Hommages à Jacques Dauer

 

C’est avec émotion que je prends acte du départ du compagnon Dauer. Je l’ai peu connu, mais lors des dîners de l’Académie, j’ai pu constater ce que voulait dire «être Gaulliste».

Ali Abchiche

 

Avec Jacques, c’est un peu une partie de nous-mêmes et de nos idéaux qui s’en vont. Il nous manquera.

Gilles Bachelier

 

Le gaullisme est en deuil. Le gaullisme est en berne. Jacques Dauer n’est plus. L’Académie du Gaullisme a perdu son président. C’est lui qui avait fondé ce conservatoire des valeurs et des certitudes de sa vie. Le mot, la dénomination peuvent être impropres s’ils suggèrent que le gaullisme puisse être le Panthéon où survit la mémoire des régiments dissous. Jacques, le verbe fougueux, la plume d’un sabreur n’eut de cesse de fustiger les reniements, de ranimer les fidélités défaillantes. Seule la mort lui a fait vider les étriers. La fin d’une longue vie tout entière vouée à la France.

 

Né à Paris, fils d’un maître-imprimeur portant en lui l’héritage douloureux de la Terre d’Alsace, il en perpétue l’esprit de résistance. Tout jeune, à peine sorti de l’enfance, il fut courrier, le « petit postier » des messages porteurs d’action et d’espérance. Avant de s’engager, la Libération venue, au Bataillon de Choc. Le Service de la France se devait d’être honoré. Titulaire de la Croix de guerre 1939-1945, chevalier de la Légion d’honneur en 1979, officier en 1989 Jacques Dauer fut élevé à la dignité de commandeur en mars 1997. La cravate lui fut remise par Pierre Mesmer dans les locaux de la Fondation des Français Libres où se tiennent les séances et dîners-débats de l’Académie du Gaullisme. Aucun de celles et ceux des présents n’ont oublié l’émotion partagée qui fut la nôtre. La mienne s’avivait à la pensée d’une amitié jamais démentie depuis… 1953. Étudiant en sciences politiques de l’U.L.B. (Université Libre de Bruxelles), je vins à Paris et rencontrai Jacques.

 

C’était l’époque de Paris-Jeune dont le premier numéro était sorti le 10 février 1953. Pour modeste qu’il fut ce « bulletin » illustrant le combat des jeunes gaullistes, leur exigence « d’agir » leur rêve, recueillait les encouragements de François Mauriac, de l’abbé Pierre, de Rémy Roure, d’Edmond Michelet, de Pasteur Vallery-Radot, d’Albert Ollivier, de Michel Tauriac et de tant d’autres encore… De ce temps là datent aussi mes rencontres avec Claude-Gérard Marcus, Michel Rodet hélas disparu, Michel Katchoura mieux connu sous le nom de Michel Anfrol lorsqu’il présenta le J.T. de l’O.R.T.F. alors que je présentai moi-même celui de la R.T.B. (Radio Télévision Belge). Je n’aurai garde d’oublier Bernard Marin auteur d’un joli livre dont le titre pourrait nous être commun à tous De Gaulle de ma jeunesse.

 

Après Paris-Jeune vint Le Télégramme de Paris qui connut près de vingt ans d’existence. Il se voulait la voix et l’expression des « gaullistes de gauche ». Jacques Dauer perpétuait ainsi la fibre sociale, le sens de la solidarité dont témoignait son père Edmond, ce maître-imprimeur jamais oublié dans la profession. C’est pourquoi son fils ne manquait pas dans son action politique de rappeler l’ardente nécessité de l’association Capital-Travail chère au Général de gaulle. Ce n’est pas pour rien que Jacques fit campagne pour Jacques Chaban-Delmas et sa « Nouvelle Société ». Ce jeune général de Brigade, ce jeune premier ministre, peut-être le dernier gaulliste à avoir occupé le pouvoir, cet éternel jeune homme qui mettait sa coquetterie à gravir quatre à quatre les degrés des palais de la République rata une marche. Son échec aux présidentielles ouvrit la voie aux héritiers infidèles et même aux adversaires si l’on songe à Valéry Giscard-d’Estaing et François Mitterrand. Jacques Dauer déjà grognard rugueux, imprécateur et souvent provocateur, accusa son profil d’insoumis, de rebelle, de censeur de tous ceux qui, à ses yeux, « manquaient » à la France. Ces propos pouvaient parfois – à juste titre – paraître excessifs. Il en avait conscience mais assumait ses outrances.

 

Jacques Dauer laisse une oeuvre qui retrace les péripéties de sa vie. Elles se confondent avec les tourmentes qui ont assailli la France. Sans énumérer tous ses livres on peut relever Le 13 mai sans complots paru en 1959 et Les orphelins du gaullisme, publié en 1962 chez Julliard. On n’aura garde d’omettre la série des Chroniques du Hussard et des Annales. Elles sont le Livre d’Heures d’un compagnon qui n’a jamais interrompu sa quête de « l’inaccessible étoile » dont parlait Jacques Brel et qu’il chantait jusqu’à l’épuisement dans L’Homme de la Mancha.

Luc Beyer de Ryke

 

…Je retiendrai de notre président les écrits percutants qui devaient peut-être déplaire à certains mais avaient au moins le mérite de réveiller les consciences... Jacques Dauer est une grande perte pour l’Académie du Gaullisme, je souhaite que sa pensée de résistant perdure pour le plus grand bien de notre pays.

Marcel Bivel

 

Je suis abasourdi et profondément attristé par la nouvelle de la disparition de cet être d’exception qu’était Jacques Dauer. Je me sens orphelin d’un père spirituel que j’aimais prendre pour référence dans mes discussions avec ceux que je voulais convaincre de la nature humaniste du Gaullisme véritable. Je suis en colère aussi, à l’idée que tous les usurpateurs de la définition du Gaullisme vont pouvoir désormais s’autoproclamer Gaullistes sans risquer l’ire légitime de Jacques Dauer et le rétablissement d’une vérité que son vécu rendait inattaquable.

Erik Blondin

 

…Nous nous connaissions depuis l’Union Travailliste, véritable marmite des idées sociales et politiques. La rigueur de Jacques était de celles qui veulent et peuvent empêcher un pays de basculer dans la dépendance ou même le néant. Certes, nous avons vécu le « choc » des effervescences, mais c’est ainsi que nous pouvons déceler le vrai chemin : le dernier 18 Juin est son véritable testament. Il nous appartient de continuer si nous voulons rester sur le grand chemin de la liberté : Jacques pressentait que nous allions arriver sur une situation de force si l’effacement du pays continuait… Il a tant semé que la voie est tracée et que c’est aussi comme cela que de telles forces ne disparaissent pas Merci Jacques.

Gaëtan Charlot

 

Le vieux lion rugira toujours, depuis son irréductible poste, «hors du temps et de l’espace». Associée a votre deuil, permettez-moi d’y partager cette citation, tirée du récent ouvrage sur la Résistance et la Déportation, où Jacqueline Pery d’Alincourt témoigne : « Les réseaux étaient constitués de personnes qui s’étaient déterminés en dehors de tous schémas préexistants, politiques, sociologiques, ou religieux. C’était une décision qui engageait l’individu au plus profond de lui-même. Il y avait des gens de toutes les origines possibles, des riches et des pauvres, des croyants et des agnostiques, des communistes et des conservateurs, jetés soudain hors de leurs propre univers pour combattre pour la même cause : l’humanité.Ce n’était pas une question de politique. C’était un engagement mystique… »

Béatrice Decoster-Mallet

 

Merci à Jacques Dauer d’avoir incarné en nos temps d’incertitude, la loyauté, la fraternité et la persévérance au service d’une certaine idée de la France. L’Histoire ne l’oubliera pas et lui réserve une place auprès des braves.

Thierry Delbos

 

Soyons fidèle à ses engagements gaullistes et autres.

Jean-Luc Delcampo

 

…Le père Jean Trouillard, l’un des plus éminents spécialistes du néo-platonisme, assurait « L’esprit ne meurt jamais ». Notre Jacques Dauer le sait maintenent, et en plénitude, alors que nous en sommes au stade de l’espérance. C’étai - et ce sera toujours - un grand homme, de cette espèce en voie d’extinction depuis que le Général a regagné l’éternité. Non, les gens de cette trempe ne meurent pas ; c’est un air qu’ils se donnent – et nous le savons bien.

Lucien Jerphagnon

 

Jacques Dauer nous a quittés. Son coeur, pourtant vaillant, s’était usé à lutter à la façon de Don Quichotte contre ceux qu’il tenait, au vu de leurs fausses convictions, pour des moulins à vent de la politique politicienne. C’est qu’il n’était pas commode, le hussard du Général ! Il chargeait sabre au clair à la première occasion, et son cri de guerre était toujours : « Tuez les tous !». Bien peu y échappèrent, mais si les mots blessaient, heureusement ils n’étaient pas mortels, la nature de l’auteur, tout soupe au lait qu’il était, n’étant pas de passer à l’acte. La sortie de scène fut plus modeste. Il est parti sans bruit, en quelques heures, et nous avons bien du mal, les événements poussant, à perdre le réflexe, lorsqu’il en vient un de quelque importance, la visité du Pape en France, l’extension du conflit afghan au Pakistan, les tensions nouvelles entre les États-Unis, la Bolivie et le Venezuela , par exemple, à réaliser qu’on ne peut plus lui téléphoner pour lui demander ce qu’il en pense. Ou bien encore, connaissant son refus de laisser passer l’événement sans réagir, nous attendons vainement le coup de téléphone par lequel il aurait annoncé un projet d’article fulminant.

 

Donc, Jacques Dauer nous manque, et, question sans réponse, comment remplacer l’irremplaçable ? Sûrement pas en cherchant à imiter sa verve incantatoire. Il est clair que nous ne y arriverions pas, les uns et les autres, et que ce serait même manquer à sa mémoire que de vouloir le faire. Et pour quelle audience d’ailleurs ? S’il y a une leçon à tirer des années passées dans sa compagnie, c’est bien de garder toujours la foi en l’avenir de la France, une France qui manquerait au monde si elle cessait de marquer sa différence à l’égard des idéologies, qu’elles soient économiques ou religieuses, en ne mettant plus au premier rang de ses priorités le combat pour la dignité de l’Homme, « seule querelle qui vaille » comme disait si bien le Général de Gaulle. Voeu pieux, peut-être, les choses étant ce qu’elles sont, mais balise tout de même pour ne pas s’écarter du chemin.

 

À cet égard, le catholique, traditionaliste mais discret, qui s’est révélé à l’occasion de ses propres obsèques, n’aurait sans doute pas manqué de trouver dans les paroles de Benoît xvi la confirmation de ses exigences transcendantales. S’appuyant sur des citations savantes des philosophes de l’Antiquité et des Pères de l’Église, il était à l’aise sur ces hauteurs où son lyrisme pouvait donner sa mesure, voire quelque démesure. Quel sens donner à sa vie à l’heure du bilan ? Ô toi que

 

voilà, qu’as-tu fait de ton talent ? Ces questionnements étaient toujours présents dans les derniers temps de sa vie lorsqu’il s’ouvrait aux autres, pressentant une fin prochaine. Encore que, soudain, par des détours inattendus, descendant brusquement de son Olympe, il retombait à bras raccourcis sur les cibles habituelles de son courroux, les « ministres intègres », les énarques et autre hauts fonctionnaires, les élus de tout poil, les juges, les policiers, sans oublier les syndicats d’enseignants et surtout le medef, ramassis de « managers » incapables à ses yeux d’honorer le beau métier de patron qu’il avait lui-même exercé en se faisant l’apôtre de la Participation. Patriote sans concession, sa vindicte dépassait bien entendu les frontières de l’Hexagone et visait tout particulièrement Bruxelles et Washington. Nul doute qu’il aurait fait sien l’anathème lancé par le vénézuélien Hugo Chavez à la fin d’un de ses derniers discours : « Allez au Diable, Yankees de merde ! »

 

Tel était l’Ami Jacques. Il avait le don de cette forme d’excommunication sans appel. Chacun en fut témoin, il la pratiquait volontiers à la fin de ses interventions, avec un art consommé du tréteau. De là à saluer son départ d’un « salut, l’Artiste ! », certes pas. Ce serait un peu court. Dans nos coeurs se murmure plutôt ce chant des soldats allemands pleurant l’un des leurs : « J’avais un camarade … »

François Lardeau

 

Jacques Dauer était un personnage pour lequel j’avais beaucoup d’estime et d’admiration.

Sylvie Lebois

 

Attristé par le départ d’un Homme de conviction au service de son Pays, Homme d’honneur et d’action… Son souvenir restera dans nos coeurs ! Des personnalités comme la sienne ne peuvent laisser indifférent quiconque. Un cigare, un bon mot, un ton haut, mais l’allure fière d’un bon Gaulois, au service du Gaullisme, dont il a été pendant des années le porte-parole et son fer de lance. Il avait fait sienne cette devise ! « Le gaullisme ne meurt pas, il s’actualise. » Puissent son oeuvre, son combat et son action perdurer dans le temps, et faire encore des émules.

Jean-Pascal Meuric

 

Salut au vieux lion dont le combat pour la liberté et l’indépendance de la France est gravé à jamais dans nos coeurs.

Jacques Myard

 

Nous n’oublierons jamais cet homme de conviction qui fut l’un des chantres de la participation. Toute la famille gaulliste est aujourd’hui orpheline de l’un de ses principaux acteurs.

Sébastien Nantz

 

Jacques Dauer était un homme remarquable pour qui j’éprouvais affection et admiration. Sa disparition laissera un grand vide, mais ce qu’il nous a appris jamais ne disparaîtra.

Charles Napoléon

 

…J’ai aimé et respecté un homme de forte personnalité, avec lequel je m’entendais bien et dont j’ai admiré la vie, l’engagement, la vitalité. Je lui avais proposé de vous rejoindre et il m’a fait confiance, et cela, je ne l’oublierai pas. Il me semble qu’une page de l’Histoire se tourne. J’espère que nous resterons fidèles ensemble à ce qu’il incarnait, autour de convictions auxquelles il a consacré sa vie.

Jean-Pierre Nürenberg

 

Chers amis,

J’ai eu connaissance de la disparition de Jacques Dauer et cette nouvelle m’a laissé dans la peine et la consternation. Dans ces si tristes circonstances, j’ai voulu vous exprimer ma sympathie et vous dire que je mesure le vide qui demeure après son départ. Ce vide, il est cruellement ressenti par ceux, nombreux, qui savent sa contribution au débat public. Car sa voix portait haut et fier l’amour et l’ambition qu’il nourrissait pour son pays, et son intransigeance et ses colères masquaient mal son accablement de voir bafouées des valeurs éthiques qu’il n’avait jamais abandonnées.

 

L’esprit et la pensée de Jacques Dauer vont cruellement nous faire défaut et le flambeau qu’il tenait sera lourd pour ceux, dont vous êtes, qui le reprendront. À mon soutien et ma sympathie dans cette épreuve, je me permets d’ajouter mes encouragements pour que l’oeuvre de salubrité publique de Jacques Dauer se perpétue dans une Académie du Gaullisme si chère à son coeur. Je vous prie de bien vouloir croire, chers amis, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

 

Philippe guin (courrier adressé aux membres du Conseil d’administration de l’A.G.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


      Réagir à l'article :
 

HTML Web Counter