Ce n’est pas un secret de dire qu’à Cuba, l’action
visant à protéger la mémoire, la pensée, la personnalité du Général de GAULLE
qui a toujours refusé de rompre les liens avec Cuba, suscite une grande
admiration et un profond respect. Avec beaucoup d’émotion, Son Excellence,
Monsieur l’AmbassadeurRogelio SANCHEZ LEVIS prononce ces mots,
« C’est l’homme qui a résisté, qui a dit non à ceux qui nous ont bloqué
depuis cinquante ans. Au regard de l’Histoire, le
Général de GAULLE a eu une extraordinaire compréhension que le seul destin de
Cuba était celui de sa réelle indépendance ».
Avant la révolution de 1959.
Cuba n’a jamais été véritablement indépendant avant la
révolution de 1959 et l’arrivée au pouvoir de l’homme qui incarnait cette
révolution Fidel CASTRO. Depuis 1492, date à laquelle Christophe COLOMB a
découvert l’île de Cuba et en a pris possession au nom du Roi d’Espagne, Cuba a
été jusqu’en 1898 une colonie espagnole vouée à la culture de la canne à sucre.
Comme tous les autres peuples d’Amérique latine, le peuple cubain a très vite
ressenti un besoin de liberté et la volonté de s’émanciper du colonisateur
espagnol. La longue période coloniale fut ponctuée par des révoltes permanentes
et par deux guerres d’indépendance réprimées par les gouverneurs espagnols,
c’est au cours de la deuxième guerre d’indépendance que mourut au combat en
1895, le grand poète José MARTI fondateur du parti révolutionnaire cubain, chef
des partisans de l’indépendance et considéré comme « le libérateur par
excellence ».
En 1898, les Etats-Unis sous le prétexte officiel de venir
en aide aux insurgés cubains, déclaraient la guerre à l’Espagne et après une
victoire rapide, occupèrent militairement l’île pendant trois ans et en prirent
le contrôle économique. Si les Etats-Unis acceptaient en 1902 de retirer leurs
troupes de Cuba et lui accorder une indépendance toute théorique, ils imposaient
à la jeune république de Cuba au terme de « l’amendement PLATT », le
droit de conserver des bases navales dont Guantanamo. Jusqu’à 1959,
plusieurs présidents se succédèrent sous fond de scandales et d’injustices
sociales dont le dernier d’entre eux, le colonel BATISTA revenu au pouvoir par
un coup d’état en 1952, fut renversé à son tour le 1er janvier 1959
par une insurrection populaire dirigée par Fidel CASTRO, son frère Raul et un
révolutionnaire argentin qui devait devenir un véritable mythe, Che GUEVARA.
La politique extérieure de CUBA.
La possibilité d’établir une politique extérieure propre à
ses intérêts nationaux, s’est dessinée à Cuba à partir de 1959 pour la première
fois dans son histoire. La scène où Cuba aurait à déployer cette politique
indépendante, devait tenir compte de facteurs historiques, géographiques et
politiques. Le colonialisme espagnol avait duré presqu’un siècle. Pour son indépendance, Cuba avait du mener
des guerres sanglantes qui ont jeté les bases du processus d’intégration
nationale dans la société cubaine et ont également conditionné une attitude des
Etats-Unis vers lui. Il y a eu trois objectifs stratégiques des révolutionnaires
cubains depuis 1868, à savoir, l’indépendance nationale, l’identité culturelle
et la justice sociale. Les rapports de Cuba avec ses voisins du nord ont
toujours été paradoxalement maintenus jusqu’à aujourd’hui. Les Etats-Unis ont
fait irruption dans la guerre pour l’indépendance de Cuba quand les
révolutionnaires cubains étaient sur le point de remporter la victoire, après
avoir parié sur une guerre d’usure entre les deux parties pour concrétiser
leur rêve de faire tomber l’île entre leur main. Cuba a été la première
expérience néocolonialiste des Etats-Unis à l’échelle mondiale. Dans le
processus de changement de Cuba, le commandant Fidel CASTRO occupe une place
d’honneur, il a apporté son action à une cause partagée avec ce qu’il y a de
meilleur et de plus sain dans la société cubaine, il a promu son leadership sur
son exemple personnel et l’évidence de ses convictions, ses projets et ses
idées. Chacun des courants révolutionnaires qui sont à l’origine d’une direction
unique de la révolution présidée par Fidel CASTRO lors de la lutte contre la
tyrannie et ensuite à la prise de pouvoir ont fait des apports, des
contributions au développement de ce processus. Pour parvenir à comprendre le
degré de soumission de l’action politique officielle cubaine dans l’arène
internationale avant 1959, l’administration cubaine pour les relations
extérieures s’est nommée secrétariat d’état, c’est en juin 1959 qu’il a été
rebaptisé sous le nom de ministère des Affaires étrangères. Il n’a pas été
seulement un changement de nom, mais aussi une proclamation d’intention qui est
devenue une réalité en très peu de temps. Cuba avait assumé par lui-même la
direction de sa politique extérieure et envisageait d’établir des rapports sur
un pied d’égalité avec tous les pays sans distinction de système sociopolitique
ni idéologique. Selon l’ambassadeur Monsieur Rogelio
SANCHEZ LEVIS, « les grands objectifs de la politique extérieure du
début de la révolution étaient la défense de l’indépendance nationale, la
souveraineté et la sécurité de la nation, faire valoir son droit à
l’autodétermination, se doter de gouvernement et de système socioéconomique
décidés par ses citoyens. Protéger et envisager son identité culturelle et ses
valeurs sociopolitiques dans l’arène mondiale à la hauteur de son rôle en tant
que membre effectif de la société internationale ».
Les actions diplomatiques de Cuba.
A l’exception du Mexique et du Canada, les Etats-Unis ont
obligé la presque totalité des pays d’Amérique latine et des Caraïbes à rompre
les rapports diplomatiques dans les premières années de la révolution. La base
de la politique extérieure de Cuba de la révolution cubaine, est devenue un
instrument indispensable de ce processus profond de transformation sociale,
politique et économique, avec pour devises de l’action diplomatique
cubaine, le soutien des peuples opprimés, la défense de la paix mondiale,
la promotion des liens d’égalité et de respect mutuel.
L’indépendance et la souveraineté sont sacrées et ne sont
pas négociables.
L’isolement diplomatique, les campagnes médiatiques et les
discours menaçant des Etats-Unis n’ont pas réussi à détourner Cuba du schéma
déjà choisit en faveur de l’indépendance et de la justice sociale, il a démontré
qu’il pouvait parvenir à une croissance économique même sous un dure blocus et à
rééquilibrer ses liens commerciaux avec tout le monde sans avoir une puissance
de tutelle. Il a mobilisé la presque totalité de la communauté internationale
contre la politique de Washington, il a montré la capacité d’exiger à l’Europe
une relation respectueuse, parvenant à s’insérer totalement dans un cadre
géopolitique, ainsi que la volonté de renforcer ses relations avec le continent
européen, avec lequel existent des liens historiques et culturels très forts
représentant quarante pour cent des échanges commerciaux cubains, cinquante pour
cent de la mission de tourisme et plus de quarante cinq pour cent des
investissements étrangers à Cuba. Ce sont les principales lignes de l’action
diplomatique cubaine et en même temps une identification des sources
fondamentales de l’orientation de l’action internationale de ce processus de
transformation sociale, économique et politique qui a eu lieu à Cuba au cours
des cinquante ans.
Quel avenir pour Cuba ?
Aujourd’hui, le regard porté sur Cuba montre une réalité
complexe et sombre. Les Cubains ont perdu leur repères et attendent une vraie
transition qui semble difficile, l’espoir d’un changement politique à court
terme fait place à la crainte et au scepticisme sur ce qui pourrait améliorer
leur vie au quotidien. Cependant, la volonté du pouvoir
incarné par Raul CASTRO de s’émanciper progressivement sur la scène
internationale, existe.
A l’époque du Général de GAULLE, la convergence de
fond entre lui et Fidel CASTRO sur la notion d’indépendance nationale et la
critique de l’hégémonisme nord-américain a joué un rôle essentiel dans la mise
en place d’une coopération au niveau économique, culturel, technique et
scientifique.Aujourd’hui, il s’agit de faire évoluer les
relations franco-cubaines au sein de l’Union
européenne dont l’Amérique latine est devenue une des priorités économiques et
commerciales. La France peut y jouer un grand rôle tant sur le plan d’un
dialogue approfondi avec ses partenaires européens que sur sa politique
d’ouverture Nord-Sud.