DEBUSHER L’AMERIQUE

COMPTE-RENDU DU DÎNER-DEBAT DU 17 DECEMBRE 2008

En présence de monsieur Jacques MYARD

Député-maire de Maisons-Laffitte, Membre de la commission des Affaires étrangères

La crise financière, pour le retour des États

 

Par Christine ALFARGE

 

« J’ai toujours pensé qu’il y avait dans cette nation française qui s’est forgée depuis des siècles, la volonté de ne pas subir, de demeurer indépendante sans pour autant édifier des murailles de Chine entre elle et le monde car elle a toujours participé au concert des nations. » En prononçant ces mots, monsieur Jacques MYARD résume à la fois tout ce qui appelle à la dignité d’un pays en ne cessant jamais de s’ouvrir sur le monde, comme la France l’a toujours su.   

Celui qui a toujours honoré ses convictions gaullistes, estime que sur de nombreux sujets, nous sommes à un tournant qui mérite que l’on s’arrête notamment par rapport à la crise financière sur un certain nombre d’observations accumulées depuis plusieurs mois dont il nous en propose le contenu et l’analyse.       

La crise financière est un vaste sujet.

Quelle est la nature de cette crise ? Il faut bien comprendre que c’est une crise transnationale du système bancaire international, ce n’est pas dans ses débuts, une crise monétaire, mais elle peut le devenir. Il y a trois causes principales dont l’origine est antérieure car ce sont des causes conceptuelles voir idéologiques. Pendant de nombreuses années, on a voulu ériger une barrière entre le politique et l’économique, c’est une volonté qui a cheminé vers une logique libérale anglo-saxonne mais ce n’est pas dans la tradition française de vouloir déconnecter tout ce qui est économique du politique. L’activité économique n’est pas isolée de l’ordre social, elle doit pouvoir s’appuyer sur la moralité, la justice et la bienveillance de l’Etat lorsqu’il intervient dans les devoirs régaliens.  

Que s’est-il réellement passé ?

Tout a commencé avec la décision de Nixon le 15 août 1971 de déconnecter le dollar de l’or afin de mettre un terme à une contrainte monétaire sur le politique,   tout le monde étant mis devant le fait accompli. En mars 1973, on laisse flotter la monnaie ce qui laisse penser que l’on est loin de la crise, mais conceptuellement on est dans cette volonté de dire « la monnaie d’un côté, le politique de l’autre ».

L’indépendance de la Banque de France.

C’est le deuxième concept consacré au moment de Maastricht, l’idée que la monnaie serait une valeur qui ne doit pas être dans les mains des politiques. Reprenant la théorie anglo-saxonne, on érige le principe fondamental de l’indépendance de la Banque de France, au même moment on  abandonne toute volonté de diriger un certain nombre d’investissements et de les contrôler. Il en va de même pour la préférence communautaire, c’est le laisser passer, le laisser faire total. L’économie, que ce soit pour la monnaie, que ce soit pour les échanges, devient indépendante loin des contraintes politiques.

La faillite des contrôles prudentiels.

Le troisième point important qui s’est produit ces dernières années, c’est la faillite des contrôles prudentiels, selon Jacques MYARD « c’est la faillite de nos banques centrales et de nos autorités financières car il ne faut jamais oublier que dans l’article 105 du traité de Maastricht, le système des banques centrales doit veiller à l’application de critères prudentiels, ce qui n’a jamais été fait ». Ce qui rentre également dans les mesures techniques qui a permis à la machine financière de s’emballer, c’est la possibilité pour des sociétés industrielles, de service, d’intervenir sur le marché monétaire, de gagner de l’argent en plaçant leur trésorerie au jour le jour car si l’on prend actuellement un certain nombre de sociétés type Renault ou autres, elles peuvent avoir dans leur bilan plus de profit en ayant placé de l’argent qu’en ayant vendu leurs produits.

Les causes techniques.

Principale cause, une crise hypothécaire qui s’est développée aux Etats-Unis ces dernières années avec un hyper endettement des ménages américains et un marché qui devait monter avec des techniques très sophistiquées comme le phénomène de titrisation introduit dans les années 1985 à 1990, une méthode, une sorte de bilan. Ce qui a caractérisé les années précédentes avant la crise c’est qu’il n’y a pas simplement une titrisation, il y a une titrisation en chaîne très complexe. « En 2004, contre l’avis du gouvernement français, on a accepté  les nouvelles normes comptables américaines gérées à Washington par un organisme complètement indépendant sous forme d’association privée d’experts comptables qui s’est véritablement imposée dans le monde entier contre l’avis de la France, contre l’avis du secteur bancaire » , souligne Jacques MYARD, mais nos partenaires européens ont fait bloc contre la France pour que l’on adopte ces normes comptables, ce qui conduisit naturellement à se voir imposer l’interprétation de ces normes par les américains. Effectivement ces normes comptables ont fonctionné comme une spirale à la baisse continue car pour les sociétés ou les banques, il s’agissait d’évaluer l’actif de la banque en fonction du prix du marché et quand il n’y a plus de marché, tout s’écroule.

La dérive éthique.

La cupidité des courtiers et des banquiers qui veulent gagner immédiatement de l’argent en étant capables de prendre tous les risques représente véritablement un problème. De même que la consanguinité du système entre les contrôlés et les contrôleurs en France comme ailleurs où en réalité ce ne sont pas les contrôleurs qui sont supérieurs aux contrôlés, mais l’inverse car les gens de la haute administration qui ont la charge de contrôler se ménagent bien souvent la possibilité de se retrouver dans le privé. C’est la faillite du politique.

La paralysie du système bancaire.

Lorsque le système bancaire est bloqué, c’est la paralysie de l’économie réelle. Cette crise est déjà extrêmement brutale dans les pays anglo-saxons surtout aux Etats-Unis et en Chine où il n’y a pas d’amortisseurs sociaux par rapport aux licenciements immédiats contrairement à la France. En revanche, il va y avoir des conséquences durables sur les relations internationales, selon Jacques MYARD « Il y aura un abaissement certain et continu de la puissance américaine. Dans la sortie d’un rapport, les américains eux-mêmes font l’analyse un peu avant la crise de ce qui va se passer pour leur pays d’ici à 2025, tout en restant une grande puissance, ils savent qu’il y en aura d’autres. Il faudra également tenir compte de la fragilité grandissante de l’économie chinoise fondée sur une croissance forte à deux chiffres, vendant essentiellement aux Etats-Unis ».

Assistons-nous à une relance keynésienne ?

Les plans nationaux privilégient la relance par l’offre, « c’est effectivement sur les investissements que doit se faire la relance et non pas sur la demande qui tire tout de suite sur les importations », précise Jacques MYARD. Il faut promouvoir l’entrepreneur sur le spéculateur selon le souhait du Président de la République.

Quel est l’impact sur les plans ?

Il faut réformer à moyen terme les normes comptables, les européens doivent européaniser toutes les normes comptables, ensuite il y a des critères prudentiels à appliquer, les autorités bancaires doivent contrôler ce que font les banques, mettre en place des agences de notation, contrôler les fonds spéculatifs.

L’avenir appartient aux nations qui ont de la cohésion interne, un projet politique et une vision capable d’imposer des choix industriels. En son temps, l’économie était omniprésente dans la pensée du Général de GAULLE, il écrivait ces mots « Tel industriel, puissamment outillé, se ruine pour avoir méconnu l’état du marché ».

 

 

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14.01.2009

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