LETTRE D’UN GUADELOUPÉEN

LETTRE D’UN GUADELOUPÉEN

en réponse à l’article

« DOMOTA : la grève a ouvert les yeux des Guadeloupéens »,

 paru dans Le Figaro du 15 février

 

Les DOM-TOM (520 €/hab./an) coûtent moins chers que la Corse (2.400 €/hab./an) ou la métropole (1.200 €/hab./an).


Alors renseignez vous et lisez le rapport du délégué interministériel à l'égalité des chances des français d'outre mer (Patrick Karam) !


Par ailleurs sans les DOM-TOM la France ne posséderait pas la troisième zone maritime mondiale ni aucun droit sur les droits de douane et passage pour le canal du Panama (grâce aux Antilles) et du canal de Suez (La Réunion).


Renseignez vous, Bernard Pons disait lui même en 1986 que les DOM-TOM rapportaient à la France « largement plus que ce qu'ils lui coûtent ». Par ailleurs les Antillais sont Français, ils cotisent et paient des impôts comme n'importe quel Français. Ils sont en réalité plus taxés que les métropolitains (en plus de la TVA, on paie ici trois taxes dont l'octroi de mer sur tout produit importé) et on paie des impôts locaux aussi élevé qu'en région parisienne. Alors par pitié cessez de dire n'importe quoi, les Antillais ne vivent pas grassement sur les impôts de leurs compatriotes de métropole !

Je peux comprendre que les 7.000 km qui nous séparent de la France métropolitaine fassent que certains de nos compatriotes ne maîtrisent pas trop le sujet. Le traitement déplorable des médias n'y est pas étranger.  Donc petite piqûre de rappel :


1 Les manifestants ne demandent rien à l’État : ni argent, ni RSA, ni monnaies sonnantes et trébuchantes. Ce sont les patrons (Békés, Medef) qui ont sollicités l'État, ces derniers ont voulu tirer partie de la grève en demandant une énième aide en échange d'une augmentation des salaires les plus bas. Ils bénéficient déjà d'exonérations de charge, de la défiscalisation, de nombreuses aides qui proviennent de l'État et de l'Europe (la liste n'est pas exhaustive).


2. Les manifestants n'ont pas et jamais demandé l'indépendance : vous ne trouverez nulle part une demande d'indépendance de la part des manifestants. Le choix d'être français a été tranché à maintes reprises (référendum de 1946, de 1962 et 2003). Les Guadeloupéens ne demandent qu'une chose : l'ÉGALITE DES DROITS pour tous les Français, qu’ils soient de Métropole ou d’Outre Mer. Par ailleurs, l'indépendance ne se donne pas, elle se prend et se conquiert par les peuples, la Guadeloupe est française depuis 1635 !


3. Les Guadeloupéens ne sont ni xénophobes, ni racistes : ce sont les Békés qui vivent entre eux, se marient entre eux, travaillent entre eux en excluant les Antillais. D'ailleurs les Antillais sont tous plus ou moins métissés ! Vous ne trouverez aucun cadre de direction antillais dans les entreprises tenus par eux, les annonces d'emplois ne paraissent même pas en Guadeloupe, mais directement en France, via des cabinets de recrutement. Nous vivons et côtoyons les descendants d'esclavagistes et, à ce jour, les Antillais n'ont jamais eu l'attitude qu’eux ont envers nous.


4. Les manifestants demandent 200 euros d'augmentations pour les bas salaires : cette revendication est légitime. Comme je l'ai expliqué plus haut, les patrons antillais bénéficient de nombreuses aides qui leur permettent d'empocher de substantiels bénéfices. Ces aides venant de l’État se sont vous, nous, qui les payons pour enrichir des patrons qui exploitent les Antillais ! Le salaire d'un Antillais est de 20 % à 30 %, voir 50 %, inférieur à ceux proposés (à compétence égale) en métropole. Quand on sait que là bas tout coûte plus cher de 20 % à 30 % comment voulez vous que les gens s'en sortent ? Comment peut-on croire qu'avec un coût de production moins élevés et de telles majorations de prix les patrons Antillais prétendent ne pas pouvoir augmenter les salaires? Que vous ayez fait des études ou non, ont vous proposera le SMIC, les emplois sont rares les patrons en profitent pour sous payer leurs employés.


En conclusion : la fin du système néocolonial (exclusivité de la métropole et application stricte des lois de la République) et de l'exploitation, voilà ce que les Guadeloupéens demandent. Qu'on leur donne les moyens de travailler et de vivre de leur travail et non du RSA ou autre RMI. Qu'on arrête de donner des sommes exorbitantes, sans contrepartie, sans aucun contrôle à des patrons qui ne font que s'enrichir en exploitant le coté insulaire de la Guadeloupe et de ses habitants. Que les dites sommes servent à développer l'économie, à payer décemment les salariés pour qu'enfin l'économie de la Guadeloupe ne repose pas uniquement sur le tourisme. Que les abus soient réprimandés : fin du monopole de certaines familles qui empêchent la concurrence, veille des prix, contrôles serré des sommes envoyés par l'État et l'Europe, etc. L'État aurait tout à gagner à développer des partenariats avec les autres îles des Caraïbes (Puerto Rico, Saint-Domingue, Trinidad) ainsi qu’avec les autres continents, la Guadeloupe est à quatre heures de l'Amérique du Sud et à deux heures des USA.


Nous sommes des Français à part entière ! De grâce, cessez de nous comparer aux habitants des pays voisins (Haïti, Cuba, République Dominicaine, etc.) ! Aucun métropolitain n’aimerait qu'on lui balance à la figure qu'il doit être heureux et la fermer parce qu'il gagne plus et vit mieux qu'un Roumain ou qu'un Polonais. Nous ne sommes pas Cubain ni Haïtien mais Français comme vous et même depuis plus longtemps que certains d'entre vous !

En espérant que certains comprendront un peu mieux leurs compatriotes des Antilles et leur apporteront leur soutien dans cette lutte.

Cordialement. ÷

 

28.02.2009       Réagir à l'article :
 

HTML Web Counter