LE GENERAL de GAULLE

Redressement économique et financier de la France – 1944 – 1946

Par Henri Fouquereau,

1939 une drôle de guerre, presque porteuse d'espoir : nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried, nous gagnerons parce que nous sommes les plus forts, et puis le coup de massue ; l'effondrement, avec ses longs cortèges de réfugiés lancés sur les routes, l'armée est bousculée par l'arme mécanique dont s'est dotée l'Allemagne nazie.

Le 17 juin : l’irréparable : la voix d’un vieillard : « je me suis adressé cette nuit à l'adversaire, » Les Français médusés apprennent qu'ils vont être soumis à une politique de soumission, de collaboration, une politique des abandons, du déshonneur

24 heures après, à Londres : UN APPEL, une lueur dans le ciel noir, un Général Français, pratiquement inconnu se rebelle, prenant à contre pied le Maréchal   il déclare : Quoi qu'il arrive la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra jamais : voilà « l'espoir « 

4 années après, à quelques jours prés, des soldats Français, suivis du Général de Gaulle, débarquent sur les plages de Normandie, destination ; Berchtegaden et Berlin. Paris sera libéré, l'Allemagne nazie vaincue.

Entre temps, le Royaume-Uni et la France, considérés comme des empires malfaisants par les Etats-Unis, parce qu'ils nuisent à leurs intérêts, vont être combattus, dans l'ombre, par Roosevelt. Churchill l'acceptera, le Général de Gaulle s'y opposera. Il ira jusqu'à donner l'ordre au délégué de la France, Pierre Mendés France, son représentant à Bretton Woods en juillet 44, de ne rien négocier avec les américains

Bretton-Woods profitons de cette intervention pour nous étonner du fait que peu relient ces accords avec les évènements qui se sont déroulés sur le plan économique et financier après août 1944. Ils ont pourtant modifié en profondeur la politique financière dans le monde et donc chez nous. Nous passons en effet du Gold exchange standard avec lequel chaque monnaie était susceptible d'être convertie en or, à un système ou seul le dollar est convertible dans ce métal (Nixon suspendra la convertibilité du dollar le 15 août 1971, le nombre des dollars « inventés et vendus » dépassant les capacités d'une convertibilité quelconque

Ces accords font d'une monnaie nationale, (le dollar) gérée par des autorités nationales, à des fins nationales, l'étalon monétaire international.

C'est la main mise d'une monnaie sur les autres monnaies.

De plus des institutions internationales créées pour aider les Etats du monde sont mises en place. Sises aux Etats-Unis elles resteront un certain temps, dont celui de la guerre froide sous domination américaine

Une monnaie « internationale » américaine, des institutions internationales, mais américaines, un endettement considérable des alliés vis à vis des américains voilà de quoi changer le monde en faisant des Etats-Unis les créanciers, des autres Etats. Du banquier prèteur à l'Etat emprunteur, donc solliciteur, qui est le patron ? La réponse est dans la question. Les accords de Bretton-Woods désignent les USA comme n°1 mondial.

La guerre bouleverse le monde qui mute, sous la pression des Etats-Unis et sans que peu s'en aperçoivent. Le multilatèralisme de Roosevelt s'articule autour d'un système de coopération et de règles internationales régi par des institutions internationales, régies elles-mêmes par l'Amérique –

Les Etats se sont choisis un maître, une fois de plus le Général de Gaulle soupçonne le piège tendu et ne voulant faire entrer la France dans cette politique d’abandon, donne l'ordre au représentant de la France à Bretton-Woods : Pierre Mendés France, de ne rien négocier. Chacun connait la suite, dés que la France possèdera des réserves de change en dollars, le Général les fera échanger aussitôt par le d'or comme promis.

Etrange ballet qui se déroule à Brettons-Woods ou Keynes pour le Royaume-Uni et White pour les USA s'opposent alors qu'ils sont d'accord sur l'essentiel :

-Les marchés ne peuvent tout réguler, d'où une nécessité des interventions de l'Etat

-Il y a nécessité de contrôler les mouvements de capitaux

Malheureusement le politique soumis aux affairistes, commencera à libéraliser, à déréguler, à ne plus faire intervenir l'Etat, il fera la courte échelle à Madame Thatcher, qui dans les années 80 gangrènera le monde dit libre dont un socialiste F. Mitterrand qui passera du socialisme le plus dur au plus tendre néo libéralisme, pour le plus grand malheur de la France

L 'Américain White fait en sorte que le dollar domine les autres monnaies, Keynes s'oppose à l'or cette « relique barbare » et milite pour le Bancor, théorie qui sera reprise par notre ami le banquier Pierre Leconte.

L'Amérique remportera la mise, les autres Etats suivront.

La France après le départ du Général en 1946 se servira de l'aide américaine (Plan Marschall), ce qui aurait du prouver que les institutions issues de Bretton-Woods ne remplissaient pas le rôle qui leur avait été assigné.

Comment cela aurait-il pu fonctionner lorsque le FMI ultra libéral provient de deux partisans de l'intervention de l'Etat, Keynes et White- 70 ans d'une politique bancale issue de la volonté d'un seul Etat de protéger ses intérêts, cela ne pouvait fonctionner

Au-delà de cet évènement la France reprend son rang. Le plus dur dira le Général sera d'être capable de le tenir. Et c'est là que se profile le génie du Général qui malgré les embûches, le non sens, la défense de l'intérêt des autres nous ramène néanmoins dans le concert des nations. Malheureusement le régime des partis qui revient à la surface, fera partir le Général et une fois encore, de la France, redeviendra le débiteur des USA

Pendant que nos armées continuent la guerre contre l'Allemagne de hitler, le Général lui doit aussi combattre l'Amérique de Roosevelt.

Arrivé sur les plages de Normandie, le Général découvre le projet des Américains :   Amgot : qui voulait installer un gouvernement militaire d'occupation chargé d’administrer tous nos territoires et de dissoudre la France dans une purée de marrons franco-belge ;

Heureusement la France a du génie et les Français sont tenaces, nos armées et la résistance firent suffisamment pour que Eisenhower accorde sa confiance au Général, Michel Debré fit assez pour renvoyer les Préfets américains chez eux

-Il restait à nourrir la nation qui avait faim

-il restait à reconstruire le pays

-il restait à planifier l'avenir de la France

L'intendance suivra. Tordons le cou à cette légende, rien de plus faux. C'est au contraire l'économie qui pendant la période allant de 44 à 46, l'emporte sur tout le reste et cela le Général en était tout à fait conscient

Il suffit de relire l'intervention du Général au Palais de Chaillot le 12 septembre 1944 pour en être convaincu :

Le niveau de vie des travailleurs doit monter à mesure que montera le taux de la production Pour lui : sujets principaux : LA FRANCE, l’industrieuse, la condition et la dignité des hommes

Aussi faut-il réquisitionner où placer sous séquestre, mettre à la disposition de l'Etat l'activité de certains services publics et de beaucoup d'entreprises. Fixer le prix des choses, contrôler les échanges aussi longtemps que ce qui est produit n'équivaut pas à la demande des Français Et puis : L'intérêt particulier doit céder à l'intérêt général

Il appelle les croisés de Lorraine, ferment de la nation, à se lancer dans l'effort et vers la grandeur

Arrivé au pouvoir, le Général applique sa politique- Il commence par dévaluer le Franc (6 septembre 44) de 13%.

- Réquisitionne des entreprises

-Lance la bataille pour la production

-Nationalise d'abord les houillères, nécessité des nécessités, puis le crédit, les banques, les assurances, l'énergie, les transports etc. etc.

-Ce sera ensuite la naissance du Plan, avec une planification indicative et prévisionnelle. Qui peut réaliser quelque chose sans le prévoir par avance ?

Il décide que l'Etat doit orienter l'évolution économique selon les besoins des Français et ce sera l'affaire du Plan confié à Jean Monnet, « ce vendeur de bon cognac qui aurait dû le rester »

Le Général Installe vite son gouvernement : 21 ministres sont autour de lui, il retrouve son bureau de sous-secrétaire d'Etat et y prend ses quartiers

Ce bureau, rien ymanque, excepté l'Etat, il m'appartient de l'y remettre, aussi m'y suis-je d'abord installé

Août 1944 : état de la France :

Sur le plan de la démographie, il manque 1,5 millions de personnes par rapport à 1938

L’économie est dévastée : la production agricole a perdu 1/3 de ses capacités, l'industrie plus de la moitié, les infrastructures sont touchées, pour certaines totalement anéanties, les transports coupés dans de nombreux cas, les prix augmentent la valeur du Franc diminue

Heureusement que la confiance en le Général se manifeste lors de l'emprunt qu'il lance le 6 nov. est couvert en 3 jours et rapporte 164,4 milliards il permet de régler les factures et de faire repartir la machine

L'économie commence à repartir, vivifier par l'union stratégique des secteurs publics et privés

Grâce aux nationalisations du crédit, des mines, de l'énergie, du transport, nous voyons naître des champions qui deviendront mondiaux – EdF, GdF, EADS, Alsthom, la construction, nos banques nos cies d'assurances etc.

Pour réussir, il faut agir, le Général a dû trancher entre des positions en provenance de deux personnages importants : Pierre Mendés France, René Pleven, il accordera sa préférence à Pleven, beaucoup le regrèttèrent, mais Mendés avait eu raison trop tôt- il préconisait une politique de rigueur de en matière monétaire, le changement de tous les billets et pièces ejn quelques heures afin de reprendre aux gens du « marché noir » l'argent qu'ils avaient gagné pendant que d'autres souffraient.

Seulement la France n'avait pas les moyens de mener une telle politique et même pas les moyens de fabriquer billets et pièces. M. Mendés France démissionnera, dommage pour la France, ce fût un épisode douloureux qui se répèra en 1958.

La France souffrira pendant 12 années du départ du Général qui ne voulait pas « être à la fois l'homme des grandes tempêtes et des basses combinaisons » (Max Gallo) 

Combien il a été dommage, pour la France, que le régime des partis ait réapparu, avec ses combines, ses accords, ses désaccords et son éternel besoin d'aller demander aux autres ce qu’on n’a pas le courage de faire soi-même, il faudra attendre mai 1958 pour qu'enfin le bleu réapparaisse dans le ciel.

*Henri Fouquereau Secrétaire général du Forum Pour la France et du CNR présidé par Jacques MYARD

 

 

© 01.12.2020