COMPTE-RENDU DU DÎNER-DEBAT DU 18 MARS 2009

COMPTE-RENDU DU DÎNER-DEBAT DU 18 MARS 2009

 

En présence de

 

 Hind KHOURY,

économiste, déléguée de la Palestine en France

et

Élie BARNAVI,

écrivain, historien, ambassadeur

 

Thème : Un État palestinien

est-il encore possible ?

 

Par Christine ALFARGE

 

 

«Le conflit israélo-palestinien, ce n’est pas la force mais la puissance des droits»

 

Aujourd’hui, c’est dans « la maison du gaullisme » que Madame Hind KHOURY et Monsieur Elie BARNAVI nous font l’honneur de venir s’exprimer sur leur espérance commune d’établir une paix juste et durable entre leurs deux peuples.

 

Pour une paix nécessaire.

 

Le conflit israélo-palestinien est le problème clé du Moyen-Orient,  il faut faire les efforts nécessaires pour le résoudre, c’est-à-dire créer une atmosphère différente. De ce point de vue, l’élection de Barac OBAMA apparaît comme une opportunité pour le Proche-Orient, il veut s’impliquer rapidement et envisage de privilégier une approche régionale, le conflit étant lié, selon lui à l’Iran, mais il aura déjà fort à faire avec l’ampleur de la crise économique américaine, l’Afghanistan et l’Irak. La relance du processus de paix pourrait en souffrir. Il faut une réponse diplomatique au conflit, car l’urgence est que ce conflit cesse.

 

La réalité de la vie palestinienne.

 

Comme nous la décrit Hind KHOURY avec beaucoup d’émotion, cette situation a conduit le peuple palestinien à un état de misère et de souffrance incroyable.Elle dit : «Cette réalité palestinienne est inacceptable, je ne comprends pas pourquoi l’Europe finalement ne fait rien pour changer cette réalité, le reste du monde est également responsable». Pour le peuple palestinien, l’espoir s’éloigne

.

 

Est-ce que la paix est toujours possible ?

 

L’impact politique de cette réalité, le changement de gouvernement israélien qui s’annonce, l’Europe qui colmate avec de l’argent, la politique américaine de BUSH qui a fait preuve d’un échec politique total, de nombreuses analyses ne manquent pas, alors si le président américain OBAMA reste flou sur sa stratégie dans la région, Hind KHOURY pense « que les palestiniens ne peuvent plus attendre, 2009 est une année cruciale, ou bien la paix sera faite ou bien elle ne le sera pas et il faudra oublier cette solution de deux états. Si le président OBAMA ne déclare pas qu’Israël doit reconnaître un état palestinien dans les frontières de 1967 selon la résolution 242 et que la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem Est ne sont pas des territoires contestés, ce n’est pas une question de négocier des territoires contestés, c’est le droit des palestiniens. Il faut annoncer que toutes les colonies sont illégales, tout ce qui était construit dans les frontières de 1967. Il faut dire qu’Israël est responsable pour la question des réfugiés de 1948, comment applique-t-on la résolution 194, dire également qu’Israël doit accepter l’opinion de la Cour internationale de Justice concernant le mur ».

 

Le monde arabe doit agir.

 

Malgré la proposition du monde arabe qui peut rendre tout le monde gagnant dans la région grâce à l’initiative de paix arabe, il y a une grande différence entre les positions des leaders politiques et celle de l’opinion publique dans les pays arabes. Cela implique de faire évoluer les mentalités des populations. Il faut notamment travailler très vite à la réconciliation afin d’apaiser les tensions entre les deux principaux partis palestiniens car se sont les divisions arabes qui se reflètent sur la réalité palestinienne. L’absence d’un Etat palestinien viable est aujourd’hui le principal obstacle au dénouement de la crise au Proche-Orient. L’Europe peut également jouer un rôle déterminent dans ce conflit mais elle doit adopter une approche beaucoup plus équilibrée. Quant à la France, elle est la puissance européenne au Proche-Orient la plus entendue. 

 

Comment les palestiniens peuvent-ils dépasser leur antagonisme ?

 

Même si les choses ne paraissent pas évidentes, il existe pourtant une volonté de s’entendre, comme en novembre 2007 où après des tentatives de conciliation,  avait  été constitué un gouvernement d’unité nationale qui ne tiendra pas. Deux Etats, beaucoup de palestiniens en doute et c’est cela qui est à la base de la division palestinienne entre le Hamas et le Fatah, ceux qui sont pour le projet de deux Etats, Abou Mazen et l’OLP disent « il faut encore négocier, peut être on va y arriver » et le Hamas qui pense « que ce n’est plus faisable, car Israël n’a pas la volonté politique ». Cependant, c’est ensemble que les palestiniens trouveront le chemin de l’entente car face aux propositions de la communauté internationale, ils doivent parler d’une seule et même voix.

 

En 1967, lorsque le Général de GAULLE parle d’un peuple « sûr de lui et dominateur » et déclare qu’Israël « organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions ; il s’y manifeste contre lui une résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme ». Il soulève  à l’époque une très vive controverse, mais avec le recul, cette réflexion visionnaire sur l’avenir peut engendrer une nouvelle espérance pour les temps présents, car il y a en réalité un Etat binational qui doit retrouver la démocratie.

 

Le projet national du peuple juif.

 

Au regard de l’Histoire, dans un monde qui se coulait dans des Etats-nations, la seule perspective du peuple juif était un Etat-nation qui ne pouvait pas se trouver n’importe où, mais là où se trouvent les racines nationales spirituelles en mémoire du peuple juif, c’était le sionisme. L’essentiel de la famille sioniste était de gauche, travailliste voir marxiste, des gens qui à l’époque ont prôné un Etat binational dont les arabes n’ont pas voulu. Elie BARNAVI nous dit : « toute ma vie de citoyen et d’historien, j’ai essayé de m’élever un peu au-dessus de la propagande pour comprendre ce que l’autre ne pouvait pas donner, ce qui était impensable pour l’autre partie, alors ce projet national qu’on appelait le sionisme n’avait aucune chance de se réaliser, il a fallu la grande catastrophe qu’a été le nazisme pour persuader les Juifs qu’il n’y avait pas d’autres possibilités, le sionisme est devenu à ce moment là la philosophie du peuple juif. C’est comme çà que l’Etat d’Israël est né ». Par le consentement des Nations, Israël a été le seul Etat-nation créé par les Nations unies. Dans son ouvrage « une histoire moderne d’Israël » Elie BARNAVI essaie de comprendre pourquoi les arabes n’ont pas accepté la partition de la Palestine par les Nations unies, il dit : « je ne vois pas au nom de quoi ils l’auraient accepté, je comprends profondément qu’ils ne pouvaient pas le faire ».

 

Un Etat palestinien est-il toujours possible ?

 

Selon Elie BARNAVI, « Il faut absolument y croire, s’il n’y a pas d’Etat palestinien, c’est un Etat unitaire et il faut être bien naïf pour imaginer qu’un état binational serait démocratique, nulle part, surtout pas là-bas. Le seul moyen d’avoir des entités viables, c’est de mettre entre les deux peuples une frontière qui un jour sera poreuse ». A ce titre, il pense que l’avenir de cette région : « c’est la Confédération », mais il faut passer par le stade douloureux, obligatoire d’un état palestinien souverain, si on n’y parvient pas, c’est l’état binational, c’est l’apartheid ou la guerre, ou les deux. Alors que faire, il faut rendre un Etat palestinien possible, étant donné la faiblesse politique et l’incapacité des gouvernements d’un côté comme de l’autre pour des raisons différentes, d’exprimer la volonté du peuple. Il évoque : « Nous sommes ici dans une maison sous l’évocation de Charles de GAULLE et aujourd’hui qu’est-ce qu’un grand homme dans l’histoire, c’est un homme qui plus on s’éloigne et plus il grandit et c’est ce qui arrive avec de GAULLE, y compris en Israël, il n’y a pas aujourd’hui, un jour où dans la presse israélienne, quelqu’un n’invoque l’exemple du Général de GAULLE, mais ce qu’on oublie, de GAULLE est arrivé  au pouvoir dans des circonstances exceptionnelles par une  espèce de révolution, que c’était lui-même une personnalité exceptionnelle et qu’il lui a fallu encore quatre ans pour régler le problème algérien.

 

Aujourd’hui, il y a urgence car l’espoir de paix est de plus en plus mince, la présence de Madame Hind KHOURY et de Monsieur Elie BARNAVI, ensemble, nous donne à penser qu’il est possible de dépasser des climats de haines et de violences, leur volonté et leur sagesse devraient interpeller tous les hommes et toutes les femmes d’Israël et de Palestine, leur exemple et leur pensée devraient être les piliers du seul modèle de gouvernance qui vaille, la justice et la paix.

 

 

 

 

 

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14.04.2009

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