Première partie : Une Union à
court d’arguments Peu de changements dans les arguments frappants des
européistes, toujours intarissables sur les vertus et les hauts faits de l’Union européenne (UE). Ils ne craignent pas de masquer les
réalités ou d’en présenter des versions très enjolivées frôlant parfois
l’énormité ou l’indécence. Voici une sélection de ces professions de foi
propagées avec diligence, sans obtenir les effets escomptés sur les attitudes
des électeurs européens le 7 juin 2009. Décryptées, certaines dévoilent des
déficiences graves de l’Union. Promue avec efficacité
par l’UE, la concurrence aurait fait baisser les prix. Pour le plus grand bien
de la compétitivité de nos entreprises et de notre pouvoir d’achat. Moult
exemples ont pu être choisis de produits (locaux ou importés) d’équipement
électriques, électroniques, informatiques, de vidéo communication…
Les progrès technologiques
comptent peu, cela va sans dire. L’explosion des ventes et des productions de
ces produits, qui permet les économies d’échelle, n’est aussi pour rien dans les
évolutions des prix. Gloire à la Déesse Concurrence ! Ont aussi été vantées les
importations à bas prix de Chine et d’autres pays d’Asie. Elles auraient relevé
les pouvoirs d’achat en France. Mêmes avantages des délocalisations, qui font
chuter les coûts (et les prix ?). Pas forcément en France, d’ailleurs, puisque
les productions délocalisées sont destinées en partie, sinon en totalité, à
l’étranger. Les défenseurs de ces thèses hardies se soucient très peu des
emplois, des revenus et des pouvoirs d’achat perdus lors des délocalisations et
en raison de la « concurrence loyale et non faussée » d’entreprises de pays où
les salaires sont très faibles et les protections sociales
inexistantes.
Vive l’alignement mondialiste des
salaires vers le bas… et les ascensions vertigineuses des marges et des profits
des groupes bienfaiteurs. Ces prises de position louent un des axes dominants de
la stratégie de l’UE ainsi que du « modèle européen » qu’elle impose, avec
l’aide et sous le contrôle de l’Organisation mondiale
du commerce (OMC), en s’appuyant sur la Commission de Bruxelles, avec sa
Direction générale de la concurrence, et la Banque Centrale européenne (BCE).
Ces instances ont en commun l’objectif prioritaire de baisse et/ou de maîtrise
des prix. Peu importe que la croissance fuie les pays de
l’Union, que l’emploi et les revenus faiblissent tandis
que le chômage s’installe et gagne. Pas de conception de plans et de déploiement
d’actions d’envergure. Comment cela serait-il possible, d’ailleurs, dans une
Europe où les partenaires potentiels doivent avant tout se comporter en
concurrents et où les soutiens des États aux entreprises ou aux secteurs
nationaux sont proscrits. Des incantations et des belles paroles, sur les
nécessaires stratégies industrielles en tiennent lieu sur le terrain de
l’économie et de la croissance. Elles n’en enrichissent pas le terreau, qui
s’épuise et se dévitalise. Pour la majorité des entreprises d’Europe, les gains
de compétitivité ne sont pas au rendez-vous. Je ne parle pas ici de
l’aggravation brutale des problèmes liée à la crise mondiale, mais de politiques
suivies avec application depuis la préparation du traité de Maastricht, qui sont
devenues des constantes du modèle de l’UE. Elles aident à faire le lit de la
déflation qui menace et soulève une grande peur aujourd’hui. Une déflation déjà
à l’oeuvre, qui ne tient pas au premier chef, au recul des cours du pétrole et
d’autres matières premières.
La chute des cours (qui a succédé
à des hausses brutales et géantes) a été provoquée par l’affaiblissement de la
demande mondiale, lui même étant une conséquence de la crise. Une autre
observation attriste : la « maîtrise » des prix en France et dans d’autres pays
de l’UE doit beaucoup à la faiblesse de l’inflation importée. Cela vaut surtout
pour les produits industriels étrangers évoqués ci-dessus, mais se voit aussi
dans les prix de biens de consommation courante, dans ceux de produits agricoles
et agro-alimentaires, ainsi que dans ceux de services délocalisés. Ce freinage
venant de l’extérieur est d’autant plus prononcé que la part des produits
importés dans notre consommation intérieure et dans nos investissements est
forte et augmente rapidement.
C’est le cas en France, et c’est
une des causes de la mollesse de notre croissance. Hélas ! Notre Indice général
des prix, « tiré vers le bas » par des produits importés, est tiré vers le haut
par les produits locaux, constitués majoritairement de services. En France, le
secteur tertiaire représente75 % du PIB, et il s’étend chaque année, pendant que
les parts de l’industrie et de l’agriculture déclinent.
La modestie des gains de
productivité dans les services (notamment dans les services à la personne, dont
on attend des miracles en matière d’emploi) est évidemment un facteur de hausse
des prix qui nous affecte directement, et qui amoindrit la compétitivité de nos
économies vis-à-vis de l’extérieur. C’est une tendance lourde inhérente au
modèle européen, une faiblesse structurelle en voie de développement. Nous
savons qu’à cet égard les positions des entreprises de l’Allemagne, qui reste
industrialisée, sont plus solides que celles des françaises. Le rapport FF/DM
est-il en cause, l’euro est-il surévalué ? Ce sont d’autres questions, qui ne
manquent pas d’être posées.
L’UE aurait eu aussi le mérite de
briser les monopoles, en premier lieu dans les services publics de la Poste, des
Télécommunications, des distributions du gaz et de l’électricité… afin de faire
baisser les prix pour les usagers. Avec succès, paraît-il. Chacun appréciera ce
qu’il en est des services rendus, de la clarté et des prix, ainsi que
d’éventuelles « modérations » ou baisses qui pourraient être imputées à
l’exercice d’une concurrence féroce entre les nouveaux acteurs. Pour moi, dans
les secteurs concernés, les politiques suivies ont visé à privatiser et à
encourager la course aux profits. Elles ont conduit à l’installation
d’oligopoles au sein desquels les ententes ou les mimétismes, les alignements
des prix, entre concurrents qui se partagent les marchés, sont monnaie
courante.
D’un autre côté, des oligopoles
et des quasi-monopoles résultent de la quête du gigantisme par l’élimination et
la phagocytose des plus petits (souvent performants, d’ailleurs), le
regroupement de faibles pour faire des gros (forts ?), le rachat de concurrents
et de leurs marchés. Tout ceci ne fait que réduire la concurrence, contrairement
aux objectifs affichés, et place les consommateurs dans des situations de
dépendance vis-à-vis de producteurs et/ou de distributeurs qui peuvent plus
facilement leur imposer les produits et les prix qu’ils veulent.
Pour résumer les bienfaits de la
« constriction européenne » sur la croissance, rappelons que la hausse annuelle
du PIB entre 1990 et 2006 a été limitée à+ 2 % dans l’UE des 12 et en France.
Pas lourd ! « Oui, mais sans l’Europe, c’eut été bien pire » rétorquent des
groupies de l’UE qui refusent de voir le potentiel dynamique de la France et
d’imaginer qu’elle peut avancer de sa propre initiative sans coups de règles (ou
de directives) sur les doigts et de coups de pieds (ou de réprimandes, de
condamnations, d’amendes et d’autres sanctions) aux fesses. Quand notre
président se rend en Chine, au Moyen Orient, au Mexique, en Algérie ou en
Afrique avec une kyrielle de « grands patrons », l’UE aide-t-elle la France à
trouver des opportunités et à décrocher des contrats, vitaux pour nos industries
de pointe et notre recherche ? Que nenni ! Pourquoi soutenir des Français contre
des Anglais ou des Allemands, par exemple. Débrouillez vous ! Chacun pour soi…
et l’UE pour personne !
On revient donc à la «
concurrence », mise au service du grand capitalisme mondialiste, que l’UE a fait
l’erreur monumentale d’ériger en valeur suprême et en principe créateur. Elle attache des oeillères à l’UE et la prive de la
possibilité d’exprimer des intentions et d’entreprendre des actions
véritablement communes. Concurrence et Solidarité sont antinomiques. Surtout
avec une gouvernance technocratique qui édicte et fait appliquer ses propres
lois. Tant qu’on ne changera pas radicalement de « logique », il n’y aura pas de
Communauté européenne… ni d’Europe dans laquelle les nations pourront multiplier
les projets communs. Une rupture est indispensable. Dans ce contexte marqué par
l’absence de véritable solidarité ou de sentiment européen partagé
(aussi
bien
entre les États, les entreprises et les populations), le compromis est devenu le
maître mot pour le traitement des affaires et les prises de décisions. Pour les
européistes béats, c’est du pain béni, et une preuve tangible de démocratie.
Chacun s’exprime et on retient ce que personne d’autre que la Commission n’a
dit. Ou alors, une entente prend corps contre une partie (réputée minoritaire)
des membres. Les Irlandais connaissent bien ce type de démarche employé pour
obtenir la soumission par la pression. La méthode rencontre également un succès
croissant en France, où les accords sur le fond sont nettement plus rares que
les oppositions. En fait, le compromis est le plus souvent un aveu d’impuissance
à régler à la satisfaction générale (on n’ose plus dire dans l’intérêt général),
la question posée. C’est la fuite, le refuge dans une solution de facilité par
l’adoption d’un PPCD (plus petit dénominateur commun) réducteur qui permet
d’ajourner le problème (qui se reposera donc), sans avouer
l’échec.
Nombre d’européistes déclarent
désirer une Europe plus sociale. Le qualificatif « sociale » évoque les fameux «
plans sociaux », en réalité « plans de dégraissage ». Social signifie alors que
les licenciements, les mises à la retraite anticipée et les autres actions
asociales de toute sorte doivent être accompagnées de mesures adoucissantes en
faveur des victimes. Avec des aides financières de l’État, c’est à dire du contribuable. Car il n’est évidemment
pas question d’interdire les réductions d’effectifs ou les délocalisations aux
sociétés et aux groupes qui jouissent de profits énormes, voire immoraux. La
mobilité et la compétitivité seraient menacées. Et puis, on peut se reposer sur
la flexisécurité et les emplois aidés pour répondre à
de telles situations, n’est-ce-pas !
Pour les mêmes et pour d’autres,
l’Europe sociale c’est plus de protection sociale et d’action éducative,
sanitaire et sociale pour tous. Avec, vu de France, le corollaire de
l’harmonisation… sociale et fiscale. Celle-ci pouvait s’entrevoir dans une Union
à six ou à dix. Maintenant, peut-on imaginer imposer (taxer) des citoyens de
pays de l’Est à hauteur de 40 % à 60 % de leurs
revenus, comme chez nous, alors que ces revenus sont, en moyenne, de deux à sept
fois inférieurs à ceux d’Europe de l’Ouest. Ces écarts
traduisent de très fortes disparités de développement, appelant des solutions
fiscales et sociales (indissociables) différenciées… sans même parler des rôles
d’incitation et de protection que jouent les systèmes fiscaux, entre des pays
aux dimensions, aux structures économiques et aux potentiels inégaux, ainsi
qu’avec l’extérieur de l’Europe. L’harmonisation est une question de (très)
longue haleine, aboutissement d’une démarche qui ne peut être faite que de
petits pas bien mesurés. La durée du parcours sera d’autant plus grande que les
élargissements vont se poursuivre, perpétuant et accroissant les disparités. Je
n’ose même pas penser à une Europe incluant la Turquie, portes grandes ouvertes
sur le Moyen Orient.
Mais des européistes influents
veulent une Union aussi grande et aussi peuplée que possible, quitte à y faire
entrer n’importe quels États. Pour qu’elle soit visible et audible sur la scène
mondiale, clament-ils, et parce que, pour eux, la puissance se mesure à l’aune
de la démographie et des PIB additionnés. Ce n’est vrai ni aux plans
diplomatique et militaire, ni au plan économique. Par contre, l’hétérogénéité
des membres affaiblit les capacités de gouvernance, qu’il y ait traité de
Lisbonne ou non. Ce traité, que NS a imposé aux Français, est, en effet,
inadapté pour la gouvernance, aux ambitions forcément restreintes, d’une Union
de trente à quarante membres. Une UE qui connaît de perpétuels changements de
composition et de frontières, de surcroît. Il est d’usage, de bon ton et de
mauvaise foi chez les européistes et les journalistes qui les servent, de
répéter que les partis et les personnes qui souhaitent une autre UE sont «
contre l’Europe » et qu’ils sont des partisans rétrogrades d’une France
frileuse, isolée et repliée sur elle-même. Choquant et stupide !
Bien des pays prospères ne font
pas partie d’Unions et développent des relations et
des coopérations, renforcées ou non, avec des partenaires étrangers, proches ou
lointains. En Europe, regardons la Suisse et la Norvège, par exemple. Isolées,
repliées sur elles mêmes ? N’oublions pas que le Royaume Uni a refusé l’euro et
qu’aux plans diplomatiques, économiques et financiers, il est sans doute plus
proche des États- Unis que du vieux continent. Il est vrai aussi qu’il lui est
difficile de partager le leadership de l’UE avec le couple franco-allemand, dont
les étreintes se serrent et se dénouent sans laisser de place à un tiers. De
plus, c’est par peur de la faiblesse de la France (et de leur propre
immobilisme) que ces Européistes veulent perdre leur identité nationale,
s’intégrer, se dissoudre, disparaître dans l’UE. Quel courage, quel acte de foi
et quelle résolution ! Il est également bienvenu de s’étendre et de s’extasier
sur la générosité de l’UE. En ce moment, c’est le programme erasmus qui est glorifié. Il permet à l’UE de « payer » des
bourses à des étudiants pour qu’ils fassent des études dans un autre pays de
l’UE que le leur. On se garde bien de préciser que ce sont les États membres qui
financent ce programme et que ce sont leurs contribuables qui paient. L’UE
redistribue l’argent de ses membres. Elle n’en gagne et n’en crée pas. Nuance !
Par contre, elle en dépense pour le fonctionnement de ses onéreuses instances.
On n’est pas aussi prolixe que d’habitude au sujet de la PAC et des cadeaux de
l’UE aux agriculteurs. Parmi les explications figurent le mécontentement et les
manifestations des producteurs de porc et des producteurs de lait, en grande
difficulté face à des cours en forte baisse et devant l’attitude « libérale » et
le manque de compassion de Bruxelles, ainsi que les protestations vigoureuses
des marins pêcheurs devant des quotas et des périodes de pêche jugés très
insuffisants qui menacent leurs survies.
Les subventions géantes versées
aux grosses sociétés agricoles et agroalimentaires (céréaliers et betteraviers
sucriers, notamment) ont aussi été pointées. Alors, profil bas sur la PAC !
D’autant plus que la tentative d’assimiler des mélanges de vin blanc et de vin
rouge à du vin rosé soulève de sérieux doutes sur les compétences des porteurs
du projet… et sur la lucidité et/ou l’objectivité des papilles gustatives à la
Commission. Là aussi une révolution de palais est nécessaire. Presque tous les
partis et nombre d’européistes réclament une Europe plus protectrice. Pour ces
derniers, surtout, il suffit d’un peu plus de « régulations », pour limiter les
concurrences déloyales et faussées, sous la houlette de l’OMC, il va sans dire, et, depuis la grande crise, pour «
maîtriser », contrôler et réorganiser le système financier international, sous
l’égide du FMI.
Une confiance bien compréhensible
à l’égard de ces organisations en charge de la promotion planétaire du
libéralisme capitaliste ! Pourquoi faire un enfer pour les paradis fiscaux dont
de nombreux groupes, notamment Français, profitent ? Inutile de s’affoler et de
vouloir faire changer de cap à l’UE, de la détourner de sa voie libérale et
mondialiste, d’encadrer résolument et sévèrement les acteurs financiers, ou de
moraliser l’appropriation et la distribution des profits provenant des activités
économiques. Même les Socialistes et les Verts, qui le demandent tout en
soutenant l’UE et le traité de Lisbonne, n’y croient pas
vraiment.
Sur la défense, les européistes
sont divisés. D’un côté, des pessimistes sur les capacités françaises et celles,
virtuelles, de l’UE, applaudissent le retour de la France dans le commandement
intégré de l’OTAN. De l’autre côté, les positions seraient plus hostiles à la
dépendance vis-à-vis des États-Unis (pourtant devenus plus sympathiques avec
Barak Obama), sans toutefois rejoindre celles des «
souverainistes ». Importante, la question n’est pas close, mais, elle ne soulève
pas la passion des foules. Alors, elle a occupé une place modeste dans la
campagne. Selon les sondages, les jeunes se sentiraient concernés par l’Europe
et seraient favorables à l’UE actuelle. Pour les commentateurs, c’est un bon
présage pour l’avenir. Les personnes adultes et plus âgées seraient nettement
plus réservées. En fait, ces attitudes présumées des jeunes et des moins jeunes
ne sont pas nouvelles. Cela signifie-t-il qu’avec l’âge et l’expérience, les
personnes ouvrent davantage les yeux, sont moins perméables à la publicité, et
changent d’appréciation sur l’UE ? Les clichés radieux et lumineux présentés au
public jaunissent, s’obscurcissent et s’écornent avec le temps et l’usage. Les
interrogations, les doutes, les inquiétudes, les critiques gagnent tandis que
l’avenir apparaît mal assuré et que le dessin et le destin de l’Europe demeurent
aussi incertains. Oui, il faut changer profondément l’Union européenne pour redonner vraiment l’espoir aux jeunes…
et aux autres aussi.
Deuxième partie :
Une abstention à la hauteur des
attentes
Les records battus par
l’abstention en France (59,5 %, sans les votes blancs et nuls) et dans presque
tous les pays d’Europe (56,9 % en moyenne dans l’Union
et jusqu’à 63 % au Portugal, 63,5 % aux Pays Bas, 65,2 % au Royaume Uni, plus de
70 % en Autriche, en Pologne, en République Tchèque, en Roumanie, en Slovénie et
autour de 80 % en Slovaquie et en Lituanie) est d’abord un échec retentissant
pour l’UE, ses instances et ses porte-drapeaux européistes. L’UE n’avance pas,
elle recule. Et les électeurs deviennent de plus en plus réfractaires aux
propagandes serrefiles. à l’est, l’hostilité, la
méfiance, le scepticisme, le désintérêt et l’indifférence atteignent des niveaux
montrant la grande déception de populations qui, lors de l’adhésion de leurs
États, ont pu espérer qu’une Union démocratique, forte et solidaire améliorerait
leurs sorts et leurs perspectives.
Un trait est déjà tiré sur ce
constat d’échec alarmant. Un constat qui ne changera rien aux comportements des
acteurs décisifs de l’UE. La « droite », avec le Parti Populaire Européen (PPE)
notamment, a accru (à bas prix) son emprise sur le Parlement : 376 sièges aux «
Conservateurs » et « Libéraux démocrates » sur un total de 736, contre 261 aux
Sociaux démocrates, aux Verts et à la « Gauche radicale ». Les « Souverainistes
», les « Populistes » et les « Autres » classés à droite ont moins de 100
sièges. Les orientations libérales mondialistes et technocratiques ne peuvent
qu’être accentuées, surtout avec le même Président de la Commission de
Bruxelles, Manuel Barroso, qui a décidé de représenter
sa candidature à ce poste avec la bénédiction du PPE.
En France, l’abstention record a
été constatée, déplorée… puis volontairement ignorée dès qu’il s’est agi de
commenter ou d’analyser les résultats. Comme si 80 % des électeurs inscrits, et
non40,5 %, avaient voté. Ainsi, politiciens et médias
ont vu dans le score de l’UMP un triomphe et une
grande victoire de NS. Certes, avec ses27,9 % des votes
exprimés, le parti élargit sa place au Parlement européen (PE) à 29 sièges (sur
les 72 sièges français), tandis que le PS, en lambeaux, ne recueille que 16,5 %
des votes et ne conserve que 14 sièges au PE, et que le MoDem de François Bayrou s’effondre (8,5 % des votes et 6
sièges).
Mais, à bien regarder, les 27,9 %
de votants pour l’UMP ne représentent que 11,2 % des
électeurs inscrits sur les listes électorales. Ils constituent le petit socle
(et non le piédestal) sur lequel l’UMP repose pour les
questions européennes. Il n’y a qu’une petite minorité de convaincus de la
justesse et de l’efficacité des actions du Gouvernement et de l’UE, pour nous
sortir de la crise, notamment, ainsi que par les performances, tant vantées, de
NS lors de la présidence française de l’Union. La
lecture des résultats comme une victoire éclatante de l’UMP est donc une arnaque de plus. Notons, à ce sujet, que
nos politiciens et nos médias aiment se gausser de Silvio Berlusconi et
présentent les résultats obtenus par son parti du Peuple de la liberté (PDL)
comme une semi défaite. Pourtant, celui-ci a obtenu 35 % des suffrages exprimés
(soit 25 % de plus que l’UMP en France), avec une
participation de 66,5 % (et non 40,5 %). Son socle électoral européen est ainsi
double de celui de l’UMP, puisqu’il dépasse un peu les
23 % des inscrits. Vers qui doivent alors se tourner d’abord les moqueurs ?
Pourquoi pas vers l’UMP et vers les autres « grands
partis » français dont les socles sont minimes (PS et Europe écologie : moins de
7 % ; MoDem : moins de 3, 5%). Et dire que ces partis,
majoritairement européistes, dont le socle total n’atteint pas 30 % des
inscrits, vont fournir le plus gros de la « représentation française » au
Parlement européen. Non représentatifs, illégitimes, autant, sinon plus qu’aux
élections précédentes. En raison de l’abstention, en France comme dans
l’ensemble de l’Union, les élections ont donné une
indiscutable « victoire » à l’euroscepticisme contre
l’européisme et/ou l’eurobéatitude.
Mais, à cause de l’ampleur de
l’abstention, les eurosceptiques n’obtiennent que peu de sièges au Parlement
européen. Avec le mode de scrutin et les critères d’attribution des sièges aux
partis, elle a joué en leur défaveur. C’était prévisible. Chez nous, une
surprise a été le score relativement élevé, par rapport au nombre de votes
exprimés, obtenu par Europe écologie (EE), qui devance de peu le PS. Par rapport
au nombre d’électeurs inscrits, nous l’avons vu, le socle électoral de ce parti
n’a rien d’impressionnant. Moins de 7 % des électeurs inscrits ont jugé que pour
« sauver la planète » il fallait voter pour les listes d’EE. Peut-être stimulés par le film Home de Yann Arthus-Bertrand, fort opportunément passé à la télévision le
vendredi soir précédent les élections. Il est vrai aussi que l’heure est à
l’écologie, après une assez longue promotion à laquelle les médias ainsi que
nombre de partis et de personnalités se sont livrés. Nous verrons si l’embellie
verte se prolongera jusqu’aux élections régionales. Le ticket multinational
Cohn- Bendit - Eva Joly -
José Bové a gagné en prenant quatorze sièges au
Parlement. Il a pu attirer des sympathisants déçus et découragés du PS et du
MoDem, ainsi que des indécis, à la satisfaction
discrète de l’UMP et de NS qui voient un PS en
capilotade et, en François Bayrou, un concurrent affaibli pour les
présidentielles de 2012. Il ne reste plus aux heureux élus d’EE qu’à « dépasser les égoïsmes nationaux » et aider leurs
partenaires allemands et scandinaves à peupler l’Europe de moulins à vent pour
préserver la nature. Peut-être aussi à exporter les Grenelles de l’environnement
dans les autres pays de l’UE et à l’extérieur de celle-ci.