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Le
gaullisme, une boussole pour le 21ème siècle
Par
Laurent Pinsolle.
Il y a un demi-siècle ce 19 décembre, de
Gaulle devenait Président. Trente ans après, le système communiste s’effondrait
pour faire place au modèle libéral anglo-saxon. Or, ce système montre ses
limites. Et si l’héritage du Général de Gaulle pouvait encore nous guider pour
le siècle prochain?
(photo : Rodolfo Cartas - flickr -
cc)
Le
Général peut-il être un guide pour le futur ? Cette question en surprendra sans
doute beaucoup qui ne manqueront pas de se demander en quoi les idées d’un homme
du 20ème siècle peuvent guider la France du troisième millénaire.
Une
pensée plus contemporaine que les autres Cependant,
la pensée gaulliste est bien plus récente que les pensées libérales ou
socialistes qui sont pourtant les pierres angulaires de la plupart des partis de
gouvernement en Europe… En outre, le plus illustre des Français s’est souvent
fait remarquer par une capacité hors du commun d’anticiper le cours des
évènements. Il avait vu avant les autres le bouleversement que la force
mécanique apportait à l’art de la guerre, plaidant en vain pour la constitution
de divisions blindées en France alors que le Führer les appliquait en Allemagne.
Le 18 juin 1940, son appel expliquait déjà comment la guerre allait se
finir. Il avait également vu que la Russie de toujours finirait par boire le
communisme, qui n’était qu’un nouvel habit de son impérialisme.
Sur
beaucoup de questions que le monde moderne se pose aujourd’hui, le gaullisme
peut à nouveau se révéler être une boussole bien utile pour nous diriger. Que ce
soit sur l’organisation des pouvoirs publics, l’organisation de l’économie, les
relations internationales, les grands principes du Général de Gaulle peuvent
encore nous guider.
Car il ne nous a pas laissé une feuille de route
qu’il conviendrait d’appliquer quelques soient les circonstances. Il était un pragmatique qui savait adapter ses décisions en fonction
du moment. Les principes qu’il nous a légués peuvent encore nous
guider.
Une
pensée économique alternative bien utile La
crise économique actuelle en est sans doute le meilleur exemple. En 1965, le
Général affirmait que « le laisser
faire, le laisser passer, appliqué à l’économie depuis l’aurore du machinisme a
souvent, grâce au bénéfice, à l’esprit d’entreprise, à la libre concurrence,
donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître
qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme
d’injustices ».
Paradoxalement, ces paroles sont encore plus actuelles aujourd’hui que dans les
années 60, où les inégalités se réduisaient et où la croissance était
régulière.
En revanche, elles trouvent une grande modernité à l’époque
des parachutes dorés, des délocalisations boursières et des travailleurs
pauvres. Et que dire des secousses économiques que nous traversons depuis 1987,
entre de multiples krachs boursiers et crises économiques provoquées par des
bulles financières, dont on imagine bien ce qu’aurait pu penser le Général, pour
qui la « politique
de la France ne se faisait pas à la corbeille ».
Toute sa vie, il a cherché à créer un système économique dont l’homme était la
seule finalité, la « seule
querelle qui vaille »,
alors qu’aujourd’hui l’homme semble au service de la finance.
Le Général
de Gaulle, s’il croyait à l’économie de marché, voulait dépasser le capitalisme
de deux manières. Tout d’abord, en l’encadrant par un Etat qu’il n’hésitait pas
à qualifier de « dirigiste ». Et c’est ce dont nous avons besoin
aujourd’hui. Les Etats doivent reprendre la main sur les marchés et le monde de
la finance pour beaucoup mieux les réglementer.
La deuxième était
l’association du capital et du travail pour « ouvrir
une brèche dans le mur qui sépare les classes »
parce que « le capitalisme
du point de vue de l’homme n’offre pas de solution
satisfaisante ».
Cette troisième voie reste à inventer et est sans doute le moyen d’humaniser une
économie de marché dont les travers néolibéraux sont chaque jour plus
flagrants.
Une
pensée géopolitique adaptée au troisième millénaire La
pensée gaulliste n’est pas moins actuelle en matière géopolitique. Alors que le
monde vivait dans un contexte de guerre froide entre les deux super puissances
qu’étaient les Etats-Unis et l’URSS, le Général de Gaulle rejetait ce partage du
monde pour proposer une vision davantage multipolaire, où l’Europe serait
Européenne plus qu’occidentale, où l’Occident justement renoncerait à son
tropisme parfois impérialiste pour davantage respecter les autres cultures et
civilisations. Il fut le premier dirigeant occidental à se rendre en URSS et en
Chine, ouvrant la voie aux Etats-Unis d’un Richard Nixon qui l’admirait
beaucoup.
Et le nouveau contexte planétaire correspond parfaitement à la
vision gaulliste. Le monde devient de plus en plus multipolaire, avec
l’émergence de la Chine et de l’Inde, le réveil de la Russie mais aussi
l’affirmation du Brésil. Bref, les Etats-Unis et l’Europe ne sont plus seuls.
Cela impose à l’Occident et notamment aux Etats-Unis d’en finir avec ses mauvais
réflexes et d’adopter une position plus ouverte sur le monde. Dans ce cadre-là,
la France a encore un grand rôle à jouer, à la fois par son histoire, qui lui a
fait planter son drapeau sur tous les continents, mais aussi par sa vision plus
équilibrée des relations internationales, qui peut en faire le pont entre le
Nord et le Sud comme celui entre l’Ouest et l’Est. L’épisode de la guerre d’Irak
montre que notre pays a toujours vocation à un rôle
majeur.
Le
plus démocrate des démocrates La
pensée du Général de Gaulle peut également être une source d’inspiration pour
l’organisation du pouvoir politique. Déjà dans les années 30, alors qu’il était
pourtant militaire, il soutenait que la conduite de la guerre était une affaire
politique à cause de l’ampleur des éléments à maîtriser et il ne souhaitait pas
qu’elle fût décidée directement par des militaires. Toute sa vie durant, il a
défendu une conception de la démocratie où le peuple devait décider des grandes
orientations politiques, ce qu’il a mis en place avec la Cinquième République et
l’élection du président de la République au suffrage
universel.
Aujourd’hui, cette responsabilité des politiques devant le
peuple est à nouveau battue en brèche par deux
phénomènes. Le premier est le pouvoir croissant d’institutions technocratiques
indépendantes, qui ont conquis des pans importants du pouvoir politique, au
premier rang desquels les banques centrales. Le second est purement européen
avec une construction qui ne tient pas compte du vote des peuples et a tendance
à confisquer une part très importante des pouvoirs politiques pour les exercer
sans réel contrôle, de manière irresponsable et anti-démocratique.
Deux
auteurs américains, Joseph Stiglitz (prix Nobel
d’économie) et Robert Reich (ancien ministre de Bill Clinton), ont dénoncé cette
dérive anti-démocratique de nos sociétés dans « La
grande désillusion »
et « Supercapitalisme ».
Fort heureusement, ils ne sont adeptes de la théorie du complot et soulignent
que ces institutions technocratiques agissent en général en pensant bien faire
mais que leur nature même les pousse à l’erreur. Leurs analyses, faites de
culture de la responsabilité, d’humanisme et de souci démocratique, rappellent
celles du Général à propos de la IVème République.
Comme en 1958, le gaullisme peut nous aider à restaurer un système plus
démocratique et responsable.
Bien plus que le socialisme ou le
libéralisme, la pensée gaulliste peut nous guider dans ce nouveau millénaire.
Elle nous offre une boussole bien utile pour nous diriger sur les trois défis
des prochaines années : refonder l’économie après la crise, apaiser les
relations internationales et défendre la démocratie.
Source
:
http://www.marianne2.fr
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