ÉLECTIONS
ILLÉGITIMES
par
André Bellon,
ancien
président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale
À
quelques
semaines des élections européennes, il importe de s’interroger sur le sens de la
question qui va nous être posée. Les organes de presse et les dirigeants des
principaux partis nous expliquent à l’envie que le « Parlement européen » est le
plus démocratique des organismes européens et que renforcer son pouvoir est une
garantie de développement de la démocratie.
Est ainsi
distillée l’idée que cette institution est un véritable Parlement et qu’il
représente un « peuple européen ». Rien n’est moins vrai. En 1957, comme l’avait
alors exigé la France, elle n’était qu’une assemblée composée de députés des
parlements nationaux sans aucun pouvoir. C’est Giscard d’Estaing qui poussa, en
1979, à le présenter comme un Parlement et à le faire élire au suffrage
universel direct. Ainsi, par l’intermédiaire d’une manipulation, on nous peignit
cet organisme comme notre émanation démocratique.
Or, cet
organe, qui, paraît-il, nous représente, a voté pour considérer que les votes
français et néerlandais contre le traité constitutionnel européen devaient être
ignorés et qui a demandé à passer outre au non des irlandais. De fait, cette
assemblée s’octroie une légitimité qui n’existe pas. En effet, en parlant de «
Parlement », on accrédite l’idée qu’il existe un peuple européen et un espace
public européen, toutes choses dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont
fort discutables. Et le prétendu Parlement abuse du faux pouvoir qui lui est
ainsi octroyé pour nier toute valeur à la souveraineté des peuples qui composent
l’union européenne.
Participer
aux élections européennes est une manière d’avaliser ce pouvoir. Seul, le
boycott de cette consultation peut remettre les pendules à l’heure.