pénible et pitoyable

LA PEAU DE L'OURS

 

par Luc Beyer de ryke,

Grouchy ? C’était Blücher ! L’exclamation, tranchante comme le coup de sabre qui décapita les aigles à Waterloo, devrait être méditée. La semaine écoulée, à trois reprises, a vu l’événement démentir ce qui était pour la plupart prévisible et, pour certains, prévu. Ce fut le cas en Iran, en France et en Belgique sans, bien entendu, comparer l’importance de ce qui s’y est produit et des conséquences envisagées.

 

En Iran, on espérait, on attendait Moussavi, c’est Ahmadinejab ! L’Occident est k.o. Il se refuse d’y croire. Il crie à la fraude et même au coup d’État. C’est possible. Ce n’est pas certain. Mon expérience de l’Iran est trop fragile pour trancher. Elle est par contre suffisante pour être prudent dans l’analyse. Si, en France, on écoute les Moudjahedines du peuple qui, avec Vincent Van Gogh, font la célébrité d’Auvers-sur-Oise, le régime des mollahs est sur le point de s’effondrer. Ils le disent, l’affirment, le répètent depuis… trente ans .

 

Moi-même je suis allé en Iran. Deux fois, sous la présidence de Khatami pour les premières élections municipales puis, une seconde fois, pour la réélection du « molah réformateur ». Le climat avait changé. Envolée l’humeur frondeuse rencontrée à l’université et dans les milieux littéraires ou journalistiques. Là où ma femme et moi avions été accueillis les portes se fermaient. Nos interlocuteurs avaient peur, étaient en procès ou en fuite. Khatami n’avait pu (ou voulu ?) tenir ses promesses.

 

Nous avons, dans l’atmosphère bourgeoise et calfeutrée des salons, rencontré des opposants : des monarchistes, des libéraux, des communistes, des Kurdes. L’énumération dit assez la faiblesse et le caractère hétéroclite de nos interlocuteurs. L’évolution de l’Iran devait confirmer le sentiment de régression des libertés que nous avions ressenti et éprouvé. Le verrou était mis. Vint Mahmoud Ahmadinejab. Pas de triomphe mais victorieux au second tour. L’homme de la banlieue sud de Téhéran, l’homme de l’Islam fédérateur des pauvres, urbains ou ruraux. Des masses auxquelles des observateurs occidentaux n’accèdent pas ou peu.

 

Les milieux que nous fréquentons, où nous sommes reçus, se composent d’une élite intellectuelle aisée, pratiquant les langues étrangères. Une élite qui, dans la rue, porte le voile pour les femmes, mais une fois la porte des maisons refermée, l’abandonne. Dans le cercle de famille et celui des amis, on vit à Téhéran ou à Ispahan comme dans les salons parisiens ou londoniens. À l’université il y a davantage d’étudiantes que d’étudiants. À l’abri de ces murs la fronde épouse les méandres des écarts autorisés ou non. Parfois elle grossit, s’enfle, déborde. Comme maintenant où un candidat à la présidence laissait espérer une « vie normale » et un pays apaisé.

 

Mais ce candidat, Moussavi, par ailleurs ancien premier ministre de Khomeiny, avait-il la carrure ? D’autres que lui, plus « résistants », avaient été interdits d’élection. Demeurent les résultats. Falsifiés ou non ? Qu’il y ait eu fraude paraît probable. Mais le vainqueur – faux ou vrai – n’est pas un figurant sans troupes. Ses résultats économiques ne sont guère probants. Mais cet excellent orateur use d’une démagogie efficace, se porte vers les déshérités. Son programme conjugue l’aide sociale et la puissance nucléaire.

 

Un alliage détonant !

 

L’avenir dira si les réformateurs parviendront à faire fleurir les « Cent fleurs » du printemps de Téhéran ou si les Gardiens de la Révolution deviendront les Gardes Verts d’Ahmadinejab, le « Mao » de l’Islam

 

France, Belgique ou les illusions déçues

 

En prologue j’avais cité également la France et la Belgique pour illustrer la vieille sagesse populaire selon laquelle il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. François Bayrou n’a pas tué l’ours Sarkozy et c’est l’ours Cohn-Bendit qui a eu sa peau à lui. Pourtant quinze jours avant les européennes il faisait figure de personnage-clé de toutes les combinaisons possibles. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées… Et en Belgique ? Là, côté francophone, devant les « affaires » qui avaient « plombé » les Socialistes on croyait à leur effondrement. Didier Reynders, chef du Mouvement réformateur (libéral) croyait pouvoir faire de son parti le premier de Wallonie et lui-même triompher dans son fief liégeois. Il échoue ici et là. Certes, les Socialistes reculent sévèrement mais demeurent la force principale en Wallonie.

 

Ce sont, comme en France, les Écologistes qui ramassent la mise. Ils font plus que doubler voix et sièges. Contrairement à leurs amis flamands restés marginaux. Là ce sont des nationalistes qui s’affirment. À tel point qu’un éditorialiste flamand titre « Belgiè, twee landen », « Belgique, deux pays ». Ici non plus les lendemains ne chantent pas.

 

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18.06.2009

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