« FACE à LA CRISE »

OÙ EST LA VOIX DE LA FRANCE ?

 

par Luc Beyer de Ryke

 

Nicolas Sarkozy est-il le nouveau Bonaparte ? C’est ainsi que le présente Alain Duhamel dans un livre très commenté. La taille, le verbe tour à tour impérieux et cajoleur, le culte de l’action, l’art de déconcerter l’adversaire et de lui faire vider les étriers sont autant de qualités qui pourraient donner raison au magister un peu redondant qu’est Alain Duhamel. À ce portrait répond celui que me traçait Hubert Védrine : « Sarkozy est un avocat d’affaires à l’américaine. Intelligent, pragmatique, il ouvre un dossier, le traite, le conclut. Bien ou mal. Il le range et se saisit d’un autre mais il ne relie pas le second au premier. Il lui manque une vision d’ensemble. » Ce n’est pas mal vu.

 

Le volontarisme de l’homme s’accompagne d’une grande adaptabilité. Tel le roseau de la fable, il plie mais ne rompt pas. Quand il ne renverse pas l’obstacle, il le contourne. Il brûle ce qu’il a adoré et adore ce qu’il a brûlé. Notre ami Jacques Dauer rapportait comment le jeune Sarkozy faisait bon marché du Général de Gaulle. Et un éditorialiste peu bienveillant à son égard rappelait l’autre jour que Sarkozy, ardent et frémissant d’ambition, voulait faire disparaître la Croix de Lorraine du bonnet phrygien en honneur au parti gaulliste de l’époque parce que « c’était ringard ». Mais c’est le même Sarkozy qui, dans sa dernière intervention télévisée, se réclame du Général avec admiration. Mieux, il trouve dans le volet social de son exposé des accents qui évoquent l’Association Capital-Travail chère aux gaullistes de tradition.

 

La vie n’est jamais manichéenne. La vie ce sont les hommes, leur action et les mobiles qui l’inspirent. N’étant pas économiste moi-même, je me garderai de trancher à propos du discours sarkozyen. Il y a les intentions proclamées, y répondent en contrepoint les réalités faites trop souvent d’injustices majeures. On peut s’étonner également du mutisme du chef de l’État à propos de la situation en Guadeloupe et en Martinique. Il arrivait au Général de Gaulle de répondre « à la question qui ne m’a pas été posée… ».

 

La France aphone… Il en est une autre non formulée dont je m’étonne et, l’avouerai-je, dont je m’indigne. La France a-t-elle été rendue aphone devant ce qui s’est déroulé à Gaza ? Aphone ? Je m’égare. À la veille du déclanchement attendu et annoncé de l’opération « Plomb durci », la France loin d’être aphone a donné de la voix dans les cénacles de l’Union européenne. Une voix qui était celle du French Doctor, puisque le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a plaidé avec fougue en faveur du « rehaussement » des relations avec Israël. Il fut entendu…

 

Mais une fois l’opération déclanchée, meurtrière, dévastatrice, il renonça sans se faire prier à envoyer un navire-hôpital à Gaza. « Ce n’est pas la peine, explique-t-il, puisque les Israéliens ne l’autoriseront pas à aborder. Nous n’avons pas davantage entendu la voix de la France lorsque des chirurgiens français, spécialistes de la chirurgie vasculaire, ont été bloqué plusieurs jours durant au point de passage de Eretz. La France avait envoyé une station d’épuration d’eau. Pas question ont signifié les israéliens. D’où retour à l’envoyeur. Seule manifestation d’un mécontentement mesuré : l’affaire de l’ambassadeur de France bloqué durant six heures avec un convoi humanitaire. Toujours à Eretz. Lorsque, enfin, le convoi put s’ébranler il essuya des tirs de Tsahal.

 

L’ambassadeur d’Israël à paris fut convoqué pour s’entendre dire que cela ne se faisait pas ! Si la France ne parle pas – ou alors si peu – par contre elle paie. Le port de Gaza a déjà été inauguré trois fois ! Et trois fois payé par le contribuable français après avoir été détruit par Israël. Lesquels contribuables mettront à nouveau la main au portefeuille, cette fois pour reconstruire l’hôpital El Qods à Gaza. N’est-il pas temps de dire haut et fort que les casseurs doivent être les payeurs ! Au-delà des slogans, au-delà des sensibilités diverses n’est-il pas temps d’exiger que la France se fasse respecter au lieu d’être humiliée. Nicolas Sarkozy ressemble-t-il à Napoléon Bonaparte ? On en doute mais on se prendrait, presque, à l’espérer.

 

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19.02.2009

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