AFGHANISTAN, PAKISTAN,

COMPTE-RENDU DU  DÎNER-DEBAT DU 26 NOVEMBRE 2008

 

En présence de monsieur Jacques COTTA

Journaliste, écrivain et réalisateur de télévision

 

Enquête sur les privilégiés de la société française

 

Par Christine ALFARGE

 

 

 

Les privilégiés de la société française, une catégorie sociale que nous  connaissons assez mal car elle vit dans un autre monde que le nôtre. Elle comprend les plus grosses fortunes de l’hexagone, possède une influence énorme sur les milieux politiques de droite comme de gauche et sur les médias dont ses membres sont souvent les propriétaires, médias dont la ligne éditoriale est fixée en fonction de leurs puissants intérêts privés. Selon Jacques COTTA, « la question sociale concentre la question de la république » et c’est ce qu’il a voulu exprimer dans son livre « riches et presque décomplexés ». De la question sociale découle la capacité de vivre ensemble ou pas, découle la question de notre organisation, découle évidemment la question centrale de la démocratie et du mode de pouvoir que nous pouvons avoir pour régir tout cela.

 

Partir de la réalité.

 

La crise financière qui secoue actuellement la planète en marquant l’échec de l’ultralibéralisme basé sur la spéculation, remet toutefois en cause les politiques suivies avec zèle depuis plus de trente ans. La logique voudrait qu’un nouveau cycle s’ouvre, celui du retour de l’état dans l’économie et la redécouverte des mérites des doctrines keynésiennes, seul l’état est en effet capable de réguler l’économie et d’être le garant de la justice et du progrès social.

 

La finance est le moteur de l’économie réelle.

 

Tout d’abord, le seul mérite de cette crise financière, si l’on peut s’exprimer ainsi est d’avoir permis l’ouverture d’un débat sur le fonctionnement de la finance mondiale. Sous l’impulsion du Président de la République, une grande conférence internationale, le G20, a été conduite afin de dresser le constat de l’économie mondiale actuelle. Etant donné l’absence de régulation mondiale, l’instant est venu de remettre à plat le système financier mondial en établissant des règles de la même manière que l’organisation mondiale du commerce fixe des règles pour les échanges internationaux de marchandises. Dans une démocratie digne de ce nom où règne l’économie de marché, il doit y avoir de la transparence et une redistribution équitable de la richesse créée, qui impose à chaque état de repenser globalement la distribution de richesse avec le reste du monde.

 

La relance doit être suivie d’une redistribution des revenus.

 

L’action politique reste déterminante et passe comme nous le voyons aujourd’hui par un choix conjoncturel de relance budgétaire tout en restant fidèle à la tradition colbertiste et industrialiste de l’Etat cher au général de GAULLE. Cependant, une recapitalisation publique auprès des banques est  nécessaire et vitale pour notre système financier dont dépend l’économie réelle, notamment l’obligation faite aux organismes d’ouvrir le crédit, bouffée d’oxygène des ménages. Mais quelles garanties avons-nous pour les sommes versées aux banques ? Que pouvons-nous craindre ? Lorsque l’état donne aux banques, sans contre partie actionnariale pour sauver le système, il doit pouvoir en sortir.

 

La répartition entre le capital et le travail.

 

Depuis 1983, douze pour cent de la richesse produite qui devait aller au travail a été pris par le capital pour rémunérer essentiellement les actionnaires. Selon Jacques COTTA, « Ce chiffre de l’Insee est intéressant parce qu’il met directement en relation l’accumulation de richesses à un pôle dans les mains d’une minorité et la paupérisation à un autre qui touche les couches les plus basses mais également les couches moyennes qui sont entraînées vers le bas ».

Cette réflexion sur l’étalement des richesses pose une question d’éthique sociale et politique. A partir des années 80, on assiste à un désengagement de l’Etat ou plus exactement à une réorientation de son rôle. La politique économique dont le  financement des entreprises reposait sur le système bancaire, se tourne désormais vers une finance de marché s’accompagnant de réformes, visant une allocation plus efficace des ressources. Les marchés financiers ont-ils vraiment donné confiance au regard des crises financières successives des années 90 et des scandales financiers comme Enron au début des années 2000. Cette transformation de l’économie visant à intégrer les marchés des biens et du capital a en réalité compliqué la gestion des entreprises entre les actionnaires, les dirigeants des entreprises rémunérés en stocks options et les salariés. Aujourd’hui, toutes les richesses semblent spoliées à l’avance par le jeu des valeurs boursières auquel se livre les dirigeants d’entreprises, malheureusement dans des opérations à risques ou parfois frauduleuses.

 

Le marché est-il toujours un moyen efficace d’allocation des ressources ?

 

Selon Jacques COTTA, « le deuxième élément concerne les 3500 foyers les plus riches (0,01% des foyers français) qui ont eu un accroissement de leur patrimoine dans les sept dernières années de 5,6% en moyenne par an. Les 31,5 millions foyers les moins riches (90% des foyers) ont eu un accroissement de leur patrimoine de 0,4% par an dans les sept dernières années. C’est la concrétisation des 12% précédents, concernant l’accumulation des richesses à un pôle et la paupérisation à un autre  ». Le CAC 40 a fait cent milliards d’euros de bénéfice durant les deux dernières années, les actionnaires du CAC 40 se sont vus redistribuer directement 40% des bénéfices qui n’ont pas été réinvestis. Le débat sur le pouvoir des actionnaires est centré sur la place des investisseurs institutionnels, sociétés d’assurances ou fonds de pension. Leurs logiques sur les marchés d’actions, sont principalement des logiques de moyen terme. Leur jugement sur la valeur d’une entreprise est basé sur ses résultats.

Avec la globalisation des échanges et des marchés financiers, les entreprises françaises ou européennes connaissent une pression constante qui consiste à fixer comme objectif premier aux sociétés d’augmenter sans cesse la valeur de sa capitalisation boursière. Mais il n’y a pas de garantie pour l’avenir, privilégier la capitalisation boursière et augmenter le pouvoir des actionnaires, ce serait privilégier le court terme aux dépens du long terme et de ce fait empêcher le développement de produits nouveaux et confronter le capital humain de l’entreprise à des licenciements boursiers massifs. 

 

Dans ces conditions, comment satisfaire les besoins sociaux ?

 

Quelles réformes seraient nécessaires pour que le marché puisse donner lieu à une répartition équitable des richesses ? Cela implique forcément un retour du politique dans l’économique de façon à réorienter les décisions économiques en faveur des besoins sociaux. L’entreprise ne doit pas être gérée seulement dans l’intérêt de ses actionnaires mais dans l’intérêt de toutes les parties prenantes en premier lieu, les salariés. Leur représentation au sein du conseil d’administration

doit peser sur les pratiques financières pouvant conduire notamment à une forme de socialisation d’une partie du capital boursier.  

 

« Il faut prendre les choses comme elles sont car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités » dans le contexte actuel, cette phrase du Général de GAULLE résume exactement les actions qu’il aurait pu mener pour redresser la situation économique tant sur le plan des équilibres économiques et financiers entre les Etats que sur une réforme du capitalisme qu’il ne concevait que fortement encadré par la puissance publique avec pour ambition la  Participation  des salariés des entreprises au capital.

 

 

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14.01.2009

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