Grouchy ? C’était Blücher !
L’exclamation, tranchante comme le coup de sabre qui décapita les aigles à
Waterloo, devrait être méditée. La semaine écoulée, à trois reprises, a vu
l’événement démentir ce qui était pour la plupart prévisible et, pour certains,
prévu. Ce fut le cas en Iran, en France et en Belgique sans, bien entendu,
comparer l’importance de ce qui s’y est produit et des conséquences
envisagées.
En Iran, on espérait, on
attendait Moussavi, c’est Ahmadinejab ! L’Occident est k.o.
Il se refuse d’y croire. Il crie à la fraude et même au coup d’État. C’est possible. Ce n’est pas certain. Mon expérience
de l’Iran est trop fragile pour trancher. Elle est par contre suffisante pour
être prudent dans l’analyse. Si, en France, on écoute les Moudjahedines du peuple qui, avec Vincent Van Gogh, font la célébrité d’Auvers-sur-Oise, le régime des
mollahs est sur le point de s’effondrer. Ils le disent, l’affirment, le répètent
depuis… trente ans .
Moi-même je suis allé en Iran.
Deux fois, sous la présidence de Khatami pour les
premières élections municipales puis, une seconde fois, pour la réélection du «
molah réformateur ». Le climat avait changé. Envolée
l’humeur frondeuse rencontrée à l’université et dans les milieux littéraires ou
journalistiques. Là où ma femme et moi avions été accueillis les portes se
fermaient. Nos interlocuteurs avaient peur, étaient en procès ou en fuite. Khatami n’avait pu (ou voulu ?) tenir ses
promesses.
Nous avons, dans l’atmosphère
bourgeoise et calfeutrée des salons, rencontré des opposants : des monarchistes,
des libéraux, des communistes, des Kurdes. L’énumération dit assez la faiblesse et le caractère hétéroclite de nos
interlocuteurs. L’évolution de l’Iran devait confirmer le sentiment de
régression des libertés que nous avions ressenti et éprouvé. Le verrou était
mis. Vint Mahmoud Ahmadinejab. Pas de triomphe mais
victorieux au second tour. L’homme de la banlieue sud de Téhéran, l’homme de
l’Islam fédérateur des pauvres, urbains ou ruraux. Des
masses auxquelles des observateurs occidentaux n’accèdent pas ou peu.
Les milieux que nous fréquentons,
où nous sommes reçus, se composent d’une élite intellectuelle aisée, pratiquant
les langues étrangères. Une élite qui, dans la rue, porte le voile pour les
femmes, mais une fois la porte des maisons refermée, l’abandonne. Dans le cercle
de famille et celui des amis, on vit à Téhéran ou à Ispahan comme dans les
salons parisiens ou londoniens. À l’université il y a davantage d’étudiantes que
d’étudiants. À l’abri de ces murs la fronde épouse les méandres des écarts
autorisés ou non. Parfois elle grossit, s’enfle, déborde. Comme maintenant où un
candidat à la présidence laissait espérer une « vie normale » et un pays
apaisé.
Mais ce candidat, Moussavi, par ailleurs ancien premier ministre de Khomeiny,
avait-il la carrure ? D’autres que lui, plus « résistants », avaient été
interdits d’élection. Demeurent les résultats. Falsifiés ou non ? Qu’il y ait eu
fraude paraît probable. Mais le vainqueur – faux ou vrai – n’est pas un figurant
sans troupes. Ses résultats économiques ne sont guère probants. Mais cet
excellent orateur use d’une démagogie efficace, se porte vers les déshérités.
Son programme conjugue l’aide sociale et la puissance nucléaire.
Un alliage détonant
!
L’avenir dira si les réformateurs
parviendront à faire fleurir les « Cent fleurs » du printemps de Téhéran ou si
les Gardiens de la Révolution deviendront les Gardes Verts d’Ahmadinejab, le « Mao » de l’Islam…
France, Belgique ou les
illusions déçues
En prologue j’avais cité
également la France et la Belgique pour illustrer la vieille sagesse populaire
selon laquelle il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
François Bayrou n’a pas tué l’ours Sarkozy et c’est l’ours Cohn-Bendit qui a eu sa peau à lui. Pourtant quinze jours
avant les européennes il faisait figure de personnage-clé de toutes les
combinaisons possibles. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées… Et en Belgique ?
Là, côté francophone, devant les « affaires » qui avaient « plombé » les
Socialistes on croyait à leur effondrement. Didier Reynders, chef du Mouvement réformateur (libéral) croyait
pouvoir faire de son parti le premier de Wallonie et lui-même triompher dans son
fief liégeois. Il échoue ici et là. Certes, les Socialistes reculent sévèrement
mais demeurent la force principale en Wallonie.
Ce sont, comme en France, les
Écologistes qui ramassent la mise. Ils font plus que doubler voix et sièges.
Contrairement à leurs amis flamands restés marginaux. Là ce sont des
nationalistes qui s’affirment. À tel point qu’un éditorialiste flamand titre «
Belgiè, tweelanden », « Belgique, deux pays ». Ici non plus les
lendemains ne chantent pas.