L’EURO: QUOUSQUE TANDEM

COMPTE-RENDU DU DÎNER-DEBAT DU 22 JANVIER 2009

S.E.M Rogelio SANCHEZ LEVIS

ambassadeur de la République de Cuba

CUBA 1959-2009

Par  Christine ALFARGE

 

« CONNAÎTRE CUBA, C’EST CONNAÎTRE SON HISTOIRE »

 

Un profond sens de l’Histoire.

Ce n’est pas un secret de dire qu’à Cuba,  l’action visant à protéger la mémoire, la pensée, la personnalité du Général de GAULLE qui a toujours refusé de rompre les liens avec Cuba, suscite une grande admiration et un profond respect. Avec beaucoup d’émotion, Son Excellence, Monsieur l’Ambassadeur Rogelio SANCHEZ  LEVIS prononce ces mots, « C’est l’homme qui a résisté, qui a dit non à ceux qui nous ont bloqué depuis cinquante ans. Au regard de l’Histoire, le Général de GAULLE a eu une extraordinaire compréhension que le seul destin de Cuba était celui de sa réelle indépendance ».

Avant la révolution de 1959.

Cuba n’a jamais été véritablement indépendant avant la révolution de 1959 et l’arrivée au pouvoir de l’homme qui incarnait cette révolution Fidel CASTRO. Depuis 1492, date à laquelle Christophe COLOMB a découvert l’île de Cuba et en a pris possession au nom du Roi d’Espagne, Cuba a été jusqu’en 1898 une colonie espagnole vouée à la culture de la canne à sucre. Comme tous les autres peuples d’Amérique latine, le peuple cubain a très vite ressenti un besoin de liberté et la volonté de s’émanciper du colonisateur espagnol. La longue période coloniale fut ponctuée par des révoltes permanentes et par deux guerres d’indépendance réprimées par les gouverneurs espagnols, c’est au cours de la deuxième guerre d’indépendance que mourut au combat en 1895, le grand poète José MARTI fondateur du parti révolutionnaire cubain, chef des partisans de l’indépendance et considéré comme « le libérateur par excellence ».

En 1898, les Etats-Unis sous le prétexte officiel de venir en aide aux insurgés cubains, déclaraient la guerre à l’Espagne et après une victoire rapide, occupèrent militairement l’île pendant trois ans et en prirent le contrôle économique. Si les Etats-Unis acceptaient en 1902 de retirer leurs troupes de Cuba et lui accorder une indépendance toute théorique, ils imposaient à la jeune république de Cuba au terme de « l’amendement PLATT », le droit de conserver des bases navales dont Guantanamo. Jusqu’à 1959, plusieurs présidents se succédèrent sous fond de scandales et d’injustices sociales dont le dernier d’entre eux, le colonel BATISTA revenu au pouvoir par un coup d’état en 1952, fut renversé à son tour le 1er janvier 1959 par une insurrection populaire dirigée par Fidel CASTRO, son frère Raul et un révolutionnaire argentin qui devait devenir un véritable mythe, Che GUEVARA. 

La politique extérieure de CUBA.

La possibilité d’établir une politique extérieure propre à ses intérêts nationaux, s’est dessinée à Cuba à partir de 1959 pour la première fois dans son histoire. La scène où Cuba aurait à déployer cette politique indépendante, devait tenir compte de facteurs historiques, géographiques et politiques. Le colonialisme espagnol avait duré presqu’un siècle. Pour son indépendance, Cuba avait du mener des guerres sanglantes qui ont jeté les bases du processus d’intégration nationale dans la société cubaine et ont également conditionné une attitude des Etats-Unis vers lui. Il y a eu trois objectifs stratégiques des révolutionnaires cubains depuis 1868, à savoir, l’indépendance nationale, l’identité culturelle et la justice sociale. Les rapports de Cuba avec ses voisins du nord ont toujours été paradoxalement maintenus jusqu’à aujourd’hui. Les Etats-Unis ont fait irruption dans la guerre pour l’indépendance de Cuba quand les révolutionnaires cubains étaient sur le point de remporter la victoire, après avoir parié sur une guerre d’usure  entre les deux parties pour concrétiser leur rêve de faire tomber l’île entre leur main. Cuba a été la première expérience néocolonialiste des Etats-Unis à l’échelle mondiale. Dans le processus de changement de Cuba, le commandant Fidel CASTRO occupe une place d’honneur, il a apporté son action à une cause partagée avec ce qu’il y a de meilleur et de plus sain dans la société cubaine, il a promu son leadership sur son exemple personnel et l’évidence de ses convictions, ses projets et ses idées. Chacun des courants révolutionnaires qui sont à l’origine d’une direction unique de la révolution présidée par Fidel CASTRO lors de la lutte contre la tyrannie et ensuite à la prise de pouvoir ont fait des apports, des contributions au développement de ce processus. Pour parvenir à comprendre le degré de soumission de l’action politique officielle cubaine dans l’arène internationale avant 1959, l’administration cubaine pour les relations extérieures s’est nommée secrétariat d’état, c’est en juin 1959 qu’il a été rebaptisé sous le nom de ministère des Affaires étrangères. Il n’a pas été seulement un changement de nom, mais aussi une proclamation d’intention qui est devenue une réalité en très peu de temps. Cuba avait assumé par lui-même la direction de sa politique extérieure et envisageait d’établir des rapports sur un pied d’égalité avec tous les pays sans distinction de système sociopolitique ni idéologique. Selon l’ambassadeur Monsieur Rogelio SANCHEZ LEVIS, « les grands objectifs de la politique extérieure du début de la révolution étaient la défense de l’indépendance nationale, la souveraineté et la sécurité de la nation, faire valoir son droit à l’autodétermination, se doter de gouvernement et de système socioéconomique décidés par ses citoyens. Protéger et envisager son identité culturelle et ses valeurs sociopolitiques dans l’arène mondiale à la hauteur de son rôle en tant que membre effectif de la société internationale ».  

Les actions diplomatiques de Cuba.  

A l’exception du Mexique et du Canada, les Etats-Unis ont obligé la presque totalité des pays d’Amérique latine et des Caraïbes à rompre les rapports diplomatiques dans les premières années de la révolution. La base de la politique extérieure de Cuba de la révolution cubaine, est devenue un instrument indispensable de ce processus profond de transformation sociale, politique et économique, avec pour devises de l’action diplomatique cubaine,  le soutien des peuples opprimés, la défense de la paix mondiale, la promotion des liens d’égalité et de respect mutuel.

L’indépendance et la souveraineté sont sacrées et ne sont pas négociables.   

L’isolement diplomatique, les campagnes médiatiques et les discours menaçant des Etats-Unis n’ont pas réussi à détourner Cuba du schéma déjà choisit en faveur de l’indépendance et de la justice sociale, il a démontré qu’il pouvait parvenir à une croissance économique même sous un dure blocus et à rééquilibrer ses liens commerciaux avec tout le monde sans avoir une puissance de tutelle. Il a mobilisé la presque totalité de la communauté internationale contre la politique de Washington, il a montré la capacité d’exiger à l’Europe une relation respectueuse, parvenant à s’insérer totalement dans un cadre géopolitique, ainsi que la volonté de renforcer ses relations avec le continent européen, avec lequel existent des liens historiques et culturels très forts représentant quarante pour cent des échanges commerciaux cubains, cinquante pour cent de la mission de tourisme et plus de quarante cinq pour cent des investissements étrangers à Cuba. Ce sont les principales lignes de l’action diplomatique cubaine et en même temps une identification des sources fondamentales de l’orientation de l’action internationale de ce processus de transformation sociale, économique et politique qui a eu lieu à Cuba au cours des cinquante ans.

Quel avenir pour Cuba ?

Aujourd’hui, le regard porté sur Cuba montre une réalité complexe et sombre. Les Cubains ont perdu leur repères et attendent une vraie transition qui semble difficile, l’espoir d’un changement politique à court terme fait place à la crainte et au scepticisme sur ce qui pourrait améliorer leur vie au quotidien. Cependant,    la volonté du pouvoir incarné par Raul CASTRO de s’émanciper progressivement sur la scène internationale, existe.

A l’époque du Général de GAULLE, la convergence de fond entre lui et Fidel CASTRO sur la notion d’indépendance nationale et la critique de l’hégémonisme nord-américain a joué un rôle essentiel dans la mise en place d’une coopération au niveau économique, culturel, technique et scientifique. Aujourd’hui, il s’agit de faire évoluer les relations franco-cubaines au sein de l’Union européenne dont l’Amérique latine est devenue une des priorités économiques et commerciales. La France peut y  jouer un grand rôle tant sur le plan d’un dialogue approfondi avec ses partenaires européens que sur sa politique d’ouverture Nord-Sud.

 

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19.02.2009

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