Georges
Malbrunot 20/12/2008
| Mise à jour : 11:17
Nicolas
Sarkozy et son épouse en Israël, en juin dernier. La France préfère laisser les
Israéliens et les Palestiniens négocier la délimitation du futur État
palestinienet proposer des solutions concernant d'autres points
litigieux.
Paris
propose la création d'une agence internationale pour dédommager les réfugiés,
ainsi qu'une police touristique internationale pour garantir l'accès aux lieux
saints de Jérusalem.
Le
2 décembre, la France a présenté à ses partenaires européens ses «idées
créatives» pour accompagner un traité de paix israélo-palestinien. Les 27
ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont discuté du plan
français, sans l'endosser, en raison, notamment, de réserves allemandes. Paris
compte remettre cette feuille de route aux Tchèques, qui vont lui succéder à la
tête de l'UE. «Obama ne sera pas seul, si les Américains décident de se
réengager», affirme une source diplomatique à Bruxelles, qui a révélé au Figaro
la teneur de ce plan. Paris a volontairement laissé Israéliens et Palestiniens
négocier la délimitation du futur État palestinien, préférant concentrer ses
efforts sur les autres litiges de leur vieux contentieux.
Le
statut de Jérusalem.La
France garantit l'accès aux lieux saints, grâce au déploiement d'une police
touristique internationale, dans la vieille ville, siège de la mosquée
al-Aqsa (musulmans), du Saint Sépulcre (chrétiens), et du mur des Lamentations
(juifs). Pour que Jérusalem devienne «la capitale de deux États», comme l'a
réclamé Nicolas Sarkozy en juin devant la Knesset, Paris avait le choix entre
deux conceptions : «une capitale coupée en deux» (comme c'était le cas
avant la guerre des Six Jours en 1967) ; mais la construction de multiples
colonies israéliennes autour de sa partie orientale palestinienne rendait cette
option impraticable. D'où cette seconde idée consistant à faire de
Jérusalem «une capitale ouverte», avec deux pouvoirs souverains et deux
administrations municipales. Mais «si on laisse Israéliens et Palestiniens en
face à face à Jérusalem, cela ne marchera pas», reconnaît le diplomate européen.
Pour contourner l'obstacle, Paris propose la création d'un comité de
liaison international, pour traiter des questions d'infrastructures
(électricité, eau, téléphone) dans les secteurs palestiniens de Jérusalem-Est,
qui resteront enclavés, après la signature d'un accord de paix. L'Autorité
palestinienne est, pour l'instant, opposée à une telle assistance municipale,
qui la déposséderait d'une partie de sa souveraineté sur Jérusalem-Est. Paris
veut également renforcer la présence palestinienne à Jérusalem-Est, en rouvrant
la Maison de l'Orient, le siège officieux de l'OLP, fermé par Israël en 2001, au
début de la seconde intifada.
Les
réfugiés.Paris
propose la création d'une agence internationale, chargée d'indemniser les
Palestiniens de la Diaspora, qui ne rentreraient, ni en Israël ni dans la future
Palestine. Ils constituent la majorité
des 4 millions de réfugiés (ou de leurs descendants), qui ont quitté la
Palestine historique en 1948, à la création d'Israël. Le coût d'une telle mesure
est énorme : entre 80 et 200 milliards de dollars, selon les premières
évaluations. Qui paierait ? Les pays du Golfe, mais aussi l'UE, qui a donné
son accord à ce «mécanisme», y compris dans ses «dimensions logistiques et
financières». Sur cette question sensible, Paris estime que «tout accord de paix
se fera avec un retour minimal de réfugiés en Israël». Olmert était prêt à en
accepter 5 000 environ, mais ses successeurs potentiels, Tzipi Livni ou
Benyamin Nétanyaou, n'en veulent
aucun. Petite astuce, des réfugiés pourraient être relogés dans les territoires
qu'Israël est prêt à échanger avec les Palestiniens, dans le Néguev ou au nord
près de Betshean. Un retour déguisé en Palestine.
Une
force internationale.L'Autorité
palestinienne n'étant pas encore en mesure d'assurer la sécurité à la frontière
d'Israël, cette tâche incombera à la communauté internationale, singulièrement à
l'UE, sous la forme d'un déploiement de quelques milliers de soldats ou de
gendarmes. «Contrairement au Liban-Sud en 2000, un retrait israélien de
Cisjordanie ne va pas se faire en une journée», dit-on à Bruxelles. Cette force
serait d'abord déployée dans les secteurs évacués par Tsahal. Les Vingt-Sept ont
signalé leur disponibilité. Mais les Allemands ne veulent pas envoyer de
troupes, qui pourraient se retrouver face à des soldats israéliens. L'Autorité
palestinienne, elle, n'est pas contre. Ehoud Barak, le ministre israélien de la
Défense, montre de «l'intérêt», Livni, aussi. Tout comme, pour la première fois,
certains Américains, en particulier, le nouveau patron du Conseil national de
sécurité, le général James Jones. L'ex-coordinateur, chargé de la sécurité au
Proche-Orient, a conseillé aux Israéliens d'accepter un tel déploiement de
forces étrangères en Cisjordanie.