DEBUSHER L’AMERIQUE

UN PLAN DE RELANCE DE L’ECONOMIE SUR UN LIT DE REFORMES

 

 Par Paul KLOBOUKOFF

            Les annonces et/ou les réalisations de réformes, de petits et plus grands changements, d’actions, d’aides, de projets, l’adoption de budgets, de lois et d’autres mesures se succèdent et s’entremêlent sans trêve, avec des répétitions, des reculs et des contradictions. Cela ne facilite pas l’appréciation de la politique du gouvernement.

            Pour analyser le plan de relance, il est bon de le mettre en perspective avec les principaux évènements et actes gouvernementaux qui l’ont précédé en 2007 et 2008 : les réformes, qualifiées d’ambitieuses (au moins par les gouvernants et leurs inspirateurs), claironnées, plus ou moins avancées et/ou toujours en cours, la gravissime crise financière internationale, d’abord sous-estimée, avec ses impacts financiers, économiques et sociaux, les « plans » de sauvetage des banques et la garantie des dépôts des épargnants, l’active présidence française de l’Union européenne (UE) avec ses tentatives de concertation, à défaut de coordination, la course à la baisse des taux d’intérêt directeurs par la FED, par la BCE et d’autres banques centrales, le plan d’aide aux PME, ainsi que le budget contraint de l’année 2009, sorti aux forceps, quinze jours avant le plan de relance du 4 décembre 2008. 

 

            En résumé : Les « réformes » ont monopolisé la gouvernance et dominé l’actualité jusqu’à l’été 2008 ; elles ont imprégné des budgets pour 2008 et pour 2009 respectueux de Bruxelles. Inachevées, d’inégal intérêt et rappelant l’adage « qui trop embrasse, mal étreint », les réformes ont repris avec moins d’ardeur et des oppositions plus vives depuis que la crise financière a frappé en France. Les interventions massives (américaines, européennes, françaises…) dans le système financier, pour y sauver des institutions en péril, pour restaurer la confiance des « investisseurs », pour débloquer le nécessaire financement de l’économie, ainsi que pour ranimer le crédit, l’endettement et la demande, ont concouru à éviter le pire. Mais elles n’ont pas enrayé la crise financière et ses impacts sur l’économie et l’emploi. Sur les bourses non plus. Les banques rechignent toujours à prêter. Les mesures d’aide aux PME et le plan de relance de l’économie ont été très perméables à cette déplorable réalité. Pour pallier aux insuffisances bancaires, ils ouvrent des moyens de financement substantiels aux agents économiques sous forme de prêts, de garanties et d’aides à la trésorerie des entreprises. C’est, à mes yeux, une de leurs principales caractéristiques. Après des budgets assez austères, le plan de 26 milliards (Mds) d’euros n’est pas gigantesque, et un peu moins de 20 Mds, seulement, en seront dépensés en 2009. Notre PIB s’approche (laborieusement) des 2 000 Mds et les dépenses publiques dépassent nettement 1 000 Mds. Le Président Nicolas Sarkozy (NS) n’a pas voulu s’éloigner beaucoup des clous de Maastricht, pour montrer qu’il était décidé à y revenir dès que possible. Il n’a pas manqué de garnir le plan de moyens et de mesures destinées à la poursuite des réformes. Il faut aussi observer que sur les 26 Mds, environ la moitié, seulement, sera consacrée à des dépenses publiques d’investissement. Regardons donc avec circonspection les gros titres qu’ont affichés les médias et les gouvernants. Un plan additionnel pourrait voir le jour en 2009. Des mesures nouvelles sont déjà évoquées. A côté de cela, les plus grosses entreprises publiques et privées vont investir des dizaines de Mds d’euros à l’étranger pour y délocaliser, pour racheter des marchés et des concurrents ou, comme il est dit plus pudiquement « pour y renforcer leurs positions concurrentielles »... aidant ainsi les pays d’accueil à relancer leurs économies et à les développer. Tant que l’herbe sera plus verte et plus grasse à l’étranger qu’en France pour ces géants, les plans de relance de l’Etat et les efforts des contribuables ne suffiront sans doute pas pour faire revenir le printemps sur notre pré carré.

 

Libéralisation, réformes et changements tous azimuts plus que promotion du pouvoir d’achat

 

            Elu sur des promesses de restauration du pouvoir d’achat des citoyens (ce que l’opposition ne manque pas de lui rappeler) ainsi que de réformes, le Président NS a mobilisé son équipage et multiplié les changements, avec une autorité assise sur sa récente « légitimité » et sa majorité au Parlement, suivant un ordre qui pu être qualifié de dispersé et une démarche n’excluant pas les atermoiements, les pas de côté, les reculades, les concessions et les compromis, résultats des « dialogues » et, peut-être, plus encore des manifestations bruyantes d’hostilité. « Pas assez des concertation », accusent certains. Pour d’autres, il n’est possible de peser sur des décisions que par des menaces, des violences et des troubles de l’ordre public. Et, souvent, les Autorités plient et se replient.

            Pour ouvrir le bal de la relance et du pouvoir d’achat, une loi TEPA, alias « paquet fiscal », a effet presque immédiat, a été adoptée dès le 1er août 2007. Son coût global a été évalué à 10 Mds en 2008, 13 en 2009 et 15 en 2010. Sur ses huit mesures, trois, aux coûts modestes, ont soulevé moins de passions que les autres : la défiscalisation des salaires des étudiants, l’encadrement des parachutes dorés et l’expérimentation dans 25 départements d’un revenu de solidarité active (RSA). En écho au fameux « travailler plus pour gagner plus » a été décidée la défiscalisation des heures supplémentaires, avec l’allègement des charges pour les entreprises (coût annuel : 2 Mds). L’efficacité en a été contestée, en l’absence d’observations fiables. Il est également difficile d’estimer l’impact du crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunts immobiliers (coût : 3,7 Mds par an), vu la conjoncture dans le secteur. Quant aux allègements des droits de succession (2,27 Mds), à l’aménagement de l’ISF (0,93 Mds) et l’abaissement du bouclier fiscal de 60% à 50% du revenu (0,65 Mds), ils ont été jugés injustes socialement et inefficaces, vilipendés à gauche, critiqués par certains à droite. Ce sont encore des sujets d’actualité. 

            Au-delà des approbations et des critiques, la foi en les vertus d’une relance par la consommation qui avait inspiré une telle loi a fait place à un scepticisme, sinon un rejet, de plus en plus affirmé des décideurs, qui a pu s’exprimer dans le budget 2009 et plus encore dans le plan de décembre 2008, que certains sont allés jusqu’à qualifier de plan de relance par l’offre !

            Des réformes n’avaient pas de visées directes sur la croissance et l’emploi, comme, pour mémoire, la révision constitutionnelle de juillet 2008, la réforme de la carte judiciaire, la loi sur la continuité du service public dans les transports terrestres, entrée en vigueur en janvier 2008, l’imminente réactive réforme de l’audiovisuel.

La réduction des dépenses publiques et des déficits, elle, devait passer en premier lieu par le non remplacement de la moitié des agents partant à la retraite, des réorganisations et des redéploiements d’effectifs entre ministères, d’une part, et par la diminution du déficit de la Sécurité sociale, d’autre part. C’est dans l’éducation que le refus des « réformes » est le plus tenace, comme en témoignent les manifs actuelles des élèves et des étudiants auxquels se joignent des parents, et qui viennent de pousser le Ministre Xavier Darcos à reporter d’un an la réforme du lycée. Le projet de réorganisation de la recherche visant à faire émerger des pôles en partenariat avec les universités a soulevé un tollé retardateur. Dans le système public de santé, qui fait face à la montée incessante de la demande de soins, la compression ne va pas sans poser de difficiles problèmes qu’aggravent les restrictions des dépenses de matériel et de fonctionnement… et les 35 heures. Pour limiter le déficit de la Sécu, les particuliers doivent aussi payer : médicaments déremboursés, taxations des prestations, d’un ou plusieurs euros suivant les actes, sollicitation des Assurances complémentaires santé qui en profitent pour relever abusivement leurs tarifs… La « maîtrise » des dépenses publiques porte ainsi atteinte au pouvoir d’achat des ménages.

Justice sociale et défense du système de retraite par répartition imposaient de faire évoluer les régimes des pensions publiques vers ceux du privé et de s’attaquer aux privilèges octroyés par les régimes spéciaux, de plus en plus déséquilibrés financièrement. François Fillon qui s’était déjà impliqué dans la réforme des retraites avant d’être nommé Premier ministre, a repris son dur labeur. Dur pour les seniors qui ont vu ou voient leur durée de cotisation augmenter, sans autre contrepartie que la croissance de leur espérance de vie, et pour les retraités dont les pensions (principale et complémentaires), très peu revalorisées, fondent plus vite que la banquise avec l’inflation. Pas aussi dur pour les adhérents des régimes spéciaux qui bénéficient de gentilles compensations (payées par les cotisants des autres régimes et les contribuables). Courageuses, ces réformes, mais pas téméraires !

            L’emploi était aussi au menu des réformateurs au cours d’une période où, les départs à la retraite aidant et malgré les délocalisations et les autres motifs de licenciements, illégitimes ou non, le chômage déclinait. La fusion de l’ANPE et de l’Assedic, accompagnée du recours au privé pour « driver » ou « coacher » des demandeurs d’emploi a eu lieu. Sur ce socle, la recherche de la « flexisécurité » à la danoise, encouragée par le Medef, a été considérée comme déterminante, avec l’adoption de la « rupture de contrat conventionnelle » et un projet de « contrat de travail unique » pour fluidifier et libérer le marché du travail (et la croissance). D’âpres discussions avec les partenaires sociaux, appuyés par les partis de gauche, ont débouché sur des dispositions mi-figue mi-raisin, avec un « contrat à objet défini », un CDD de 18 à 36 mois dont l’efficacité reste à prouver. Par ailleurs, les allégements de charges ont été accrus, toujours pour favoriser l’emploi par les entreprises de personnels peu ou pas qualifiés à bas salaires (jusqu’à 1,6 SMIC). En attendant l’entrée en vigueur du Revenu de solidarité active (RSA) en juillet 2009, les primes à l’emploi continuent de jouer leur rôle incitatif (et redistributif). L’allongement de la durée des cotisations vieillesse pour bénéficier de pensions à taux plein, assorti d’invites à l’emploi des seniors, ainsi que de simplifications et d’allègements fiscaux, devait conduire ou maintenir au travail davantage de personnes de 55 ans ou plus. Pour un résultat peu lisible jusqu’ici.

Après des hésitations et des tergiversations, le RSA a été adopté avec, pour le financer, une majoration des impôts sur les revenus du patrimoine. Redistribution des revenus, donc, au détriment des classes moyennes (présumées, dans l’imaginaire des gouvernants, avoir une propension à consommer inférieure à celle des ménages aux revenus plus faibles). Il est probable que l’impact sur la consommation décevra.

            Parmi les moyens de stimulation de la croissance, ou de protection des promoteurs et de la construction, à bout de souffle, ont figuré les recours à l’allongement des durées des crédits pour l’habitat, les taux réduits (bonifiés) jusqu’à zéro essentiellement pour les emprunteurs à bas revenus, et l’assouplissement des garanties. Les résultats ne semblent pas très probants à ce jour et la bulle immobilière ne se dégonfle que lentement.

            Mais, suivant les préceptes bruxellois, à quelques encablures de la présidence française de l’UE, et sous le regard intéressé du patronat, il avait surtout été décidé de libéraliser l’économie, de l’ouvrir davantage à la concurrence, de désengager l’Etat et privatiser, de responsabiliser les acteurs pour « libérer la croissance » et booster celle-ci. Avec des succès ou des échecs selon les résistances rencontrées, les tentatives de libération ont visé des cibles aussi diverses que les pharmaciens, les coiffeurs, les taxis, les commerces (ouverture le dimanche, remplacement des lois Galland et Raffarin par la loi Chatel dans la grande distribution, dont les bienfaits vantés sont attendus avec impatience), l’autonomie de gestion des universités (à partir de janvier 2009), la privatisation partielle de La Poste (qui, aux dernières nouvelles, resterait entre des mains publiques : Etat, Caisse des Dépôts…), la fusion de Gaz de France avec Suez, la privatisation de services publics portuaires (qui rappelle la privatisation antérieure de la juteuse gestion d’autoroutes), etc. Paradoxalement, cet élan libérateur est accompagné, complété, compensé ou contrarié par la prolifération des lois, des régulations et des interventions directes de l’Etat. Celui-ci, par exemple, a pesé sur les plus grands de la distribution pour qu’ils modèrent leurs ardeurs sur les prix (et leurs marges). Chacun a pu apprécier avec quel succès.

            Aux côtés des dispositions législatives et réglementaires, le Budget pour l’année 2008, puis celui pour 2009,  inscrit dans une (méritante) programmation pluriannuelle 2009 – 2012, le plan PME d’octobre 2008 et le plan de relance de l’économie  ont été les principaux véhicules de la mise en œuvre des réformes.

 

Réponse nationale à la grande crise plutôt tardive et circonscrite. Baisse géante des taux directeurs.

           

            La crise financière « made in USA » s’est annoncée à l’été 2007, pendant que les prix des hydrocarbures et des autres matières premières montaient puis flambaient sous la pression de la demande mondiale en expansion et de la très forte croissance des pays émergents, Chine et Inde en tête. Après des propos rassurants des gouvernants français et européens et un temps de latence de plusieurs trimestres, tandis que des banques belges, luxembourgeoises, françaises, allemandes… s’effondraient et que le crédit interbancaire se raréfiait, mettant en péril le fonctionnement de l’économie, des mesures de sauvetage étaient adoptées. La Banque centrale européenne (BCE) et la Banque de France (BF), chez nous, injectaient massivement des liquidités dans le circuit interbancaire. Le gouvernement français, en concertation avec ses partenaires de l’UE, décidait de sauver des banques défaillantes et/ou de favoriser leur reprise ou leur soutien par des concurrentes aux reins plus solides (ou présumés tels). Parallèlement, il garantissait les dépôts des épargnants dans les institutions financières (IF) à concurrence de 70 000 euros par personne et par établissement. Un peu rassérénés, les déposants n’ont pas cédé à la panique et se sont comportés, tout comme les petits porteurs de titres, en courageux stabilisateurs (pas automatiques) dans une situation qui se dégradait, tandis que la spéculation persistait. Courant octobre 2008, le Président NS annonçait l’engagement de l’Etat de consacrer jusqu’à 40 Mds d’euros pour recapitaliser des banques et d’autres IF qui en feraient la demande et jusqu’à 320 Mds pour garantir les emprunts dont les banques auraient besoin pour se refinancer… sous condition de saine utilisation des fonds. Dans le même temps, des engagements totalisant 700 Mds d’euros étaient annoncés par les Etats de l’UE, chacun en fonction de ses choix politiques, à la mesure de ses problèmes et de ses ressources. Les sommes mobilisées à ce jour sont très éloignées de ces enveloppes géantes, avec 10,5 Mds d’euros pour renforcer les fonds propres des plus grandes banques françaises.

            Au niveau international, une arme fatale a encore été l’écrasement des taux d’intérêt directeurs. Spectaculaire ! Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale (FED) a ouvert le feu en septembre 2008 et descendu  en neuf fois son taux directeur de 5,25% jusqu’à 0 à 0,25% le 17 décembre 2008. Au Royaume Uni, le taux a été ramené à 1,5%, niveau qu’il n’avait pas connu depuis 1949. Quant à la BCE, son  taux de refinancement a été abaissé ces deux derniers mois de 4,25% à 2,5%. Ces nouveaux taux, inférieurs ou égaux à  l’inflation, sont des cadeaux destinés à revigorer les dépenses d’investissement et de consommation. Les banques, qui voient le coût de leurs ressources baisser, peuvent augmenter leurs marges en maintenant des taux de prêts élevés, ce dont elles ne se privent apparemment pas, après leurs « placements à risques », dont chaque mois nous révèle l’ampleur et la diversité (cf. encore l’escroquerie géante de Bernard Madoff aux USA, avec ses gros pigeons en France). Pour le moment, les Bourses n’ont pas manifesté l’entrain qui était espéré.

            En France, l’essentiel de la réponse à la crise a ainsi concerné le secteur financier, l’épargne et le financement de l’économie, jusqu’en novembre 2008, il faut le noter. Il a également été jugé urgent de porter secours aux promoteurs et à la construction, les ventes de logements baissant et les stocks d’invendus s’accumulant. Le gouvernement a décidé que le secteur public (Etat, HLM, collectivités locales) acquerrait 30 000 logements et a assoupli davantage les conditions de crédit.

 

Un budget 2009 contraint, dans la ligne des réformes

 

            Le budget pour 2009 n’a pas dénoté une volonté flagrante de rupture avec son prédécesseur qui avait été conditionné par la mise en œuvre des réformes, d’une part, et par le souci de respecter au mieux les engagements de Maastricht pendant que NS exercerait la présidence de l’UE au deuxième semestre de 2008, d’autre part. Compte tenu aussi du niveau des dépenses publiques, de l’aggravation de la dette (qui va dépasser 66% du PIB) et de son coût, ainsi que de sombres prévisions d’évolution du PIB et des ressources publiques en 2009. En cette fin d’année, une « croissance négative » est prévue en 2009. Le projet de budget présenté en septembre reposait sur une hypothèse de progression du PIB de + 1 à + 1,5%, contre vents et marées. Finalement, la fourchette retenue dans la Loi de finances adoptée le 19 novembre est de + 0,2 à + 0,5%. Il a été décidé de ne pas réduire davantage les prélèvements obligatoires et de compenser  les quelques baisses ou coûts pour l’Etat accordés (déductibilité des intérêts d’emprunts, défiscalisation des heures supplémentaires, baisse des droits de succession, augmentation du crédit d’impôt pour la recherche, suppression de l’impôt forfaitaire annuel…) par des hausses fiscales ou des atténuations d’avantages (taxe RSA sur les revenus du patrimoine, nouvelle taxe pour l’audiovisuel, relèvement de la taxe sur les activités polluantes, plafonnement de niches fiscales…). Du côté des dépenses, la pression n’a été relâchée que pour un certain nombre de missions comprenant : les engagements financiers de l’Etat (cf. dette), l’enseignement primaire, l’enseignement supérieur et la recherche, et la sécurité, si l’on s’en tient aux plus gros postes ; l’action extérieure de l’Etat, l’Outremer, la santé et la solidarité, si l’on prend des plus petits. 100 000 emplois aidés supplémentaires seront  également financés en 2009. Ensemble, ces rubriques représentent une bonne moitié du montant global des plafonds de crédits de paiement du budget général. Elles absorbent la totalité de la majoration des crédits ouverts. Pour la plupart des autres, c’est la stabilité ou le recul en valeur réelle. Pas très relance, ce budget, qui prévoit une stabilité des dépenses de l’Etat en volume, tandis que les progressions des dépenses des collectivités locales et des administrations de sécurité sociale ne devraient pas excéder + 1 à +1,5%. En théorie. Mme Christine Lagarde a parlé de « budget de crise ». « Budget d’austérité » paraît plus approprié.

 

Des annonces de mesures qui n’ont pas attendu le plan de relance

 

            Le dossier de presse présentant le plan de relance du 4 décembre fait référence à deux annonces de mesures considérées comme urgentes et destinées à ranimer l’investissement. La réforme (c’est le terme employé) de la taxe professionnelle permet d’exonérer de celle-ci les investissements réalisés entre octobre 2008 et le 31 décembre 2009. La création du Fonds stratégique d’investissement servira à développer des entreprises rencontrant des difficultés d’accès aux marchés financiers.

            Ce dossier rappelle aussi le plan PME du 4 octobre 2008, qui comporte surtout l’ouverture de 22 Mds de possibilités de prêts, dont 5 Mds garantis ou à réaliser par OSEO. Les ressources proviennent pour 19 Mds de la Caisse des Dépôts (CDC), dont 17 Mds des fonds d’épargne réglementée. Face aux demandes des entreprises, il a été décidé, dans le cadre du plan de relance, de majorer  les possibilités de prêts de + 4 Mds et d’aider davantage les artisans et les activités de proximité. L’Etat se substitue ainsi aux banques défaillantes ou réticentes dans le financement des PME. L’impact budgétaire de ces interventions est limité à 0,2 Mds.

 

Le plan de relance de l’économie du début décembre 2008

 

            Les 26 milliards à dépenser (voir le tableau en annexe)

Dans la présentation faite par le Gouvernement, l’accent a été mis sur l’importance de l’investissement : « Il ne s’agit pas de dépenser à fonds perdus, il s’agit de dépenser pour créer de l’activité et préparer l’avenir ». Et les premières réactions des médias ont été assez enthousiastes et expressives : « A crise fracassante, décisions fracassantes. La France, déjà lourdement endettée, va donc investir 26 milliards d’euros… » ou « Un New Deal à la française, et ce avec l’accord de Bruxelles. » ou encore « Un choix stratégique clair en faveur d’une politique de l’offre ». Puis est venu le temps de la réflexion et le ton a un peu changé. Nombreux sont ceux, surtout dans l’opposition, qui estiment un nouveau plan nécessaire, plus généreux envers le pouvoir d’achat et la consommation.

            La France n’est pas la seule à relancer. Au Royaume Uni, 23,5 Mds sont engagés à cet effet, en Espagne, c’est 27 Mds, en Allemagne, c’est 32 Mds… et on a parlé de 200 Mds dans la zone euro. Le montant français de 26 Mds n’apparaît pas gigantesque, après des aides à l’économie limitées et un budget 2009 tristounet, dans les clous de Maastricht. Et le plan de relance prévoit un retour dans ceux-ci rapidement. Peut-on battre la crise au sprint ?

            Il faut aussi rappeler que, selon les Autorités, trois quarts des 26 Mds seulement seront « dépensés » en 2009, soit un peu moins de 20 Mds. L’impact budgétaire en 2009 est estimé à 9,2 Mds de recettes fiscales en moins et à 9,3 Mds de dépenses en plus. Le Ministre du budget a aussi annoncé au Parlement le 17 décembre que le déficit de l’Etat approcherait les - 80 Mds (- 52,1 Mds étaient prévus en fin septembre) et qu’avec la Sécurité Sociale et les collectivités locales, le déficit frôlerait les - 100 Mds,  soit 3,9% du PIB.

            Quand on parle de relance par l’investissement, il faudrait nuancer. Sur les 26 Mds, environ la moitié ne sera probablement pas consacrée à l’investissement, mais à l’incitation à l’emploi et aux mesures sociales (près de 2 Mds), ainsi qu’à l’aide à la trésorerie des entreprises (11,4 Mds). Celle-ci est aussi une substitution (ou une aide) aux banques qui auront autant de moins à prêter aux entreprises. Elle est à ajouter aux 22 Mds de prêts publics aux PME (cf. ci-dessus) et aux 16 Mds de prêts dédiés par l’Etat aux investissements « structurants » qui seront réalisés en partenariat public privé (cf. ci-après), surtout après 2009, il faut le dire.

Ce plan de relance est ainsi caractéristique par l’ampleur et la diversité de ses ouvertures de possibilités de prêts aux agents économiques (y compris le doublement du prêt à taux zéro pour des foyers aux bas revenus) et son aide à la trésorerie des entreprises. C’est également une invitation insistante à la dépense et à l’endettement par les entreprises (publiques et privées, PME) et les ménages, tandis que l’Etat, qui veut rester à proximité des clous de Maastricht, se trouve privé de marges de manœuvre. Cette stratégie, pas complètement nouvelle, va sans doute perdurer. En symbiose avec l’abaissement du coût du crédit recherché par la BCE et les autres banques centrales. Décidément, les médications peinent à dépasser le traitement de la crise financière proprement dite.

En attendant un éventuel plan B, de nouvelles mesures ont déjà été annoncées (voir annexe).

Le soutien de l’Etat aux grands projets structurants

            Pour débloquer ou accélérer la réalisation de « grands projets » dans le cadre de partenariats public-privé et en concession (20 Mds d’investissement sont envisagés à moyen terme), il a été décidé d’ouvrir plus grand les vannes du crédit aux « investisseurs ». Ainsi, l’Etat pourra utiliser jusqu’à 8 Mds pour garantir partiellement les emprunts contractés par ces derniers, d’une part, et la Caisse des Dépôts pourra accorder jusqu’à 8 Mds (prélevés sur les fonds d’épargne, du livret A et du livret de développement durable) de prêts aux sociétés et aux collectivités locales qui cofinancent des projets. S’agissant d’opérations financières (prêts et garanties), ces engagements ne sont pas comptés comme des dépenses publiques. 

            Les investissements sont essentiellement des lignes ferroviaires à grande vitesse : LGV Sud Europe Atlantique (Tours-Bordeaux), LGV Bretagne Pays de Loire (Le Mans-Rennes), la liaison Lyon-Turin, la phase 2 de la LGV Est européenne, jusqu’à Strasbourg, la phase 1 de la LGV Rhin-Rhône, la LGV Provence-Côte d’Azur, jusqu’à Nice, ainsi que le canal Seine-Nord Europe. Il ne faut pas trop compter sur ces lignes pour relancer la croissance en 2009, car la plupart seront construites sur la période 2010-2014… ou plus tard ; car certaines ne sont qu’au stade d’avant-projet. Ces immobilisations visent à renforcer les positions du rail, en concurrence avec la route (les autoroutes à péages, notamment) et les liaisons aériennes. Susciteront-elles des flux de trafic supplémentaires et de la création de valeur ajoutée nationale ? On peut se poser la question.

 

Des regrets qui, je l’espère, ne seront pas éternels

EDF compte construire d’ici 2020 une douzaine de centrales nucléaires de 3ème génération (EPR) aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en Chine, en Afrique du Sud. Des investissements, pour ces pays, dont le coût total peut avoisiner les 60 milliards de dollars. Pendant que nous nous battons contre des moulins à vent. La société vient d’acheter British Energy au prix d’or de 15,6 Mds d’euros et met encore la bagatelle de 4,5 ou 6,5 Mds de dollars (option) pour prendre 49,99% des activités nucléaires de l’électricien américain en difficulté Constellation Energy… pour se renforcer dans le nucléaire à l’étranger. Areva a des projets du même type. GDF Suez se renforce en Allemagne. La BNP rachète Fortis en Belgique… Si l’herbe est toujours plus verte de par le monde qu’en France pour nos grands « investisseurs », il ne reste pas beaucoup d’espoir de croissance chez nous… plan de relance ou non.

 

Paul KLOBOUKOFF                                          Académie du Gaullisme                                        29 décembre 2008           


Annexes

 

Les 26 milliards (Mds) du plan de relance

 

Mesures, programmes, dépenses, incitations, autres aides retenues

Montants (Mds d’euros)

 

Emploi et mesures sociales

 

1,96

Exonération de charges sociales / embauches 2009 des TPE (moins de 10 salariés)

0,7

 

Politiques actives de l’emploi : transition professionnelle, aide aux chômeurs…

0,5

 

Prime de solidarité active (200 €) pour 3,8 millions de familles éligibles au RSA

0,76

 

 

 

 

Logement

 

1,76

Doublement du prêt à taux zéro : + 100 000 achats de logements neufs escomptés

0,6

 

Rachat 30 000 lgts, construct. de 30 000 lgts sociaux + 40 000 lgts intermédiaires (sur 3 ans)

0,8

 

Accélération programmes de rénovation urbaine / 80 000 lgts (via ANRU et ANAH)

0,36

 

 

 

 

Automobile

 

0,52

Prime à la casse : 1000 € pour un véhicule neuf écolo contre un de plus de 10 ans

0,22

 

Facilités de crédit ouvertes aux filiales bancaires Renault et  de Peugeot

(1,0) pm*

 

Apport au Fond d’investissement pour la restructuration du secteur

0,3

 

 

 

 

Aides à la trésorerie des entreprises

 

11,4

Accélération des remboursements par l’Etat : du crédit d’impôt recherche

3,8

 

                                                                          de la TVA

3

 

                                                                          des reports des déficits passés

1,8

 

                                                                          des factures en retard de PME

0,5

 

                                                                          des excédents d’IS des sociétés versés

(4,0) pm*

 

Amortissement accéléré pour entreprises assujetties à l’IS (impacts en 2010 et 2011)

(1,5) pm*

 

Majoration de 5% jusqu’à 20% des avances sur marchés publics

1

 

 

 

 

Investissements publics

 

10,5

Etat :

4

 

Infrastructures de transport (routes, fer, fluvial, ports, nouvelles LGV)

(0,9)

 

Crèches, maisons de retraite, hôpitaux, Outremer, autres

(0,5)

 

Recherche et constructions universitaires

(0,7)

 

Equipements de défense et de sécurité

(1,4)

 

Rénovation du patrimoine

(0,6)

 

Entreprises publiques :

4

 

Augmentations par rapport à 2008 : EDF (+ 2,5 Mds), GDF Suez (+ 0,2), RATP (+0,45),

 

 

SNCF (+ 0,3), La Poste (0,6)

 

 

Collectivités locales (CL) :

2,5

 

Versement anticipé du Fonds de compensation de la TVA aux CL qui investissent plus

 

 

 

 

 

Arrondis, approximations, erreurs et omissions

+ 1,2

- 0,14

 

 

 

Total

26

26

pm* : sans incidence sur le budget 2009

Source : Discours de M. le Président de la République du 4 décembre 2008          Dossier de presse

 

D’autres mesures de relance en vue

 

De nombreux élus et d’autres citoyens jugent le plan de relance insuffisant (trop modeste et/ou pas assez de pouvoir d’achat aux ménages). Le pouvoir ne peut l’ignorer. Au stade actuel, « il ne faut exclure aucune hypothèse », pourraient dire plusieurs ministres. D’ailleurs, préludes ou non à un plan B, des décisions et/ou des mesures supplémentaires ont été dévoilées. En voici trois exemples (cf. Les Echos du 18 décembre).

Les hôtels de moins de quatre étoiles situés dans des villes de moins de 500 000 habitants bénéficieront d’un dispositif d’aide (prêts) de la Caisse des Dépôts (CDC) et d’OSEO de 1,5 milliards sur trois ans.

Avec la transformation de La Poste en société anonyme et l’ouverture de son capital à la CDC et au Fonds stratégique d’investissement (FSI), un programme d’investissement de 2,7 milliards est évoqué, qui fera appel à une dotation financière de l’Etat.

Le Conseil d’Administration de la SNCF, voulant « augmenter le chiffre d’affaires de la compagnie ferroviaire d’au moins 50% sur cinq ans [le porter au-delà de 40 milliards] et doubler son résultat opérationnel… », a décidé de consacrer 3,5 milliards d’euros à la « croissance externe » par des acquisitions, au prix d’une forte hausse de son endettement.

            Attendons la suite !

Des regrets

 

            Impossible de ne pas parler ici d’EDF. L’électricien « historique » a dû accepter « un effort supplémentaire, dès 2009, de 2,5 milliards d’euros » dans le cadre du plan de relance de NS, plus des deux tiers étant destinés à l’amélioration des réseaux de transport et de distribution d’électricité… dont les défaillances viennent de priver de courant des dizaines de milliers de personnes. De la consolidation, donc. A côté de cela, les 58 réacteurs du parc vieillissant actuel vont être « prolongés » au-delà de 40 ans pour un coût de 23 milliards (400 millions par réacteur)… entre 2015 et 2035, c'est-à-dire bien après la bataille de la relance. D’ici là, le premier réacteur de troisième génération en France, l’EPR de Flamanville, dont le coût va dépasser de + 20% les prévisions, devrait entrer en service en 2012. EDF espère financer les investissements avec l’aide de hausses de tarifs. Un deuxième EPR pourrait ensuite être construit en France. (Le Figaro économie du 05 décembre et Le Monde du 06 décembre).

            La prudence et la modération ne caractérisent pas les ambitions mondiales ou mondialistes d’EDF, qui prévoit la construction d’une douzaine d’EPR d’ici 2020 : quatre aux Etats-Unis, autant en Grande-Bretagne, deux en Chine et deux en Afrique du Sud. En Amérique, le coût d’un EPR est évalué à 5 Mds de dollars. C’est ainsi de l’ordre de 60 Mds de dollars d’investissements qui seront réalisés chez eux par les quatre Etats précités. EDF a aussi décidé d’investir assez massivement en Grande Bretagne et aux Etats Unis… pas forcément en y faisant de bonnes affaires. En Grande-Bretagne, 15,6 Mds d’euros ont été voués à l’achat de British Energy. Une offre surévaluée, selon certains. Aux Etats-Unis, EDF va prendre une participation de 49,99% dans les activités nucléaires de la société d’électricité en difficulté Constellation Energy (CE) pour 4,5 Mds de dollars. C’est très cher, estiment des actionnaires d’EDF, nettement plus que l’offre de rachat qu’avait faite Warren Buffet (4,7 Mds de dollars pour la totalité de Constellation) pour le compte de MidAmerican (qui détient aussi 10% du capital de CE). En dédommagement de la dénonciation de l’accord de fusion qui avait été conclu avec MidAmerican, 1,2 Mds de dollars lui seront versés. EDF envisage en outre (option ouverte) d’acquérir jusqu’à 2 Mds de dollars d’actifs non nucléaires. (Les Echos du 18 décembre).

Areva renforce aussi ses positions américaines, sur « le premier marché du monde », dans les activités de traitement des déchets, de recyclage  du combustible, dans la fabrication d’équipements. Avec EDF, elle contribue ainsi au plan de relance et de développement des Etats-Unis… pendant qu’ici nous continuons à nous battre contre des moulins à vent. GDF Suez se renforce en Allemagne (premier marché d’Europe) en échangeant avec E.ON 1700 mégawatts de capacité de production électrique et de droits de tirage nucléaire contre des actifs similaires en Belgique. BNP Paribas (dont le titre a perdu 17,24% le 17 décembre) essaie d’acheter 49% de Fortis Banque (Belge) à un prix très élevé, etc.

 

Paul KLOBOUKOFF                                          Académie du Gaullisme                                        29 décembre 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14.01.2009

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