ENCORE UNE ÉLECTION POUR RIEN ?
par André
Bellon
Le résultat est enfin tombé après
une campagne sans grand éclat. Et, comme à l’ordinaire, au soir du 7 juin, les
principaux « leaders » rassemblés sur les plateaux de télévision commentaient
doctement leurs résultats.
Tous les leaders, mais pas tous
les acteurs. Car le vainqueur de ces élections n’avait pas été
convié.
L’abstention majoritaire du
peuple était à peine commentée et pas représentée – pas même par l’un des
nombreux sites Internet qui l’avaient encouragée comme un choix politique -.
Certes, comme d’habitude, on nous dira qu’elle résulte d’un désintérêt, d’une
incompréhension, voire, critique suprême, d’une absence de pédagogie. On
oubliera que l’abstention, les appels au boycott, ont été des thèmes de campagne
et que ne pas évoquer ce fait est un déni de démocratie en même temps qu’une
incompréhension du vote.
Bien pis, on critiquera les
abstentionnistes au nom du respect d’un droit de vote dont on dénie l’exercice
réel aux citoyens. On oubliera que lorsqu’il n’y a pas souveraineté populaire,
il n’y a pas exercice légitime du droit de vote. Or, depuis des décennies, une
mince oligarchie s’arroge le droit de définir les bonnes questions, écartant
systématiquement les autres, et s’octroie le monopole de la vie politique et de
la propagande par son pouvoir sur la presse. Le mépris du vote du 29 mai 2005 en
demeure le symbole flagrant et n’est certainement pas étranger à l’abstention du
7 juin.
En fait, tous les personnages
conviés à débattre au soir du 7 juin avaient deux préoccupations communes :
condamner l’abstention et légitimer le système institutionnel européen qui n’est
démocratique ni par sa nature, ni par son fonctionnement. En ce sens, ils ont
tous été désavoués.
Ils peuvent, certes, continuer
comme si de rien n’était. C’est ainsi que le parti en tête crie victoire,
feignant d’ignorer qu’il représente environ 12% des électeurs
inscrits.
Ils peuvent rester sourds aux
appels exprimés par les citoyens comme ils l’ont fait après le 29 mai 2005 dont
le sens profond était l’affirmation de la souveraineté populaire et un appel à
rétablir la démocratie. Mais, à force d’ignorer les messages émis par un peuple,
on se prépare des lendemains difficiles. On approfondit le fossé entre pouvoir
et citoyens et on fragilise la démocratie en privant le peuple d’une
représentation réelle.
Certes, on ne saurait nier que,
dans le vote du 7 juin, des votes significatifs ont été exprimés : les
politiques antisociales et destructrices de l’environnement menées depuis des
décennies ont, en particulier, entraîné des rejets et des choix particulièrement
légitimes. Mais ces réactions ne peuvent pas mener à des politiques différentes
dans le cadre institutionnel actuel, français autant qu’européen. Tout, en
effet, est organisé pour rendre les contestations et les paroles du peuple
inopérantes.
Ici, les refus de vote rejoignent
les votes critiques. Mais ils ne peuvent, les uns et les autres, trouver leur
efficacité que dans la réaffirmation de la volonté collective et donc de la
souveraineté populaire.