par
Jacques Myard,
député, président du Cercle
Nation et République
Une
crise en cache malheureusement une autre. S’il est légitime que les politiques
et les économistes aient grandement focalisé leur attention sur la crise
financière internationale, dont l’ampleur est inédite, ils doivent cependant
ouvrir les yeux et prendre en compte la nouvelle crise qui s’annonce: le choc
asymétrique au sein de la zone euro. Contrairement à la vérité officielle
assénée lors de la mise en place de l’euro, les économies des États membres de
l’Union européenne, loin de converger, divergent. En
effet, depuis des années, la Banque Centrale Européenne a « calé » sa politique
monétaire sur la situation de l’Allemagne, économie dominante de la zone euro.
Première exportatrice mondiale, la puissance allemande a tiré l’euro vers le
haut. Ces dernières années, la monnaie européenne s’est appréciée au delà du
raisonnable à l’égard de toutes les monnaies internationales, dollar, yuan, yen,
mettant en péril la compétitivité de nombreuses économies des États de la zone
euro, ce qui explique en grande part leur faible croissance
économique.
Un
récent rapport du rapport du Conseil d’analyse économique1 démontre que selon le
modèle Orex, une appréciation de 10 % de l’euro par
rapport à toutes les monnaies coûte environ 1,1 point de PIB à la zone euro au
bout d’un an. Selon le modèle Nigem, la perte de PIB
serait d’un point de PIB au bout de deux ans et de1,5 à
2 points après quatre ans. La situation de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce
ne cesse de se détériorer. La Grèce a vu ses obligations d’État être dégradées et notées A- ,
l’écart avec les obligations allemandes atteignant un record historique de 253
points de base. Quant à l’Espagne et au Portugal, leurs déficits commerciaux
s’élèvent à 10 % de leur PIB, du jamais vu ! Cette situation désastreuse était
cependant prévisible dès lors que l’euro est une monnaie parfaite pour un monde
parfait, qui n’existe pas, comme je l’avais fait remarqué à Jean-Claude Trichet,
alors gouverneur de la Banque de France, lors de la mise en place de
l’euro.
Aujourd’hui,
face à un développement aussi asymétrique des économies des États au sein de la
zone euro, l’alternative est simple. Selon une première hypothèse, les États
riches, essentiellement l’Allemagne et, dans une moindre proportion la France,
aident massivement et surtout durablement les États en situation de déficit
structurel pour qu’ils puissent faire face. Il s’agit là d’une hypothèse bien
connue des économistes : une Union monétaire entre économies asymétyriques conduit inéluctablement à une sorte d’union de
tranferts des plus riches vers les plus pauvres, même
si, en l’occurrence, les traités n’ont prévu aucune disposition à cette fin. Ce
fut, notamment, le cas de la Tchécoslovaquie, morte le jour où la riche Tchéquie
se refusa à payer pour la Slovaquie. Lorsque l’on sait les négociations épiques
entre États européens lors de l’élaboration des perspectives budgétaires de
l’Union, qu’il nous soit permis de douter de la
volonté des plus riches, eux-mêmes plongés dans la tourmente économique,
d’accepter de payer!
La
deuxième choix, plus réaliste, est celui qui prévalut pour la Grance-Bretagne en 1992. Financièrement acculée, elle sortit
du Système monétaire européen, l’ancêtre de l’euro. En l’occurence, le risque d’une sortie de l’euro est bien ce qui
se profile pour l’Espagne, le Portugal et la Grèce malgré toutes les
déclarations officielles tonitruantes sur le mode du jadis « nous ne dévaluerons
pas... ». Mais une troisième possibilité doit être envisagée en dernier ressort.
Si la solution ne vient pas des États les plus faibles, il se pourrait que
l’Allemagne choisisse de sortir de l’euro. Une telle perspective bouleverserait
évidemment dans ses fondements non seulement économiques mais aussi politiques
le système mis en place au moment de la création de l’euro. Est-ce là une
hypothèse si farfelue? Une chose est certaine, la cohabitation entre
l’Allemagne, économie dominante de la zone euro, et les États à économies
faibles ne peut perdurer, et ce d’autant moins que les pays riches ne sont pas prêts à allouer aux pays faibles des crédits
massifs et de manière durable.
1
Jusqu’à quand? selon la fameuse apostrophe de Cicéron à
Catilina « Quousque tandem abutere, Catilina, patientianostra?
»
2
Politique de change de l’euro par Michel Didier, Agnès Bénassy-Quéré, Gilles Bransbourg
et Alain Henriot, 16.12.2008