par
Gilles Bachelier, Étienne Tarride et Paul
Violet
Les élections européennes sont
toujours difficiles pour les partis. Elles n’ont en effet aucune influence
directe sur le gouvernement du pays ou des instances locales et ne suscitent
guère de passion chez les citoyens. Ces élections ressemblent plutôt à un
referendum, mais un referendum ambigu. Tout se passe comme si les français
étaient appelés à voter en même temps oui ou non au pouvoir en place et oui ou
non à l’Europe de Bruxelles. Personne ne saurait par conséquent être surpris que
les résultats soient équivoques.
Les Gaullistes de Gauche ont
pourtant vocation à prendre clairement position quant à ces élections qui
peuvent leur permettre de lever une équivoque et d’affirmer une position. Lever
l’équivoque d’abord. Si nous sommes des adversaires résolus de l’anti-Europe de
Bruxelles, notre opposition est fondamentalement différente de celle qui anime
ceux qui se nomment « souverainistes » et qui sont en fait de purs
nationalistes. Si la France, même seule, a vocation à jouer un rôle utile dans
le monde, l’indépendance nationale ne se confond nullement avec l’isolement
diplomatique et militaire et l’autarcie. Jamais de Gaulle n’a commis une telle
confusion, et il nous appartient de rappeler que c’est lui qui a permis à la
France d’entrer dans l’Europe du traité de Rome, même s’il en fut l’héritier et
non le signataire. De Gaulle refusait un gouvernement Européen supranational, il
affirmait que les nations européennes devaient conserver la possibilité de
prendre sans entraves les décisions essentielles, il ne récusait en aucune
manière des formes approfondies de coopération garanties le cas échéant par des
mécanismes juridiques pouvant aller jusqu’à la contrainte.
Il est certain que l’action de
Nicolas Sarkozy pendant sa présidence européenne a pu donner des satisfactions à
des nationalistes. Il a, de fait, tenté de démontrer, et le plus souvent comme
dans l’affaire de Géorgie en jouant la mouche du coche, que l’Europe était la
France en grand. Cette conception nous apparaît infiniment plus dangereuse que
prometteuse, et lourde d’une menace de pouvoir personnel incontrôlable. Formuler
des propositions est essentiel. Notre opposition à l’anti-Europe de Bruxelles
est fondée d’abord sur le fait que cette pseudo Europe institutionnelle ne peut
survivre que dans un cadre économique ultra-libéral. Que cela soit inscrit dans
les traités ou ne le soit pas ne change rien au fait que l’anti-Europe telle
qu’elle est aujourd’hui conçue a pour finalité la concurrence libre et non
faussée, ce qui fait des salaires et des charges sociales la seule variable
d’adaptation à la disposition des chefs d’entreprises. Ce type de fonctionnement
était dangereux naguère, il est aujourd’hui mortel du fait de la mondialisation
de l’économie que l’Europe de Bruxelles approuve et soutient au sein de l’OMC. La libre circulation des capitaux est largement à
l’origine de la crise actuelle, elle sera à l’origine des crises à venir si elle
subsiste. Les principaux objectifs que doivent se fixer les partisans d’une
vraie Europe devraient donc être :
- le rétablissement d’un
contrôle des changes aux frontières de l’Europe ;
- la mise en place d’une
harmonisation fiscale et sociale en Europe, tâche certes de longue haleine mais
qu’il est
condamnable de différer en permanence. Seuls les
gouvernements élus des nations peuvent s’attacher à ces actions positives, une
commission centrale, quels que soient ces pouvoirs n’en n’a pas les moyens, et
ne les aura jamais.
Nous ne pouvons être d’accord,
sur les questions européennes, ni avec l’UMP, ni avec
la majorité du Parti Socialiste, l’un et l’autre favorable au traité de
Lisbonne. Nous récusons comme nous l’avons indiqué route confusion avec les
nationalistes, même appelés souverainistes. Nous savons
mieux que personne que ce désaccord avec les deux formations dominantes nous
ouvre peu de perspectives à court terme. Nous tenons néanmoins à saisir l’une
des rares occasions ou il est question d’Europe pour exprimer nos
positions.