L'enquête
sur Julien Dray embarrasse les socialistes
LE
MONDE | 20.12.08 | 12h45
Après
que Bernard Accoyer (UMP), président de l'Assemblée
nationale, eut donné son accord, les enquêteurs de la Brigade financière ont
procédé vendredi 19 décembre, en fin de journée, à une perquisition dans les
bureaux de Julien Dray. Le député socialiste de l'Essonne est au centre d'une
enquête préliminaire ordonnée, le 10 décembre, par le parquet de Paris pour des
faits présumés d'abus de confiance. Plus tôt dans la journée, d'autres
perquisitions avaient eu lieu au domicile de M. Dray mais aussi au siège de deux
associations, Les parrains de SOS-Racisme et la Fédération indépendante et
démocratique lycéenne (FIDL). L'organisme antiblanchimentTracfin du
ministère des finances a fait parvenir au procureur de Paris un signalement, le
28 novembre, révélant des mouvements de fonds suspects entre les comptes de ces
associations et celui de M. Dray.
L'avocat
de ce dernier, MeLéon Lef Forster, a
indiqué que son client "n'avait rien à se reprocher"."Sa réaction est
celle d'une sérénité totale", a indiqué Me Forster, précisant que
son client avait "répondu à toutes les questions qui lui avaient été posées
et que ces réponses sont vérifiables".
La
révélation par Le Monde des perquisitions effectuées vendredi sème le
trouble et surtout l'embarras au PS. Pas de communiqué officiel, peu de
déclarations "on the record" : en attendant les suites de l'affaire, les
socialistes font le gros dos.
"Je
n'ai aucun commentaire à faire",
déclare la première secrétaire, Martine Aubry dans Le Parisien du
samedi 20 décembre. Le porte parole du PS, Benoît Hamon n'est pas plus disert. Lui non
plus n'a "pas de commentaire" à formuler sur un dossier "qu'il ne
connaît que par trois bouts d'articles parus dans la presse". François Lamy,
conseiller politique de Mme Aubry, réagit pour sa part surtout aux
déclarations de l'avocat de SOS-Racisme, MeDominique Tricaud,
qui a mis en cause l'actuelle direction du PS en suggérant qu'elle pourrait être
à l'origine des fuites de ce dossier. Le conseiller de Mme Aubry est
"effaré" par ces propos. "Il faut, dit-il, qu'on sorte de
l'idée que l'on puisse se faire ce genre de coups entre socialistes. En tout
cas, ce n'est pas du tout le genre de la maison Aubry.
Ce serait en plus absurde car c'est l'image de tous les socialistes qui est
ternie par des affaires de cette nature".
L'hypothèse
d'un règlement de comptes interne au PS est évoquée par d'autres socialistes,
sous couvert d'anonymat. "On sent une vilaine ambiance,une volonté de
nuire, affirme un dirigeant. Rappelons-nous, poursuit-il, que les
éléments déclencheurs de l'affaire Urba comme celle de la MNEF provenaient de
l'intérieur du PS."
Les
socialistes sont prudents aussi dans leurs manifestations de solidarité à
l'égard du député de l'Essonne. Une exception : Harlem Désir, proche de Bertrand Delanoë et membre de la nouvelle
direction du PS, longtemps compagnon de route de M. Dray à SOS-Racisme. "Je
suis certain que tout cela va être démenti", déclare le député européen.
D'autres encore au PS s'étonnent du moment choisi pour ces révélations. Bruno
Julliard dirigeant socialiste, ancien président de l'UNEF, se dit
"surpris" que cette affaire éclate "en plein mouvement lycéen, ce qui
tombe à pic pour le gouvernement". Vendredi, sur LCI, le ministre de
l'éducation nationale a qualifié le PS de "récupérateur principal" du
mouvement lycéen. "Le PS est resté longtemps éloigné d'un certain nombre de
mouvements, dit M. Julliard qui a participé à la manifestation lycéenne de
jeudi, à Paris. Nous sommes de nouveau présents, cela (...) embarrasse le
gouvernement".