AFGHANISTAN, PAKISTAN,

AN 2009

par Luc Beyer de Ryke

L’année nouvelle appelle des voeux, des remer ciements et une analyse d’événements qui, déjà, la marquent. Mes voeux s’adressent à tous les membres de l’Académie du Gaullisme. Ils s’ajoutent à la gratitude éprouvée à l’égard de celles et de ceux qui m’ont élu à sa présidence. Je m’efforcerai de ne pas les décevoir épaulé par l’amitié agissante de Georges Aimé. L’oeuvre voulue, conçue par Jacques Dauer sera perpétuée. En esprit. Le style peut être différent. Il s’accorde à chaque personne, à sa sensibilité, à son expression. En exergue, à l’aube de l’An neuf, je souhaiterais, dans la fidélité des idéaux qui nous animent, vous fixer un rendez-vous. à dire vrai ce n’est pas moi mais notre compagnon Bernard Marin qui nous convie au rendez-vous de Colombey (1). Déjà lors de notre dernier dîner-débat, je vous en avais dit un mot. J’aimerais y revenir pour les absents.

 

Bernard Marin, ami de longue date, fut, dans les années cinquante, chargé de mission du rassemblement puis fondateur d’esprit de la résistance. Très proche d’Edmond Michelet puis, plus tard du général Massu auquel il consacra un court essai, Bernard Marin témoigne toute sa vie une fidélité sans faille au Général de Gaulle. C’est elle qui inspire ce « rendez-vous » imaginaire et imaginé de Colombey. Bernard de Gaulle, dont il est un ami, lui a écrit pour lui confier son adhésion. Il parle d’une « performance qui dépasse les volumineux ouvrages consacrés à notre grand homme ». Voilà donc une lecture propre à raviver, s’il en était besoin, nos fidélités et nos inspirations.

 

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Belgique, sortie de crise

Ce tribut rendu, le temps est venu d’évoquer deux événements qui font l’actualité de 2009. Le premier relève des affaires d’Europe, le second a attrait à la situation mondiale. L’un apporte une satisfaction nuancée d’inquiétude, l’autre n’est que chaos et tragédie. Je désigne ainsi la Belgique trouvant, enfin, un gouvernement et, au Proche-Orient, le pilonnage meurtrier de Gaza. Brièvement je me contenterai de survoler la crise politique belge. D’une certaine manière je pourrais me contenter de dire « le gouvernement continue » c’est exact. Mais avec un nouveau premier ministre et deux ou trois têtes qui ont changé. D’Herman Van Rompuy, un démocrate-chrétien flamand, on dira qu’en homme d’expérience il joue jusqu’ici le rôle d’un Père Joseph, saura-t-il devenir un Richelieu ?

 

Le pari est hasardeux d’autant qu’aucun des problèmes qui déchirent le pays n’a, jusqu’ici, trouvé l’ébauche d’une réponse et d’une solution. Avec, en point de mire, les élections régionales en juin prochain propres à aiguiser les appétits, à nourrir les divisions et à déchaîner l’esprit de concurrence entre les partis politiques. L’avènement d’un gouvernement sur pareille toile de fond est sans doute une sortie de crise. Mais elle est fragile…à l’image du pays.

 

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Gaza, la loi du Talion

Dans la vie il faut toujours conserver le sens du relatif. Le sort de la Belgique toujours en sursis est certes préoccupant. En particulier pour le belge que je suis, mais ne commande-t-il pas un peu de sérénité si on le rapproche du conflit israélo-palestinien et des affrontements meurtriers qu’il engendre. Pour en débattre j’ai convié le mercredi 18 mars à notre tribune Hind Khoury, déléguée générale de Palestine et Elie Barnavi ancien ambassadeur d’Israël à Paris. L’un et l’autre ont accepté. J’espère que rien ne distraira l’organisation de cette rencontre entre deux hôtes de qualité. Ce soir là j’aurai à jouer le fléau de la balance. Ici je puis adopter moins de retenue tout en m’efforçant d’analyser aussi équitablement que possible l’évolution d’une situation.

 

Le Hamas n’est pas une création récente. Israël naturellement ne se situe pas à son origine. Pourtant très tôt il a joué un rôle…en sa faveur. Le paradoxe n’est qu’apparent. Il s’agissait de pratiquer cet adage vieux comme le monde : divide ut impere diviser pour régner. L’adversaire principal était constitué par Yasser Arafat et l’OLP. Israël dès lors réserve ses coups à l’autorité palestinienne et son indulgence aux islamistes. Lors de la visite de Colin Powell à Jérusalem il y a déjà quelques années, je me souviens avoir interrogé un haut responsable de l’armée. « pourquoi, lui avais-je demandé, vouloir casser l’autorité palestinienne et détruire sa logistique tout en lui enjoignant d’assurer le maintien de l’ordre ? ».

 

Avec un certain cynisme il me répondit : « ne craignez rien. Le Hamas ne perd rien pour attendre, son tour viendra. » Son tour est venu. Avant de sombrer dans son coma Ariel Sharon a réussi à mettre hors jeu Arafat. Mahmoud Abbas s’est avéré un successeur de bonne volonté mais dénué de charisme et d’autorité. L’héritage d’Arafat est parti en quenouille et le Hamas l’a capté à Gaza. Observateur désigné auprès de Jimmy Carter par le ministre belge des affaires étrangères j’avais pu assister à la victoire du Hamas aux élections palestiniennes. Le Hamas y parvint sans tricher. Les exactions de Tsahal, l’échec de l’autorité à défendre les populations, sa corruption et les divisions internes du Fatah, l’habileté du Hamas dans le choix de ses candidats certains chrétiens à Bethléem et à Ramallah, sont autant d’éléments expliquant l’arrivée des islamistes. Fallait-il isoler complètement le Hamas et priver ainsi les populations, en particulier à Gaza, de l’aide internationale ? Ce n’était pas l’avis de Jimmy Carter, ce fut celui de George Bush…. auquel l’Union Européenne emboîta le pas. Israël resserra l’étau d’un cran, jusqu’à la situation que nous connaissons. Sa responsabilité est écrasante, elle n’est pas totale. Le Hamas la partage largement.

 

En mai de l’année dernière je me suis rendu dans les kibboutz en lisière de Gaza. Un de ceux-ci venait d’encaisser le matin même quatre missiles. Fort heureusement ils n’avaient pas fait de victimes. Par contre dans un kibboutz voisin une vieille dame venue des Etats Unis pour rendre visite à ses proches avait été tuée. à mon arrivée, vers le milieu de l’après-midi, j’ai vu s’élever du côté de Khan Younes à trois kilomètres de là dans la bande de Gaza une grande fumée blanche et grise. L’aviation israélienne venait de riposter en tuant les servants du groupe islamiste coupables des derniers tirs. Depuis l’an 2000 ces tirs ont fait une quinzaine de morts. C’est peu, c’est trop. à cela il faut ajouter l’angoisse constante pour les habitants des kibboutz, en particulier les enfants. Entre le moment ou un tir est détecté et l’alerte donnée, il s’écoule moins d’une minute avant qu’il frappe sa cible. Moins d’une minute pour qu’on se jette à terre ou que l’on trouve un abri. C’est insupportable et l’on comprend la volonté d’Israël d’y mettre un terme. La stratégie du Hamas est meurtrière et suicidaire. Tous ses membres ne sont pas des radicaux. Mais lorsqu’Israël affame les habitants de Gaza ce sont les radicaux qui, manipulés par l’Iran, prennent le pas.

 

Reste que la riposte israélien ne est démesurée. Gaza est étranglée. Pour un mort israélien on dénombre plus de cent morts palestiniens ! Israël croit détourner les populations du Hamas. La haine inspirée par tant de morts ne fait que la renforcer. Pas seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie. La spirale de la violence est sans fin. Elle risque de mener à un embrasement que personne ne pourra plus maîtriser. On attend Barak Obama. Que voudra-t-il faire, que pourra-t-il ? Durant l’interrègne Israël a les mains libres. Hors de la vue des diplomates et des journalistes interdits à Gaza.

Silence, on tue. Il n’y a rien à voir…..

 

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(1) Àtrouver chez l’auteur, 17, boulevard Solférino,

92500 Rueil-Malmaison.

 

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14.01.2009

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