
restons à appliquer les règles de la concurrence que nous impose la Commission
européenne et qui sont absolument catastrophiques sur le plan industriel, sur le
plan agricole et par voie de conséquence, sur le plan social ». Il
s’interroge sur l’échec de l’hypothèse fédéraliste, déjà inscrite selon lui dans
la philosophie des Lumières qui montre à travers la démonstration de KANT, le
fait qu’il ne pouvait pas y avoir de fédération sauf sur le mode autoritaire,
lorsque la contrainte disparaît, la fédération éclate. Quant à l’Europe sociale,
il considère qu’elle sera toujours une Europe à minima, la justice sociale de
même que la démocratie ne peut se réaliser que dans le cadre des états
nationaux. Cependant, il partage la notion de projet politique concernant
l’Europe, encore faut-il le préciser. Ce projet existe depuis que l’Europe
existe, il désigne la paix dans le concert des nations prêtes à coopérer en vue
de réalisations communes.
Bertrand RENOUVIN qui ne se considère pas
souverainiste, croit qu’il y a dans l’Union européenne
telle qu’elle a été conçue, une logique fédéraliste qui à son avis est morte,
d’autre part, une logique confédéraliste que l’on n’ose pas avouer comme
telle, il dit : « dans un contexte de globalisation qui
a échoué, l’Europe ne peut se développer qu’à l’échelle continentale et
avec ses nations ».
Dans ses Mémoires d’espoir, le Général de
GAULLE écrivait : « Construire l’Europe, c’est-à-dire l’unir, est
pour nous un but essentiel. » Pour cela il convient de
procéder « non pas d’après des rêves, mais suivant des réalités. Or,
quelles sont les réalités de l’Europe… ? En vérité ce sont les
Etats… »