AFGHANISTAN, PAKISTAN,

ÉTATS-UNIS, ÉLECTIONS

par Jean-Pierre Busnel

 

Je viens de lire dans le n° 111 (décembre 2008) de La lettre du 18 juin, bulletin de l’Académie du gaullisme, un texte fort intéressant sur les récentes élections présidentielles américaines qui a donné lieu à l’engouement et à l’emballement médiatique que l’on sait, et pas seulement en France. Pas besoin d’attendre la fin des temps : un messie nous fut annoncé par les médias et c’était l’un des deux candidats auxdites élections. Il faut sans doute voir ce phénomène d’ampleur inusitée comme l’une des conséquences du désastre financier qui s’est abattu sur le monde et de la peur, justifiée, qu’il engendre. À bien des égards, la politique, dispensatrice d’innombrables promesses en tous genres, sans cesse renouvelées, fonctionne en permanence, partout, comme une religion de substitution appelée à satisfaire les besoins insatiables de rêve, d’espoir en l’avènement d’un « sauveur », en un monde meilleur. Le texte en question traite des résultats de sondages effectués à la sortie des urnes. Il en ressort que les « Noirs » ou « Afro-américains » auraient voté pour M. Barick Obama à 95 ou 96 %, les « Latinos » (les plus nombreux désormais) à 66 - 69 %, les « Asiatiques » à 61 % ( les « jeunes » de 18 à 29 ans à 66 - 68 %). M. John McCain aurait obtenu 55 % des suffrages chez les « Blancs » (peu de changement par rapport aux élections de 2004 pour ce qui est des votes républicains). Les minorités ethniques, qui représentent maintenant près d’un tiers de la population totale (300 M d’habitants environ), auraient donc voté à 75 - 80 % pour BO. « La planète attend Obama » titrait le quotidien Ouest-France, en gros caractères, à la veille du scrutin. Pour ce qui est des États-Unis, ce candidat était surtout « attendu » par les minorités ethniques.

 Autrement dit, le résultat final de ce scrutin (un peu moins de 53 % pour BO et un peu plus de 46 % pour McCain) serait dû, pour l’essentiel, tout simplement, à la déformation des structures de la population américaine au bénéfice, constant, desdites minorités, et non pas à l’émergence d’une société unifiée purgée des discriminations raciales de jadis, au verdict d’une sorte de plébiscite populaire en faveur du métissage et de la diversité (les descendants des fameux WASP, « White Anglo-saxon Protestant » des origines, ne pèsent plus bien lourd aujourd’hui dans le corps électoral). Ce n’est pas ce qu’ont dit les médias français, dont j’ai déjà souligné le parti pris manifeste (voir L’e-journal de l’iab, n° 137 et 140) tout au long de cette campagne électorale. Comme le dit du reste l’auteur de cet article de La lettre du 18 juin : « Ces informations éclairent le résultat final de l’élection d’une lumière assez différente de celle qu’ont projetée les médias en enjolivant, en angélisant la réalité ou en laissant dans l’obscurité ce qui leur déplaisait ou les contrariait. » Àles entendre, ces médias commerciaux, l’Amérique venait en effet d’inventer (enfin) la démocratie pluriethnique et même de donner une « leçon » à la France. Rien de moins ! En termes de science politique, cette analyse est fausse. En effet, le résultat de ces sondages fait apparaître que les questions d’origine, de minorités ethniques demeurent extraordinairement présentes, pesantes et déterminantes dans la vie politique américaine, la société étant en fait très profondément divisée en communautés plus ou moins étanches, plus ou moins intégrées, plus ou moins hostiles les unes aux autres.

 Il y a bien longtemps que l’antique « creuset démographique » (melting pot) ne fonctionne plus comme une certaine propagande politique s’efforce encore de le faire croire. On peut douter que les perspectives démographiques (immigration massive, surtout en provenance du sud), d’une part, la redoutable crise économique et sociale actuelle, d’autre part, soient de nature à estomper ces fractures et divisions. Bien au contraire. Àce propos, on me permettra d’insister, une fois encore, sur les facteurs démographiques (les pouvoirs publics sont toujours d’une grande discrétion à propos de ces variables essentielles) et sur les énormes mouvements migratoires qu’ils laissent augurer à court et moyen terme. La population mondiale, qui a déjà doublé depuis 1965 et quadruplé depuis 1900, devrait passer, d’ici 2050, de 6,7 milliards, aujourd’hui, à 9,2 milliards d’individus (prévisions de l’ONU). Soit une croissance mondiale de 2,5 milliards en moins d’un demi-siècle (l’équivalent de la population de la planète en 1950). Croissance qui, de surcroît, sera concentrée dans les régions du sud, les moins développées.

 

 N.D.L.R. : l'auteur de l'article est notre ami Paul Kloboukoff.

 

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14.01.2009

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