26
milliards d'euros de relance : priorité à l'investissement
LE
MONDE | 04.12.08 | 10h52 • Mis à jour le 04.12.08 |
12h39
Arnaud
Leparmentier
Eviter
de sombrer dans une dépression durable, comme ce fut le cas après les graves
crises bancaires de 1929 aux Etats-Unis et des années 1990 au Japon. Mais ne pas
compromettre la compétitivité économique française, comme l'avait fait Valéry
Giscard d'Estaing après le choc pétrolier de 1973, puis François Mitterrand en
1981 en subventionnant la consommation.
Nicolas
Sarkozy s'est efforcé d'éviter ce double écueil en présentant à Douai, jeudi 4
décembre, un plan de relance budgétaire axé sur l'investissement et les
entreprises. "Notre réponse à la crise, c'est l'investissement",
devait-il déclarer, entendant ainsi "ne pas sacrifier l'avenir au
présent".
D'un
montant de 26 milliards d'euros, soit 1,3% du produit intérieur brut (PIB), ce
plan censé contrer la récession annoncée pour 2009 et endiguer l'envolée du
chômage comporte deux volets essentiels. Le premier vise à soulager la
trésorerie des entreprises, en particulier des PME : dès le début 2009, l'Etat
va leur rembourser ses dettes (impôt sur les sociétés, crédit d'impôt recherche,
TVA) à hauteur de 10,5 milliards d'euros. Le second volet consiste à lancer
immédiatement des programmes d'investissements publics, jusqu'à présent gelés
faute de financement, à hauteur de 11,5 milliards d'euros. S'y ajoutent des
mesures pour soutenir deux secteurs particulièrement sinistrés : l'automobile et
le bâtiment.
"NOUS
N'AVONS PAS LE CHOIX"
Pour
soutenir l'automobile, une prime à la casse de 1000 euros sera versée aux
propriétaires qui se débarrasseront d'un véhicule de plus de dix ans pour en
acheter un neuf; pour le logement, le chef de l'Etat a annoncé le doublement du
prêt à taux zéro en cas d'acquisition d'un bien neuf en 2009. Les 3,5 millions
de ménages les plus démunis toucheront fin mars une prime de 200 euros. Enfin,
M. Sarkozy, qui veut "en finir avec l'Etat bureaucratique", compte
alléger les règles d'appel d'offres pour accélérer la réalisation des
investissements publics. Un ministre va être nommé pour superviser la mise en
œuvre du plan.
Le
"plan massif d'investissement" vanté à Douai par M. Sarkozy devrait
générer en 2009 un surcroît de croissance de 0,8 point, tandis que les déficits
déraperaient d'autant (15,5 milliards d'euros supplémentaires), pour s'approcher
des 4% PIB. A ceux qui s'inquiètent du surcroît d'endettement, M. Sarkozy répond
: "Nous n'avons pas le choix. Ne rien faire nous coûterait bien plus
cher".
Au
début de la crise bancaire, à la fin de l'été, Matignon et Bercy estimaient que
la meilleure réponse au ralentissement généralisé que connaissait l'Europe
résidait dans une baisse des taux d'intérêt. La Banque centrale européenne (BCE)
a joué le jeu en réduisant le loyer de l'argent à 3,25 % en octobre. Son
président Jean-Claude Trichet devait accélérer le mouvement
jeudi.
Mais
il est apparu dès la fin octobre que l'arme monétaire serait insuffisante :
parce que la planète entière, y compris la Chine, était frappée de
ralentissement; parce que la défiance était telle qu'en dépit d'un plan de
sauvetage massif, les banques continuaient de se prêter à des taux anormalement
élevés.
M.
Sarkozy avait pris les devants lors de son discours de Toulon le 25 septembre
2008 : "Si l'activité venait à reculer fortement et durablement, je
n'hésiterais pas à prendre les mesures nécessaires pour la soutenir." Et il
s'est attelé à un plan de relance, comme l'avait demandé, mi novembre, à
Washington, le G20, réunissant les dirigeants des 20 principales économies du
monde. "Il ne s'agit pas de savoir si je suis libéral ou pas, si je
redécouvre Keynes ou si j'ai abandonné Milton Friedman", avait précisé le
président le 20 novembre. "Il s'agit d'être pragmatique, devant une situation
de l'économie que l'on n'a jamais connue ".
CHANGEMENT
DE CAP
La
crise, soudain, semble remettre les compteurs à zéro. Effacée la promesse de
campagne consistant à promettre, début 2007, de rendre 68 milliards d'euros aux
Français en baissant de 4 points les taux de prélèvements obligatoires, alors
que la France est la vice-championne du monde des
dépenses publiques derrière la Suède. Caduque, la réponse faite début janvier en
conférence de presse en pleine polémique sur le pouvoir d'achat :
"Qu'attendez-vous de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ?"
Quant au plan de rigueur, un moment annoncé par le PS et souhaité par François
Fillon, il est bel et bien enterré.
Toutefois,
pour éviter d'investir à fonds perdus, M. Sarkozy a évité de baisser la TVA, à
la différence du premier ministre britannique Gordon Brown : jugée coûteuse et
inefficace, la mesure profite essentiellement aux importations. Hormis la prime
aux plus démunis, dont la finalité n'est pas économique, le plan s'efforce de ne
pas trop subventionner la consommation. "Un euro d'aide à la consommation
crée 0,5 euro de croissance supplémentaire tandis qu'un euro d'investissement
crée 1,1 euro de croissance en plus", affirme
l'Elysée.
Une
exception, la prime à la casse dans l'automobile, qui a suscité de vives
réticences à Bercy. Il s'agit d'une version moderne des aides inventées dans les
années 1990 par Edouard Balladur et Alain Juppé, qui avaient dopé les achats de
voiture un premier temps avant de produire un terrible contre-coup sur les constructeurs.